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samedi 22 février 2014

Economie capitaliste et camp de concentration.

Lisant le livre rédigé par Rudolf Hoess à la fin de sa vie, afin d'assurer sa défense au cours du procès de Nuremberg, je lis ces quelques lignes qui m'ont interpellé : «  Heureusement toutes les femmes vertes 1 et noires 2 n'étaient pas aussi dépravées 3. Il y avait parmi elles un certain nombre d'êtres humains, capables d'éprouver de la sympathie pour les autres détenues, mais cela ne leur valait que des persécutions de la plupart des surveillantes de leur catégorie et la plupart des surveillantes affichaient à leur égard un mépris total. » On retrouve de semblables propos tout au long de ce témoignage précieux des conditions de vie à Auschwitz, dans lesquels celui qui semble devoir incarner l'inhumanité et le mal absolus manifeste de l'horreur à l'égard de certains détenus du camp, notamment des Juifs, mais pas seulement. Cela ne fait d'ailleurs que renforcer son mépris à l'égard de cette catégorie d'individus, et justifie amplement à ses yeux les persécutions dont ils sont victimes de la part des nazis. Il ne semble ainsi pas considérer, comme nous le faisons, nous, que ce sont précisément ces conditions d'existence atroces qui conduisent les internés à se conduire d'une manière qui ne fait qu'exprimer leur désir de survie, et l'abandon des normes ordinaires de l'humanité civilisée au profit de la recherche à tous prix de la survie individuelle. Le commandant du camp d'Auschwitz persiste à penser qu'il y a lieu de faire le distinguo entre une humanité dont la conduite reste moralement acceptable, même dans de telles circonstances, et les êtres profondément corrompus et dépravés, qui n'ont même pas la dignité de se laisser mourir sans protester ou sans essayer de corrompre leurs maîtres, afin de se sortir du piège mortel où ils se trouvent pris. Il est vrai, toutefois, qu'on peut bien distinguer ceux qui accomplissent sans excès de zèle ni enthousiasme, la tâche qui leur a été assignée pour complaire aux nazis, en échange de quelques avantages personnels, de ceux qui semblent prendre un plaisir personnel dans la cruauté des massacres et des persécutions, dont ils auraient pu se dispenser. La distinction vaut d'ailleurs pour les kapos, c'est-à-dire le plus souvent des internés chargés d'une tâche de surveillance ou de châtiment (qui pouvait aller jusqu'à l'assassinat pur et simple, au niveau individuel ou collectif), comme pour les surveillants SS, à qui on intimait expressément d'accomplir les ordres donnés sans faire preuve de cruauté supplémentaire, ce qui aurait manifesté une forme de dépravation et de plaisir sadique, auxquels les dirigeants SS s'efforçaient d'échapper, conscients qu'il étaient de la noblesse et de la justesse de leur tâche, qui ne devait pas excéder les bornes strictes de l'obéissance aux ordres, pour tomber dans la dépravation et le sadisme personnel. Tant que cette tâche était exécutée sans plaisir et par pur obéissance aux ordres supérieurs émanant de l'autorité de l'Etat, il n'y avait aucune raison de se considérer, à leurs yeux, comme coupables d'une faute, même si le scrupule moral a pu, chez certains (et particulièrement les nouvelles recrues non préparées et insuffisamment endoctrinées) venir se glisser dans la conscience, et entraver l'obéissance aux ordres donnés de massacrer sans remords.
Il n'en demeure pas moins que cette présentation horrifiée de la bassesse morale et de la cruauté des internés devenus kapos, et qui s'adonnent au massacre avec délectation et jouissance, tranche avec l'idée que nous nous faisons des SS, et particulièrement de ceux chargés de s'occuper des camps de concentration, et de mettre en oeuvre la « Solution Finale » décidée en haut lieu par les dirigeants de l'Etat dès 1941. Pour nous, en effet, ce sont forcément la représentation des SS comme cruels et ayant abandonné toute idée de respect de l'être humain qui prévaut, a contrario de la représentation des détenus, conçus comme des victimes innocentes et traitées comme du bétail. Les détenus eux-mêmes étaient semble-t-il capable de cruauté à l'égard de leurs semblables, mais d'une cruauté qui faisaient même horreur aux SS. Pour les SS, il y avait des degrés dans le massacre et dans l'extermination, de sorte que leurs actes étaient perçus par eux comme une obéissance stricte aux ordres, devant mener à l'élimination de l'ennemi de l'intérieur qui menaçait l'intégrité et l'existence du peuple allemand, alors que ceux accomplis par les kapos (qui n'étaient peut-être pas objectivement forcément très différents de ceux accomplis par les SS) n'étaient que le fruit du sadisme et de la perversité. Nous percevons aujourd'hui les SS et les nazis comme des coupables, qui ont créé une telle situation d'inhumanité dans les camps de concentration, que cela conduisait des hommes ordinairement bridés par les normes de la morale et de la civilisation à donner libre cours, chez la plupart, à leur instinct de conservation, et éventuellement pour certains, à leur tendance à la cruauté, ce que permettait la position de responsabilité et de contrôle qui leur était conféré par les SS.
D'ailleurs le Tribunal de Nuremberg a condamné les SS pour avoir à la fois projeté l'extermination de toutes ces populations, et pour avoir créé une telle situation d'horreur qui faisait perdre, chez beaucoup, le sens ordinaire du respect de l'autre et de l'humanité même. Le chef SS pouvait bien rejeter la faute d'un tel abaissement sur la nature particulière de certains, il n'en demeure pas moins qu'aux yeux de l'Histoire, et du jugement que nous prononçons aujourd'hui sur celle-ci, nous qui nous considérés comme civilisés et moraux, nous jugeons les SS comme entièrement coupables de ce qui s'est passé.
J'en viens à me demander, pour ma part, s'il ne serait pas possible de transposer une telle analyse de la situation, mutantis mutandis, à la situation de concurrence et d'exploitation qui ont lieu dans l'économie capitaliste. On blâme le plus souvent les capitalistes de la responsabilité des situations de pauvreté et d'accaparement des richesses dans quelques mains, mais on blâme plus volontiers les travailleurs eux-mêmes de pratiquer une concurrence effrénée pour parvenir aux meilleures places. Les capitalistes seraient ainsi fondés à regarder avec mépris ceux qui se battent pour gagner quelque pécule et assurer leur survie, alors qu'eux-mêmes empochent des sommes fabuleuses en un rien de temps. Il est certain qu'on peut blâmer (tout comme Hoess le faisait à l'égard des kapos sadiques qu'il observait dans son camp) les individus de mépriser leurs semblables, de se conduire en individus affairés et méprisants à l'égard de tous ceux qu'ils croisent au cours de leur journée de travail, de n'avoir aucun regard d'humanité pour les mendiants qui font la charité dans la rue ou les couloirs du métro, de bousculer et percuter les passants, qui, comme eux, constituent un simple obstacle matériel dans la trajectoire qui les conduit de leur domicile à leur lieu de travail, où ils sont tenus de se rendre sans détour et le plus rapidement possible, afin d'obéir à la discipline économique à laquelle ils ont acceptés de se soumettre, en échange de la rémunération qui leur permettra de se payer, en plus de leur nourriture, de leur logement et de quelques denrées essentielles, d'autres biens de consommation nullement indispensables, mais qui constituent leur loisir. La vanité de ce mode de vie,n dénoncé jadis par les protestataires de mai 68 a assez été dénoncée, nullement besoin d'y revenir. Mais quelle est la responsabilité de ceux qui ont construit une telle situation et rendu ainsi cette concurrence et ce mépris de l'autre possible ? Il s'agit bien des capitalistes eux-mêmes, ainsi que de tous les politiques qui présentent ce mode de vie comme avantageux et heureux, les chantres du progrès économique et de la domination de l'argent et du profit. N'est-ce pas la concurrence économique créée par les capitalistes qui rend les exclus de la prospérité collective aigris et furieux, au point de les conduire à commettre des actes ou adopter des attitudes qui manifestent un déni flagrant d'humanité ? N'est-ce pas d'ailleurs à un vaste camp de concentration, où chacun se voit assigner un place plus ou moins avantageuse en fonction de ses compétences et des qualités individuelles profitables au système économique général, que peut être comparé l'économie capitaliste ? En dépit de l'affirmation générale d'une liberté individuelle qui laisserait à chacun le choix de vivre comme il l'entend, et de pouvoir épanouir sa personne au sein de l'économie capitaliste et libérale, nous sommes tous ramenés à notre degré d'utilité collective, et de profitabilité individuelle pour le système économique et ceux qui le dirigent. Ainsi les détenteurs du capital, et les dirigeants des entreprises nous voient-ils comme des détenus des camps, dont on ne peut sortir que par le refus fonder son existence personnelle sur la recherche du profit, et l'accumulation des biens de consommation et des moyens de paiement. La seule alternative demeure alors le choix de la frugalité et de la pauvreté volontaire (sans tomber dans la survie pour autant) face au mode d'existence du travailleur exploité à plein temps dans l'entreprise capitaliste. Qui joue le rôle de kapo dans une telle organisation économique ? Les superviseurs, chargés de répercuter les consignes de la direction et les exigences des actionnaires, par exemple, de manière à augmenter la productivité de l'entreprise, ce qui peut passer par l'augmentation des cadences ou des rendements, ou par le « dégraissage », autrement dit le licenciement des moins rentables, etc...

Voilà les quelques réflexions pessimistes que m'inspirent la lecture de ces quelques lignes extraites ci-dessus du témoignage écrit en 1947 par Rudolf Hoess. Ce dernier termine ainsi sa confession apologétique : « Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l'assassin de millions d'êtres humains : les masses ne sauraient se faire une autre idée de l'ancien commandant d'Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j'avais un cœur... » Sans doute bien des actionnaires et des patrons de grandes entreprises ont-il l'intime conviction (à moins qu'ils ne profèrent à dessein des propos qu'ils savent être mensongers) de faire le bien de leurs salariés (et de l'Humanité en général) lorsqu'ils oeuvrent à accroître les profits de leur société, de même que les dirigeants politiques qui favorisent la productivité et le progrès économique ont-ils le sentiment d'agir pour l'intérêt général lorsqu'ils donnent des avantages aux chefs d'entreprise pour favoriser l'embauche de nouveaux employés. Il n'en demeure pas moins qu'on ne semble pas ainsi considérer tous les désavantages qu'il y a à laisser les capitalistes décider de l'avenir d'un aussi grand nombre de personnes, et à se laisser entrainer soi-même dans cette concurrence effrénée sur le marché du travail et dans les rapports sociaux en général, dès lors qu'ils sont uniquement fondés sur l'individualisme et la recherche du seul profit économique personnel. Il en va de la sauvegarde de notre humanité et de ce que nous devons considérer comme notre bien le plus précieux : l'estime que nous nous portons à nous-mêmes, et ce qui doit réellement justifier cette existence terrestre.

1C'est-à-dire prisonnières de droit commun.
2Considérées comme asociales.
3Il vient de décrire les actes particulièrement cruels commis par ces femmes dans un commando de représailles (le Budy), situé à quelques kilomètres d'Auschwitz, à l'égard de plusieurs Juives françaises.

vendredi 7 février 2014

La politique socialiste en matière de sexualité et de famille

D'autres que moi l'ont déjà écrit : les socialistes ont, depuis environ 15 ans, abandonné ce qui faisait le coeur de la politique de gauche, à savoir le traitement de la "question sociale" (comme l'appelait déjà Tocqueveille, lorsqu'il prononçait un discours resté célèbre devant l'Assemblée Nationale, en 1848, au moment des évènements révolutionnaires), au profit des "questions sociétales". On retrouve, en effet, ce constat sans appel chez Michel Schneider dans son livre remarquable Big Mother (paru en 2001), et les récentes protestations populaires des "Familles en colère" viennent le confirmer. Les socialistes ont bel et bien abandonné l'idée, pourtant nécessaire, de traiter le problème de la pauvreté, mais aussi ceux du chômage et des inégalités économiques par une politique volontariste, engageant l'action de l'Etat par des nationalisations ou des participations économiques dans des entreprises, ou en créant des postes de fonctionnaires ou des emplois publics, en incitant la demande ou l'offre. Ils préfèrent aujourd'hui s'en remettre à l'action des seules entreprises privées, parées de toutes les vertus, et devant lesquelles il faudrait se mettre à genoux, en les implorant qu'elles veuillent bien prendre en charge les demandeurs d'emploi si nombreux, qui grèvent les comptes de l'assurance chômage. Ils ne manquent pas également d'invoquer le dieu de la Croissance, comme les indiens invoquaient celui de la pluie pour leur assurer de bonnes récoltes. C'est donc bien un renoncement pur et simple à l'interventionnisme économique, au profit d'une forme de "social-libéralisme", ou de "sociale-démocratie", comme on voudra la nommer. De quelle façon le socialisme politique se manifeste-t-il alors ?

 Il s'agit des réformes "sociétales", nom un peu pompeux et obscur, qui peut désigner les questions de la famille, de la sexualité et de l'enfance. Devenus impuissants dans l'économie, les socialistes se rabattent alors avec fougue sur ces questions, où ils ont la prétention d'illustrer leur enthousiasme pour les "questions sociales", qui ne sont plus tout à fait la même chose que la "question sociale" qui préoccupait Tocqueville. Mais sur ces questions, l'unanimité est loin d'être faite entre les diverses parties en présence, et si les questions sociales pouvaient autrefois opposer des classes sociales et professionnelles clairement identifiables (patrons contre ouvriers), et sur des enjeux qui l'étaient tout autant (le partage de la valeur ajoutée, autrement dit le niveau de salaire, la redistribution des richesses, les taxes patronales), les incursions du pouvoir exécutif sur ces questions est loin d'aller de soi, et donnerait plutôt le sentiment que le pouvoir politique veut s'immiscer dans des questions intimes et familiales, qui sont du seul ressort des individus eux-mêmes. Seuls des lobbys et des groupes de pression particulièrement motivés à défendre leurs normes et leurs revendications poussent les politiques à légiférer sur des questions privées, rendant toujours plus mince la distinction entre le public et le privé. On peut reconnaître là une manière proprement gauchiste de faire de la politique, et c'est plutôt du côté des libertaires de 68 et des groupes militants qui en sont issus qu'on trouvera l'inspiration théorique de la politique socialiste aujourd'hui. Les minorités, qu'elles soient ethniques culturelles, religieuses, ou sexuelles, deviennent ainsi les moteurs de l'action politique et les inspirateurs des réformes qui sont le plus souvent imposées à une majorité silencieuse ou apathique, par des minorités actives et militantes. Si la gauche socialiste des années 80 avait trouvé dans les minorités raciales et culturelles venues d'Afrique une source importante de son action publique et de sa tentative d'unifier le corps social derrière quelques slogans censés être rassembleurs, et favoriser la cohésion sociale derrière l'idéal républicain d'intégration et de promotion individuelle (le mouvement "Touche pas à mon pote", la Marche des beurs" et les concerts de la Concorde en sont les éléments les plus marquants), on peut dire aujourd'hui que les minorités sexuelles (homos, prostituées, et femmes prétendument dominées par la "domination patriarcale", dont les militants féministes se considèrent être les représentantes légitimes, en leur conférant un statut de "minorités", et donc de victimes vis-à-vis d'une "majorité" masculine en situation de prédominance). C'est ainsi qu'on trouve tous les éléments pour inspirer aux socialistes, dans les années 2010, les bases de leur politique sociétale, censée être la forme moderne du socialisme, après la forme propre aux années 80 plus particulièrement fondée sur les questions ethniques.

 Quels sont donc les axes majeurs de cette politique familiale et sexuelle ?

1) Tout d'abord le mariage homosexuel et la lutte contre la discrimination à l'égard de cette catégorie d'individus. Je l'ai assez dit sur ce blog, les homos sont devenus aujourd'hui, aux yeux du pouvoir et d'une majorité de la population, l'équivalent de ce qu'étaient les noirs, les arabes ou tout autre groupe ethnique dans la réalité et l'imaginaire sociaux au cours des décennies précédentes. La combat contre l'Apartheid ou pour les Droits Civiques (aux Etats-Unis) a fini par inspirer tous les militants décidés à s'emparer de ce qu'ils considèrent comme une "suprématie" ou une domination du "phallogocentrisme" (pour citer Luce Iriguay, l'une des théoriciennes françaises les plus hystériques du féminisme anti-masculin), autrement dit de la normalité naturelle et sociale de l'hétérosexualité, n'en déplaise à ces militants de la cause homosexuelle. Faire des homos des individus jouissant d'une respectabilité et d'un affichage favorable comparable à celui des hétéros : voilà l'objectif visé par une campagne qui s'est étendu sur le long terme depuis 2 ou 3 décennies, en commençant par les nombreux films qui ont fait des homos des personnages de fiction dans les films et les romans, des héros rigolos et sympathiques à la télé, etc... Cette campagne publique de longue haleine était nécessaire pour valoriser l'image des homos, et pour mieux faire accepter dans la population la demande d'une transformation de la nature et du contenu des contrats de mariage (en l'étendant aux homos), et la demande pour un droit à l'enfant pour les homos, auxquels on ferait profiter des bénéfices de la technique de la PMA. Des enfants assimilés à des montants financiers que l'on distribue ou redistribue comme on le ferait pour les pauvres et les moins favorisés bénéficiant de la "justice redistributive", voilà à quoi on n'avait pas songé a priori, mais qui bénéficie pourtant d'une présentation revendicative de la part des militants, pour remédier à l'insupportable injustice naturelle que constituerait le fait pour les homos de ne pouvoir enfanter ! En la matière, les socialistes se chargeraient volontiers de remédier aux inconséquences et manquements de la nature, en faisant un usage pour le moins démesurée de la technique, atteignant ainsi le domaine de l'Hubris, que dénonçaient les sagesses de l'Antiquité. Car l'hétérosexualité est bel et bien la normalité, et l'homosexualité la marginalité, que d'aucuns considèrent comme une anomalie de la nature, mais qui exige le même respect, sans doute, au même titre que toutes les bizarreries du règne animal, la femme à barbe, l'homme aux deux pénis, ou les frères siamois. Mais si l'égalité républicaine exige qu'on traite sans discrimination ceux qui affichent publiquement leur homosexualité (même si rien ne les y oblige, et en la matière on ne comprend pas toujours ce qui peut pousser les homos à se faire un devoir militant de pratiquer le "coming out", comme si vivre leur orientation sexuelle en privé ne leur suffisait pas, et qu'ils avaient besoin en plus de cela que le reste de la société connaisse et approuve leur conduite privée, ce qui témoigne pour le moins un singulier manque de confiance en soi !), il n'en va de même, me semble-t-il, de la demande de transformation et de dénaturation du contrat de mariage au profit de la communauté homo, et pire encore de la demande à bénéficier de la PMA et de la reconnaissance de la paternité au profit des couples homosexuelles, somme si la société se devait de réparer tous les manquements de la nature, et au premier chef celui qui fait des couples homos des couples stériles. Car si la normalité sociale (du point de vue statistique) est hétérosexuelle, elle l'est également pour la nature : s'il n'y avait que des couples homos, l'espèce humaine serait depuis longtemps morte et enterrée, et il a fallu toute l'ingéniosité de la technique humaine pour arriver aujourd'hui à une situation où l'humanité peut envisager de se reproduire par un mécanisme de procréation médicalement assistée permettant de faire l'économie du rapport sexuel entre un homme et une femme, en attendant peut-être le jour, sans doute pas souhaitable, où les hommes pourront se reproduire par clonage (et en la matière, comme sur la question de la PMA, tout ce que permet la technique n'est pas forcément une bonne chose, et la sagesse constitue un frein heureux et bienvenu aux capacités offertes par la technique).

 2) Ensuite vient la pénalisation des clients de la prostitution, qui a pour point commun avec l'axe précédent de prétendre lutter contre la "domination de la société patriarcale". On voit ainsi comment les mouvements militants issus de mai 68 sont les inspirateurs d'une politique socialiste en manque d'orientation et de principes : les militantes MLF manifestaient déjà conjointement, dans les années qui ont suivi 68, avec les représentants du FHAR, des LGTB, et autres groupes militantes défendant la cause homosexuelle. Le rapprochement entre les deux s'opère sur la dénonciation commune de l'hétérosexualité jugée envahissante et aliénante à cause des hommes. Toutes les militantes féministes n'iront pas jusqu'à prôner l'homosexualité pour échapper aux "griffes du patriarcat", mais un certain nombre d'entre elles n'hésitera pas à le faire (comme le rappelle S. Agacinski dans La politique des sexes), dans le sillage de S. de Beauvoir, qui alla jusqu'à adopter légalement son amante Catherine Elkaïm, devenue Elkaïm-Sartre avec la bénédiction complaisante d'un J. P. Sartre très amoindri physiquement et mentalement dans les dernières années de sa vie. Aujourd'hui, les femmes prostituées apparaissent, aux yeux des militantes féministes, comme la cristallisation de la domination patriarcale, qui ne se manifeste pas seulement par la monopolisation des postes de pouvoir économiques, culturels et politiques par les hommes, mais également par l'asservissement économique de la femme (ou des femmes en général, mais plus particulièrement les femmes vénales, qui ne peuvent être, dans la pensée et le discours de ces militantes, que des "victimes" des hommes qui les exploitent, ce que dément pourtant quelques études de terrain des plus sérieuses, voir en particulier le livre de Lilian Mathieu La condition prostituée). Les prostituées, prises comme figures médiatiques, jouent ainsi parfaitement le rôle qu'on attend d'elles, pour peu qu'elles ne s'expriment pas trop pour dire tout le mal qu'elles pensent de cette interprétation tendancieuse de la part des féministes abolitionnistes, puisque pénaliser leurs clients, c'est à la fois leur retirer le pain de la bouche, et les rendre dépendantes des services sociaux de l'Etat, lequel aurait bien du mal à les persuader de se priver des milliers d'euros qu'elles peuvent gagner chaque semaine, au profit d'un subside dérisoire de l'Etat, et d'une reconversion professionnelle dans le domaine des métiers mal payés et mal considérés. La stigmatisation dont font l'objet à la fois les putes et leurs clients est le moyen parfait pour imposer la norme et le discours abolitionniste dans l'espace public de discussion, puisque ces groupes stigmatisés ont d'autant moins d'incitation à défendre leur intérêt, qu'il sont présentés soit comme des victimes aliénées auxquelles il faudrait venir en aide sans prendre en considération leur discours forcément biaisé (à l'image des femmes voilées qui défendent leur droit au voile, que l'on présente volontiers dans les médias comme des femmes soumises au discours et au pouvoir des hommes), soit comme des salauds, qui veulent profiter du corps de la femme pour la dominer et en tirer une jouissance. Voilà comment on parvient à convaincre les femmes ordinaires du grand public (et accessoirement des hommes) du bien-fondé de son militantisme : il s'agit de persuader que ces "salauds" de clients portent atteinte à toutes les femmes et à leur dignité lorsqu'ils cherchent à acheter les services sexuels d'une professionnelle de l'amour, et que derrière tous les clients se cachent des violeurs en puissance, incapables de respecter les femmes dans leur ensemble, puisque c'est à LA femme qu'ils porteraient atteinte, et pas seulement à celles qu'ils payent. L'initiative socialiste de 2013 a réussi, contrairement à celle de 2002 (tout comme le Pacs voté par les socialistes en 1998 n'était qu'un avant-goût et une préparation du mariage homo se 2013) d'abord parce que les putes n'ont pas assez réussi à se mobiliser contre ce projet de loi de pénalisation du client (contrairement à 2002, où s'étaient imposées quelques personnalités charismatiques quelques, telles que Cabiria ou Claire Carthonnet : sur la question de la mobilisation des prostituées, et l'opposition aux militantes féministes ou catholiques extérieures qui se réclament d'elles pour justifier une politique qui va contre elles, voir également les livres de Lilian Mathieu), et donc à défendre elles-mêmes leurs intérêts, qui ne vont nullement dans le sens de cette pénalisation, bien au contraire, mais plutôt dans le sens d'un reconnaissance du statut de "travailleur sexuel". Sur cette question, les militantes féministe ont réussi à faire, sans les consulter, et en leur volant leur parole, des héroïnes du victimisme féministe : c'est en tant que forme emblématique de la femme mise en position de minorité et de soumission que la pute est présentée, et qu'on réussit à imposer une législation qui ne vise rien moins qu'à porter atteinte, là encore, au "phallogocentrisme", précédemment évoqué.


 3). Enfin, pour inscrire durablement les principes de cette politique anti-masculine, les socialistes ont appliqué les mesures d'endoctrinement précoce de la théorie du Genre qui avaient fait le succès des régimes de terreur, tels que le nazisme ou le soviétisme, en imposant l'enseignement des principes élémentaires de la théorie du Genre. Le tristement célèbre "ABCD de l'égalité" joue ce rôle, puisqu'il propose d'utiliser dès le plus âge les cerveaux dépourvus d'esprit critique et très naïfs que sont ceux des enfants. Le plus tôt sera le mieux, et dès l'école maternelle , les enfants se verront inculquer l'idée selon laquelle le choix de "l'orientation sexuelle" serait laissé à la discrétion de chacun, de sorte que tout garçon ou toute fille pourra expérimenter les plaisirs de l'homosexualité (entre autres turpitudes sexuelles), afin de décider librement, après avoir pesé les avantages et défauts de chaque pratique, celle qui convient le mieux à sa personnalité. Voilà qui devrait permettre beaucoup de "trouble dans le genre", ainsi que le souhaitait la philosophe et militante homosexuelle américaine Judith Butler dans son livre éponyme ! Il n'est pas certain en revanche que cette désorientation profite à la stabilité psychologique des enfants devenus adultes qui auront "bénéficié" d'une telle éducation ! En matière d'éducation, l'expérimentation et l'endoctrinement précoce ne sont jamais une bonne chose, et il serait plus souhaitable que le Parti Socialiste se soucie d'affermir les principes du républicanisme et du libéralisme, en matière d'éducation civique, et d'enseignement des fondamentaux de l'éducation intellectuelle (écrire correctement, compter, lire), plutôt que de soucier de faire des enfants des êtres "épanouis dans leur vie sexuelle". Que l'Etat s'occupe de ce pourquoi il peut être utile et profitable aux enfants et au plus grand nombre, plutôt que de se mêler de la vie privée et de la sexualité des individus.


 Comme on le voit, cette analyse ne vise rien moins qu'à critiquer la conception socialiste d'une politique conduisant l'Etat à confondre le domaine privé et le domaine public, et à pratiquer l'endoctrinement moral et politique, au nom de la conception qu'il se fait de ce que devrait être "l'Homme nouveau", pour reprendre une expression chère aux soviétiques, lorsqu'il pratiquait la collectivisation forcée, la confiscation des propriétés et la destruction des églises. L'Etat libéral ne doit pas se mêler de changer l'homme pour en faire un être plus conforme à ses voeux, en lui inculquant, par exemple, des normes prétendument plus tolérante en matière de pratique sexuelle : il doit respecter la neutralité libérale indispensable à la coexistence pacifique des partis les plus divers, et non pas imposer une norme morale ou politique particulière, n'en déplaise aux militants homosexuels, féministes et abolitionnistes.