Nombre total de pages vues

jeudi 6 mars 2014

Le nouveau totalitarisme moral

G. Orwell en avait rêvé (ou du moins il l'avait imaginé comme un cauchemar possible dans un Etat totalitaire), et les féministes socialistes l'ont fait : contrôler la vie sexuelle des individus, jusque dans leurs fantasmes. Nous avions connu les années de lutte contre la morale puritaine de la bourgeoisie occidentale, grâce au secours de la psychanalyse freudienne, tout d'abord, puis de ses héritiers libertaires tels que W. Reich ensuite, avec le soutien et l'appui théorique de penseurs libertaires tels que Marcuse, pour enfin en venir aux utopies concrètes de mai 68. Depuis 30 à 40 ans, s'est opéré le retour progressif à l'ordre de la morale sexuelle, en réaction au mouvement libertaire, sous l'impulsion de mouvements féministes de plus en plus radicaux, en particulier aux Etats-Unis, avec des figures telles que C. McKinnon ou A. Dworkin, qui finissent par tisser des liens avec la droite réactionnaire et catholique, ainsi qu'on a pu le voir au moment du vote de lois contre la pornographie ou le harcèlement sexuel, qui suspecte tout acte de drague d'être l'expression d'une forme de harcèlement. Ce féminisme radical prétend lutter contre la domination patriarcale, pas seulement dans le domaine économique (différentiel de salaire entre hommes et femmes), et dans celui des relations de pouvoir, mais encore dans le domaine "sociétal" des relations entre hommes et femmes (partage des tâches domestiques, harcèlement sexuel, interdiction de la prostitution par la pénalisation des clients, idéologie du genre et de l'indifférenciation sexuelle), voire dans celui de l'imaginaire sexuel (interdiction de la pornographie, rééducation morale des hommes et de leurs désirs, image de la femme dans les médias), or cela ne conduit en définitive qu'à une chose : une forme "moderne" de totalitarisme politique et moral, qui prétend réduire les libertés individuelles au nom de l'intérêt général, ou plus exactement au nom de l'intérêt particulier des femmes, tel que le définissent les féministes. La crainte d'une réalisation de ce "totalitarisme démocratique" dont qu'envisageait Tocqueville il y a 150 ans se réalise donc aujourd'hui. On a cru longtemps qu'il prendrait le visage du communisme, et d'une forme de dépossession des libertés individuelles au nom du bien-être économique par la collectivisation forcée et la nationalisation intégrale des moyens de production, et nus voyons aujourd'hui qu'il se concrétise à partir de la question sexuelle et des différences entre les hommes et les femmes. Comme quoi la sournoiserie de l'antilibéralisme peut suivre des chemins inattendus et imprévisibles, mais il réclame notre vigilance constante, afin d'échapper à la domination et à la contrainte politique et morale dans notre société.

samedi 22 février 2014

Economie capitaliste et camp de concentration.

Lisant le livre rédigé par Rudolf Hoess à la fin de sa vie, afin d'assurer sa défense au cours du procès de Nuremberg, je lis ces quelques lignes qui m'ont interpellé : «  Heureusement toutes les femmes vertes 1 et noires 2 n'étaient pas aussi dépravées 3. Il y avait parmi elles un certain nombre d'êtres humains, capables d'éprouver de la sympathie pour les autres détenues, mais cela ne leur valait que des persécutions de la plupart des surveillantes de leur catégorie et la plupart des surveillantes affichaient à leur égard un mépris total. » On retrouve de semblables propos tout au long de ce témoignage précieux des conditions de vie à Auschwitz, dans lesquels celui qui semble devoir incarner l'inhumanité et le mal absolus manifeste de l'horreur à l'égard de certains détenus du camp, notamment des Juifs, mais pas seulement. Cela ne fait d'ailleurs que renforcer son mépris à l'égard de cette catégorie d'individus, et justifie amplement à ses yeux les persécutions dont ils sont victimes de la part des nazis. Il ne semble ainsi pas considérer, comme nous le faisons, nous, que ce sont précisément ces conditions d'existence atroces qui conduisent les internés à se conduire d'une manière qui ne fait qu'exprimer leur désir de survie, et l'abandon des normes ordinaires de l'humanité civilisée au profit de la recherche à tous prix de la survie individuelle. Le commandant du camp d'Auschwitz persiste à penser qu'il y a lieu de faire le distinguo entre une humanité dont la conduite reste moralement acceptable, même dans de telles circonstances, et les êtres profondément corrompus et dépravés, qui n'ont même pas la dignité de se laisser mourir sans protester ou sans essayer de corrompre leurs maîtres, afin de se sortir du piège mortel où ils se trouvent pris. Il est vrai, toutefois, qu'on peut bien distinguer ceux qui accomplissent sans excès de zèle ni enthousiasme, la tâche qui leur a été assignée pour complaire aux nazis, en échange de quelques avantages personnels, de ceux qui semblent prendre un plaisir personnel dans la cruauté des massacres et des persécutions, dont ils auraient pu se dispenser. La distinction vaut d'ailleurs pour les kapos, c'est-à-dire le plus souvent des internés chargés d'une tâche de surveillance ou de châtiment (qui pouvait aller jusqu'à l'assassinat pur et simple, au niveau individuel ou collectif), comme pour les surveillants SS, à qui on intimait expressément d'accomplir les ordres donnés sans faire preuve de cruauté supplémentaire, ce qui aurait manifesté une forme de dépravation et de plaisir sadique, auxquels les dirigeants SS s'efforçaient d'échapper, conscients qu'il étaient de la noblesse et de la justesse de leur tâche, qui ne devait pas excéder les bornes strictes de l'obéissance aux ordres, pour tomber dans la dépravation et le sadisme personnel. Tant que cette tâche était exécutée sans plaisir et par pur obéissance aux ordres supérieurs émanant de l'autorité de l'Etat, il n'y avait aucune raison de se considérer, à leurs yeux, comme coupables d'une faute, même si le scrupule moral a pu, chez certains (et particulièrement les nouvelles recrues non préparées et insuffisamment endoctrinées) venir se glisser dans la conscience, et entraver l'obéissance aux ordres donnés de massacrer sans remords.
Il n'en demeure pas moins que cette présentation horrifiée de la bassesse morale et de la cruauté des internés devenus kapos, et qui s'adonnent au massacre avec délectation et jouissance, tranche avec l'idée que nous nous faisons des SS, et particulièrement de ceux chargés de s'occuper des camps de concentration, et de mettre en oeuvre la « Solution Finale » décidée en haut lieu par les dirigeants de l'Etat dès 1941. Pour nous, en effet, ce sont forcément la représentation des SS comme cruels et ayant abandonné toute idée de respect de l'être humain qui prévaut, a contrario de la représentation des détenus, conçus comme des victimes innocentes et traitées comme du bétail. Les détenus eux-mêmes étaient semble-t-il capable de cruauté à l'égard de leurs semblables, mais d'une cruauté qui faisaient même horreur aux SS. Pour les SS, il y avait des degrés dans le massacre et dans l'extermination, de sorte que leurs actes étaient perçus par eux comme une obéissance stricte aux ordres, devant mener à l'élimination de l'ennemi de l'intérieur qui menaçait l'intégrité et l'existence du peuple allemand, alors que ceux accomplis par les kapos (qui n'étaient peut-être pas objectivement forcément très différents de ceux accomplis par les SS) n'étaient que le fruit du sadisme et de la perversité. Nous percevons aujourd'hui les SS et les nazis comme des coupables, qui ont créé une telle situation d'inhumanité dans les camps de concentration, que cela conduisait des hommes ordinairement bridés par les normes de la morale et de la civilisation à donner libre cours, chez la plupart, à leur instinct de conservation, et éventuellement pour certains, à leur tendance à la cruauté, ce que permettait la position de responsabilité et de contrôle qui leur était conféré par les SS.
D'ailleurs le Tribunal de Nuremberg a condamné les SS pour avoir à la fois projeté l'extermination de toutes ces populations, et pour avoir créé une telle situation d'horreur qui faisait perdre, chez beaucoup, le sens ordinaire du respect de l'autre et de l'humanité même. Le chef SS pouvait bien rejeter la faute d'un tel abaissement sur la nature particulière de certains, il n'en demeure pas moins qu'aux yeux de l'Histoire, et du jugement que nous prononçons aujourd'hui sur celle-ci, nous qui nous considérés comme civilisés et moraux, nous jugeons les SS comme entièrement coupables de ce qui s'est passé.
J'en viens à me demander, pour ma part, s'il ne serait pas possible de transposer une telle analyse de la situation, mutantis mutandis, à la situation de concurrence et d'exploitation qui ont lieu dans l'économie capitaliste. On blâme le plus souvent les capitalistes de la responsabilité des situations de pauvreté et d'accaparement des richesses dans quelques mains, mais on blâme plus volontiers les travailleurs eux-mêmes de pratiquer une concurrence effrénée pour parvenir aux meilleures places. Les capitalistes seraient ainsi fondés à regarder avec mépris ceux qui se battent pour gagner quelque pécule et assurer leur survie, alors qu'eux-mêmes empochent des sommes fabuleuses en un rien de temps. Il est certain qu'on peut blâmer (tout comme Hoess le faisait à l'égard des kapos sadiques qu'il observait dans son camp) les individus de mépriser leurs semblables, de se conduire en individus affairés et méprisants à l'égard de tous ceux qu'ils croisent au cours de leur journée de travail, de n'avoir aucun regard d'humanité pour les mendiants qui font la charité dans la rue ou les couloirs du métro, de bousculer et percuter les passants, qui, comme eux, constituent un simple obstacle matériel dans la trajectoire qui les conduit de leur domicile à leur lieu de travail, où ils sont tenus de se rendre sans détour et le plus rapidement possible, afin d'obéir à la discipline économique à laquelle ils ont acceptés de se soumettre, en échange de la rémunération qui leur permettra de se payer, en plus de leur nourriture, de leur logement et de quelques denrées essentielles, d'autres biens de consommation nullement indispensables, mais qui constituent leur loisir. La vanité de ce mode de vie,n dénoncé jadis par les protestataires de mai 68 a assez été dénoncée, nullement besoin d'y revenir. Mais quelle est la responsabilité de ceux qui ont construit une telle situation et rendu ainsi cette concurrence et ce mépris de l'autre possible ? Il s'agit bien des capitalistes eux-mêmes, ainsi que de tous les politiques qui présentent ce mode de vie comme avantageux et heureux, les chantres du progrès économique et de la domination de l'argent et du profit. N'est-ce pas la concurrence économique créée par les capitalistes qui rend les exclus de la prospérité collective aigris et furieux, au point de les conduire à commettre des actes ou adopter des attitudes qui manifestent un déni flagrant d'humanité ? N'est-ce pas d'ailleurs à un vaste camp de concentration, où chacun se voit assigner un place plus ou moins avantageuse en fonction de ses compétences et des qualités individuelles profitables au système économique général, que peut être comparé l'économie capitaliste ? En dépit de l'affirmation générale d'une liberté individuelle qui laisserait à chacun le choix de vivre comme il l'entend, et de pouvoir épanouir sa personne au sein de l'économie capitaliste et libérale, nous sommes tous ramenés à notre degré d'utilité collective, et de profitabilité individuelle pour le système économique et ceux qui le dirigent. Ainsi les détenteurs du capital, et les dirigeants des entreprises nous voient-ils comme des détenus des camps, dont on ne peut sortir que par le refus fonder son existence personnelle sur la recherche du profit, et l'accumulation des biens de consommation et des moyens de paiement. La seule alternative demeure alors le choix de la frugalité et de la pauvreté volontaire (sans tomber dans la survie pour autant) face au mode d'existence du travailleur exploité à plein temps dans l'entreprise capitaliste. Qui joue le rôle de kapo dans une telle organisation économique ? Les superviseurs, chargés de répercuter les consignes de la direction et les exigences des actionnaires, par exemple, de manière à augmenter la productivité de l'entreprise, ce qui peut passer par l'augmentation des cadences ou des rendements, ou par le « dégraissage », autrement dit le licenciement des moins rentables, etc...

Voilà les quelques réflexions pessimistes que m'inspirent la lecture de ces quelques lignes extraites ci-dessus du témoignage écrit en 1947 par Rudolf Hoess. Ce dernier termine ainsi sa confession apologétique : « Que le grand public continue donc à me considérer comme une bête féroce, un sadique cruel, comme l'assassin de millions d'êtres humains : les masses ne sauraient se faire une autre idée de l'ancien commandant d'Auschwitz. Elles ne comprendront jamais que, moi aussi, j'avais un cœur... » Sans doute bien des actionnaires et des patrons de grandes entreprises ont-il l'intime conviction (à moins qu'ils ne profèrent à dessein des propos qu'ils savent être mensongers) de faire le bien de leurs salariés (et de l'Humanité en général) lorsqu'ils oeuvrent à accroître les profits de leur société, de même que les dirigeants politiques qui favorisent la productivité et le progrès économique ont-ils le sentiment d'agir pour l'intérêt général lorsqu'ils donnent des avantages aux chefs d'entreprise pour favoriser l'embauche de nouveaux employés. Il n'en demeure pas moins qu'on ne semble pas ainsi considérer tous les désavantages qu'il y a à laisser les capitalistes décider de l'avenir d'un aussi grand nombre de personnes, et à se laisser entrainer soi-même dans cette concurrence effrénée sur le marché du travail et dans les rapports sociaux en général, dès lors qu'ils sont uniquement fondés sur l'individualisme et la recherche du seul profit économique personnel. Il en va de la sauvegarde de notre humanité et de ce que nous devons considérer comme notre bien le plus précieux : l'estime que nous nous portons à nous-mêmes, et ce qui doit réellement justifier cette existence terrestre.

1C'est-à-dire prisonnières de droit commun.
2Considérées comme asociales.
3Il vient de décrire les actes particulièrement cruels commis par ces femmes dans un commando de représailles (le Budy), situé à quelques kilomètres d'Auschwitz, à l'égard de plusieurs Juives françaises.

vendredi 7 février 2014

La politique socialiste en matière de sexualité et de famille

D'autres que moi l'ont déjà écrit : les socialistes ont, depuis environ 15 ans, abandonné ce qui faisait le coeur de la politique de gauche, à savoir le traitement de la "question sociale" (comme l'appelait déjà Tocqueveille, lorsqu'il prononçait un discours resté célèbre devant l'Assemblée Nationale, en 1848, au moment des évènements révolutionnaires), au profit des "questions sociétales". On retrouve, en effet, ce constat sans appel chez Michel Schneider dans son livre remarquable Big Mother (paru en 2001), et les récentes protestations populaires des "Familles en colère" viennent le confirmer. Les socialistes ont bel et bien abandonné l'idée, pourtant nécessaire, de traiter le problème de la pauvreté, mais aussi ceux du chômage et des inégalités économiques par une politique volontariste, engageant l'action de l'Etat par des nationalisations ou des participations économiques dans des entreprises, ou en créant des postes de fonctionnaires ou des emplois publics, en incitant la demande ou l'offre. Ils préfèrent aujourd'hui s'en remettre à l'action des seules entreprises privées, parées de toutes les vertus, et devant lesquelles il faudrait se mettre à genoux, en les implorant qu'elles veuillent bien prendre en charge les demandeurs d'emploi si nombreux, qui grèvent les comptes de l'assurance chômage. Ils ne manquent pas également d'invoquer le dieu de la Croissance, comme les indiens invoquaient celui de la pluie pour leur assurer de bonnes récoltes. C'est donc bien un renoncement pur et simple à l'interventionnisme économique, au profit d'une forme de "social-libéralisme", ou de "sociale-démocratie", comme on voudra la nommer. De quelle façon le socialisme politique se manifeste-t-il alors ?

 Il s'agit des réformes "sociétales", nom un peu pompeux et obscur, qui peut désigner les questions de la famille, de la sexualité et de l'enfance. Devenus impuissants dans l'économie, les socialistes se rabattent alors avec fougue sur ces questions, où ils ont la prétention d'illustrer leur enthousiasme pour les "questions sociales", qui ne sont plus tout à fait la même chose que la "question sociale" qui préoccupait Tocqueville. Mais sur ces questions, l'unanimité est loin d'être faite entre les diverses parties en présence, et si les questions sociales pouvaient autrefois opposer des classes sociales et professionnelles clairement identifiables (patrons contre ouvriers), et sur des enjeux qui l'étaient tout autant (le partage de la valeur ajoutée, autrement dit le niveau de salaire, la redistribution des richesses, les taxes patronales), les incursions du pouvoir exécutif sur ces questions est loin d'aller de soi, et donnerait plutôt le sentiment que le pouvoir politique veut s'immiscer dans des questions intimes et familiales, qui sont du seul ressort des individus eux-mêmes. Seuls des lobbys et des groupes de pression particulièrement motivés à défendre leurs normes et leurs revendications poussent les politiques à légiférer sur des questions privées, rendant toujours plus mince la distinction entre le public et le privé. On peut reconnaître là une manière proprement gauchiste de faire de la politique, et c'est plutôt du côté des libertaires de 68 et des groupes militants qui en sont issus qu'on trouvera l'inspiration théorique de la politique socialiste aujourd'hui. Les minorités, qu'elles soient ethniques culturelles, religieuses, ou sexuelles, deviennent ainsi les moteurs de l'action politique et les inspirateurs des réformes qui sont le plus souvent imposées à une majorité silencieuse ou apathique, par des minorités actives et militantes. Si la gauche socialiste des années 80 avait trouvé dans les minorités raciales et culturelles venues d'Afrique une source importante de son action publique et de sa tentative d'unifier le corps social derrière quelques slogans censés être rassembleurs, et favoriser la cohésion sociale derrière l'idéal républicain d'intégration et de promotion individuelle (le mouvement "Touche pas à mon pote", la Marche des beurs" et les concerts de la Concorde en sont les éléments les plus marquants), on peut dire aujourd'hui que les minorités sexuelles (homos, prostituées, et femmes prétendument dominées par la "domination patriarcale", dont les militants féministes se considèrent être les représentantes légitimes, en leur conférant un statut de "minorités", et donc de victimes vis-à-vis d'une "majorité" masculine en situation de prédominance). C'est ainsi qu'on trouve tous les éléments pour inspirer aux socialistes, dans les années 2010, les bases de leur politique sociétale, censée être la forme moderne du socialisme, après la forme propre aux années 80 plus particulièrement fondée sur les questions ethniques.

 Quels sont donc les axes majeurs de cette politique familiale et sexuelle ?

1) Tout d'abord le mariage homosexuel et la lutte contre la discrimination à l'égard de cette catégorie d'individus. Je l'ai assez dit sur ce blog, les homos sont devenus aujourd'hui, aux yeux du pouvoir et d'une majorité de la population, l'équivalent de ce qu'étaient les noirs, les arabes ou tout autre groupe ethnique dans la réalité et l'imaginaire sociaux au cours des décennies précédentes. La combat contre l'Apartheid ou pour les Droits Civiques (aux Etats-Unis) a fini par inspirer tous les militants décidés à s'emparer de ce qu'ils considèrent comme une "suprématie" ou une domination du "phallogocentrisme" (pour citer Luce Iriguay, l'une des théoriciennes françaises les plus hystériques du féminisme anti-masculin), autrement dit de la normalité naturelle et sociale de l'hétérosexualité, n'en déplaise à ces militants de la cause homosexuelle. Faire des homos des individus jouissant d'une respectabilité et d'un affichage favorable comparable à celui des hétéros : voilà l'objectif visé par une campagne qui s'est étendu sur le long terme depuis 2 ou 3 décennies, en commençant par les nombreux films qui ont fait des homos des personnages de fiction dans les films et les romans, des héros rigolos et sympathiques à la télé, etc... Cette campagne publique de longue haleine était nécessaire pour valoriser l'image des homos, et pour mieux faire accepter dans la population la demande d'une transformation de la nature et du contenu des contrats de mariage (en l'étendant aux homos), et la demande pour un droit à l'enfant pour les homos, auxquels on ferait profiter des bénéfices de la technique de la PMA. Des enfants assimilés à des montants financiers que l'on distribue ou redistribue comme on le ferait pour les pauvres et les moins favorisés bénéficiant de la "justice redistributive", voilà à quoi on n'avait pas songé a priori, mais qui bénéficie pourtant d'une présentation revendicative de la part des militants, pour remédier à l'insupportable injustice naturelle que constituerait le fait pour les homos de ne pouvoir enfanter ! En la matière, les socialistes se chargeraient volontiers de remédier aux inconséquences et manquements de la nature, en faisant un usage pour le moins démesurée de la technique, atteignant ainsi le domaine de l'Hubris, que dénonçaient les sagesses de l'Antiquité. Car l'hétérosexualité est bel et bien la normalité, et l'homosexualité la marginalité, que d'aucuns considèrent comme une anomalie de la nature, mais qui exige le même respect, sans doute, au même titre que toutes les bizarreries du règne animal, la femme à barbe, l'homme aux deux pénis, ou les frères siamois. Mais si l'égalité républicaine exige qu'on traite sans discrimination ceux qui affichent publiquement leur homosexualité (même si rien ne les y oblige, et en la matière on ne comprend pas toujours ce qui peut pousser les homos à se faire un devoir militant de pratiquer le "coming out", comme si vivre leur orientation sexuelle en privé ne leur suffisait pas, et qu'ils avaient besoin en plus de cela que le reste de la société connaisse et approuve leur conduite privée, ce qui témoigne pour le moins un singulier manque de confiance en soi !), il n'en va de même, me semble-t-il, de la demande de transformation et de dénaturation du contrat de mariage au profit de la communauté homo, et pire encore de la demande à bénéficier de la PMA et de la reconnaissance de la paternité au profit des couples homosexuelles, somme si la société se devait de réparer tous les manquements de la nature, et au premier chef celui qui fait des couples homos des couples stériles. Car si la normalité sociale (du point de vue statistique) est hétérosexuelle, elle l'est également pour la nature : s'il n'y avait que des couples homos, l'espèce humaine serait depuis longtemps morte et enterrée, et il a fallu toute l'ingéniosité de la technique humaine pour arriver aujourd'hui à une situation où l'humanité peut envisager de se reproduire par un mécanisme de procréation médicalement assistée permettant de faire l'économie du rapport sexuel entre un homme et une femme, en attendant peut-être le jour, sans doute pas souhaitable, où les hommes pourront se reproduire par clonage (et en la matière, comme sur la question de la PMA, tout ce que permet la technique n'est pas forcément une bonne chose, et la sagesse constitue un frein heureux et bienvenu aux capacités offertes par la technique).

 2) Ensuite vient la pénalisation des clients de la prostitution, qui a pour point commun avec l'axe précédent de prétendre lutter contre la "domination de la société patriarcale". On voit ainsi comment les mouvements militants issus de mai 68 sont les inspirateurs d'une politique socialiste en manque d'orientation et de principes : les militantes MLF manifestaient déjà conjointement, dans les années qui ont suivi 68, avec les représentants du FHAR, des LGTB, et autres groupes militantes défendant la cause homosexuelle. Le rapprochement entre les deux s'opère sur la dénonciation commune de l'hétérosexualité jugée envahissante et aliénante à cause des hommes. Toutes les militantes féministes n'iront pas jusqu'à prôner l'homosexualité pour échapper aux "griffes du patriarcat", mais un certain nombre d'entre elles n'hésitera pas à le faire (comme le rappelle S. Agacinski dans La politique des sexes), dans le sillage de S. de Beauvoir, qui alla jusqu'à adopter légalement son amante Catherine Elkaïm, devenue Elkaïm-Sartre avec la bénédiction complaisante d'un J. P. Sartre très amoindri physiquement et mentalement dans les dernières années de sa vie. Aujourd'hui, les femmes prostituées apparaissent, aux yeux des militantes féministes, comme la cristallisation de la domination patriarcale, qui ne se manifeste pas seulement par la monopolisation des postes de pouvoir économiques, culturels et politiques par les hommes, mais également par l'asservissement économique de la femme (ou des femmes en général, mais plus particulièrement les femmes vénales, qui ne peuvent être, dans la pensée et le discours de ces militantes, que des "victimes" des hommes qui les exploitent, ce que dément pourtant quelques études de terrain des plus sérieuses, voir en particulier le livre de Lilian Mathieu La condition prostituée). Les prostituées, prises comme figures médiatiques, jouent ainsi parfaitement le rôle qu'on attend d'elles, pour peu qu'elles ne s'expriment pas trop pour dire tout le mal qu'elles pensent de cette interprétation tendancieuse de la part des féministes abolitionnistes, puisque pénaliser leurs clients, c'est à la fois leur retirer le pain de la bouche, et les rendre dépendantes des services sociaux de l'Etat, lequel aurait bien du mal à les persuader de se priver des milliers d'euros qu'elles peuvent gagner chaque semaine, au profit d'un subside dérisoire de l'Etat, et d'une reconversion professionnelle dans le domaine des métiers mal payés et mal considérés. La stigmatisation dont font l'objet à la fois les putes et leurs clients est le moyen parfait pour imposer la norme et le discours abolitionniste dans l'espace public de discussion, puisque ces groupes stigmatisés ont d'autant moins d'incitation à défendre leur intérêt, qu'il sont présentés soit comme des victimes aliénées auxquelles il faudrait venir en aide sans prendre en considération leur discours forcément biaisé (à l'image des femmes voilées qui défendent leur droit au voile, que l'on présente volontiers dans les médias comme des femmes soumises au discours et au pouvoir des hommes), soit comme des salauds, qui veulent profiter du corps de la femme pour la dominer et en tirer une jouissance. Voilà comment on parvient à convaincre les femmes ordinaires du grand public (et accessoirement des hommes) du bien-fondé de son militantisme : il s'agit de persuader que ces "salauds" de clients portent atteinte à toutes les femmes et à leur dignité lorsqu'ils cherchent à acheter les services sexuels d'une professionnelle de l'amour, et que derrière tous les clients se cachent des violeurs en puissance, incapables de respecter les femmes dans leur ensemble, puisque c'est à LA femme qu'ils porteraient atteinte, et pas seulement à celles qu'ils payent. L'initiative socialiste de 2013 a réussi, contrairement à celle de 2002 (tout comme le Pacs voté par les socialistes en 1998 n'était qu'un avant-goût et une préparation du mariage homo se 2013) d'abord parce que les putes n'ont pas assez réussi à se mobiliser contre ce projet de loi de pénalisation du client (contrairement à 2002, où s'étaient imposées quelques personnalités charismatiques quelques, telles que Cabiria ou Claire Carthonnet : sur la question de la mobilisation des prostituées, et l'opposition aux militantes féministes ou catholiques extérieures qui se réclament d'elles pour justifier une politique qui va contre elles, voir également les livres de Lilian Mathieu), et donc à défendre elles-mêmes leurs intérêts, qui ne vont nullement dans le sens de cette pénalisation, bien au contraire, mais plutôt dans le sens d'un reconnaissance du statut de "travailleur sexuel". Sur cette question, les militantes féministe ont réussi à faire, sans les consulter, et en leur volant leur parole, des héroïnes du victimisme féministe : c'est en tant que forme emblématique de la femme mise en position de minorité et de soumission que la pute est présentée, et qu'on réussit à imposer une législation qui ne vise rien moins qu'à porter atteinte, là encore, au "phallogocentrisme", précédemment évoqué.


 3). Enfin, pour inscrire durablement les principes de cette politique anti-masculine, les socialistes ont appliqué les mesures d'endoctrinement précoce de la théorie du Genre qui avaient fait le succès des régimes de terreur, tels que le nazisme ou le soviétisme, en imposant l'enseignement des principes élémentaires de la théorie du Genre. Le tristement célèbre "ABCD de l'égalité" joue ce rôle, puisqu'il propose d'utiliser dès le plus âge les cerveaux dépourvus d'esprit critique et très naïfs que sont ceux des enfants. Le plus tôt sera le mieux, et dès l'école maternelle , les enfants se verront inculquer l'idée selon laquelle le choix de "l'orientation sexuelle" serait laissé à la discrétion de chacun, de sorte que tout garçon ou toute fille pourra expérimenter les plaisirs de l'homosexualité (entre autres turpitudes sexuelles), afin de décider librement, après avoir pesé les avantages et défauts de chaque pratique, celle qui convient le mieux à sa personnalité. Voilà qui devrait permettre beaucoup de "trouble dans le genre", ainsi que le souhaitait la philosophe et militante homosexuelle américaine Judith Butler dans son livre éponyme ! Il n'est pas certain en revanche que cette désorientation profite à la stabilité psychologique des enfants devenus adultes qui auront "bénéficié" d'une telle éducation ! En matière d'éducation, l'expérimentation et l'endoctrinement précoce ne sont jamais une bonne chose, et il serait plus souhaitable que le Parti Socialiste se soucie d'affermir les principes du républicanisme et du libéralisme, en matière d'éducation civique, et d'enseignement des fondamentaux de l'éducation intellectuelle (écrire correctement, compter, lire), plutôt que de soucier de faire des enfants des êtres "épanouis dans leur vie sexuelle". Que l'Etat s'occupe de ce pourquoi il peut être utile et profitable aux enfants et au plus grand nombre, plutôt que de se mêler de la vie privée et de la sexualité des individus.


 Comme on le voit, cette analyse ne vise rien moins qu'à critiquer la conception socialiste d'une politique conduisant l'Etat à confondre le domaine privé et le domaine public, et à pratiquer l'endoctrinement moral et politique, au nom de la conception qu'il se fait de ce que devrait être "l'Homme nouveau", pour reprendre une expression chère aux soviétiques, lorsqu'il pratiquait la collectivisation forcée, la confiscation des propriétés et la destruction des églises. L'Etat libéral ne doit pas se mêler de changer l'homme pour en faire un être plus conforme à ses voeux, en lui inculquant, par exemple, des normes prétendument plus tolérante en matière de pratique sexuelle : il doit respecter la neutralité libérale indispensable à la coexistence pacifique des partis les plus divers, et non pas imposer une norme morale ou politique particulière, n'en déplaise aux militants homosexuels, féministes et abolitionnistes.





mardi 21 janvier 2014

La femme et la séduction

En relisant les moralistes français tels que La Rochefoucaud ou Chamfort, mais aussi tous les romanciers qui ont analysé la psychologie féminine (auxquels on pourrait ajouter tous ceux qui, dans la littérature mondiale, ont suivi la voie tracée par ces auteurs , je pense en particulier à Nietzsche, par exemple, dans le chapitre 4 de Par-delà Bien et Mal), on peut trouver nombre d'observations relatives à une forme de mauvaise foi typique du "beau sexe", ou du "sexe faible", comme on se plait parfois à le désigner. Ces observations, ces analyses des profondeurs inavoués et inavouables de la psyché de la femme, nous pouvons en outre les confirmer par nos propres observations. Il y en a en effet chez la plupart des femmes une mauvaise foi qui consiste à cultiver toutes les apparences de la séduction, sans oser s'avouer franchement à elles-mêmes que tel est leur dessein. La plupart des femmes exhibent et cultivent sur elles-mêmes ces marques caractéristiques de la "désirabilité", ou du sex appeal, manifestations qui ont la particularité d'exciter le désir sexuel, sensuel ou amoureux chez les hommes (je parle pour les hétéros, mais les lesbiennes elles-mêmes n'échappent pas à cette règle le plus souvent), en mettant notamment les formes de leur corps en valeur par divers vêtements (bas, robes, jupes, bottes en cuir moulantes, talons qui font saillir le mollet, chevelure coiffée et travaillée, etc...). Mais la mauvaise foi les conduit à prétendre qu'elles ne font cela que pour elles, et qu'il n'y a donc pas lieu de leur en tenir rigueur, ou au contraire de vouloir y trouver une raison pour les draguer : voilà bien une justification malhonnête et hypocrite ! Car les femmes mettraient-elles tant de soin à rendre leur corps attirant et désirable s'il n'y avait aucune paire d'yeux masculins pour les regarder et les trouver séduisantes ? Elles peuvent bien prétendre en effet que ce soin se fait selon un critère strictement individuel, et qu'il ne s'agit donc que d'une forme de dandysme strictement égoïste (comme si c'était une justification plus estimable et plus louable !), ou qui ne concerne que les femmes entre elles. Il n'en demeure pas moins que cette culture de l'apparence suit les règles aisément reconnaissables pour l'homme de ce qui rend ce corps attirant d'un point de vue sexuel, en soulignant les formes et en rendant celles-ci visibles de manière manifeste pour le regard masculin. Dès lors, leur mauvaise foi les conduit à affirmer que cette séduction, qui met en émoi la libido masculine, et entraîne chez la plupart des hommes la déception de voir que cette "promesse de bonheur" que constitue la beauté de l'apparence féminine (pour reprendre l'expression de Stendhal) ne débouche sur aucune satisfaction du désir ainsi suscité, mais qu'il engendre au contraire la frustration d'une excitation (ou d'un "appel" sensuel) qui n'est pas satisfait. Les femmes ne se privent d'ailleurs pas de manifester par leur visage désagréable et fermé (ainsi qu'on peut le constater dans les rues de grandes villes) leur refus de tout contact inopportun avec un inconnu, que leur attrait aurait pu pousser à chercher la rencontre et la conversation avec la belle inconnue ainsi croisée. De sorte que la mauvaise foi se manifeste ainsi de manière ostensible par le contraste entre l'omniprésence des signes sexuels perceptibles envoyés par les femmes cultivant leur sex-appeal (signes visuels et olfactifs, qui sont autant de signaux clairement identifiables pour le désir masculin, tout comme le sont les signaux envoyés par les femelles du règne animal inférieur perceptibles par les mâles de la même espèce, par exemple les phéromones dégagées par les femelles en chaleur, la modification de la couleur du pelage ou du plumage, excroissance momentanée des organes sexuels visibles, etc...), et le déni de cette sexualisation de l'apparence manifesté par l'indifférence, voire le dédain affichés à l'égard des représentants du sexe masculin croisés dans l'espace public. On voit ainsi comment ces éléments de la culture et de la civilisation de l'apparence et de la séduction sexuelle sophistiquée que sont les apparats féminins sont des décalques ou des amplifications des signes naturels de la séduction et de l'attirance sexuelle, mais plus élaborés, et marqués par le sceau du travail et de la création propres à la civilisation. Le parfum des femmes renvoie ainsi au phénomène de l'attirance naturelle par les phéromones dégagées par la femelle en état de rut, afin d'avertir les mâles de leur état de fécondité potentielle. Les femmes sont trop imbues d'elles-mêmes pour accepter qu'on leur jette au visage une vérité aussi crue et aussi blessante pour leur amour-propre, mais il n'en demeure pas moins que l'usage du parfum reproduit un mécanisme strictement naturel d'attraction sexuelle : le parfum fait à l'homme, chez qui l'instinct sexuel primaire n'est jamais totalement éteint, mais seulement refoulé par les instances morales de la société (voir les analyses éclairantes de Freud dans Malaise dans la civilisation sur cette question), autant d'effet qu'un flux de phéromone féminine dans la narine du mâle, et c'est à dessein, ou sans oser se l'avouer, que les femmes en usent ainsi, car elles ne font que reproduire un mécanisme naturel de la séduction, même s'il est plus élaboré. La parure du vêtement use du même procédé.
 Les femmes peuvent bien continuer à prétendre qu'il ne s'agit pour elles que d'un loisir, et que la culture de leur apparence, dont elles sont si imbues, ne répond qu'à une aspiration esthétique d'ordre intellectuel noble et estimable (car ce qui relève de l'âme ou de l'esprit est naturellement valorisé par rapport à ce qui relève du corps, dans notre civilisation) : il ne s'agit en vérité que d'une manifestation psychiquement acceptable d'une séduction sexuelle, dont les hommes sont à la fois les destinataires (quel serait encore le souci de l'apparence chez la femme s'il n'y avait aucun homme pour les regarder, ou même aucune femme auprès de qui se faire valoir ? Et parmi tous les hommes croisés en une journée sur les trottoirs de Paris, Londres ou New-York, il y en aura bien dont les regards attentifs et captivés flatteront l'égo de ces dames ! Plus généralement, c'est l'idée même d'être l'objet des regards inconnus qui rassure la personne, même si la froideur affiché par les femmes semblent démentir leur intérêt pour le regard d'autrui), et les victimes (puisque parmi tous ces hommes ainsi émoustillés, il y en aura beaucoup, pour ne pas dire la totalité, qui n'auront que la frustration d'un désir jamais satisfait). Si Sartre prend l'exemple, dans le chapitre 2 de la première partie de L'Etre et le néant, d'un cas typique de refoulement féminin du contenu sexuel d'une conduite de séduction amoureuse ou sexuelle masculine (prendre la main d'une femme convoitée, qui se laisse faire et abandonne à la main de l'homme cette partie d'elle-même qu'elle ne vit plus que comme une chose détachée d'elle-même), pour illustrer le phénomène, qualifié par lui d'"existentiel", de la mauvaise foi, ce n'est sans doute pas pour rien. N'en déplaise à l'anti-psychologisme ou à l'anti-freudisme sartrien, il s'agit bien d'une caractéristique essentiel de la psyché empirique féminine de vouloir démentir par des paroles ou par un comportement de déni de l'instinct sexuel dans les actions humaines : qu'il s'agisse d'une entreprise masculine face à laquelle elle se représente elle-même comme une "victime" passive ou "objectifiée", ou de la conduite ou l'apparence de séduction qu'elle manifeste, elle ne cesse, dans les deux cas, de manifester l'instinct sexuel qui se manifeste par la séduction, c'est-à-dire par l'attrait de l'apparence susceptible de déclencher l'action et la tentative de conquête. La Rochefoucauld ou La Bruyère ne font pas autrement lorsque, dans les Maximes de l'un ou dans les Caractères de l'autre, ils nous dépeignent la psyché de la coquette, qui ne cherche rien d'autre qu'à séduire, mais déguise son ambition par les apparences de la vertu; ou qui ne blâme la séduction des autres femmes que lorsqu'elle n'a plus les moyens physiques d'y parvenir elle-même ("la femme apprend à haïr dans la mesure où elle désapprend à charmer", écrivait Nietzsche dans Par-delà Bien et Mal, chapitre 4, maxime 84).
  Finalement, on pourrait dire que chez toute femme il n'y a une coquette qui sommeille, et jamais bien longtemps : du moins sait-elle assez se dissimuler pour se faire passer pour une esthète, une personne raffinée, amoureuse du beau, mettant à distance d'elle-même tout ce qui relève du sexuel.

lundi 13 janvier 2014

Le victimisme politique, ou la politique conçue à l'aune des « minorités opprimées ».

Il semble que dans bien des domaines la politique moderne des démocraties soit conçue du point de vue privilégié des « minorités opprimées ». Qu'il s'agisse des homosexuels, des minorités ethniques, des victimes d'accidents de la route, des femmes elles-mêmes conçues comme mises en « minorité » dans la société des hommes dominants, alors qu'elles sont quantitativement plus nombreuses que ces derniers, la norme à prendre en considération devrait être celle des groupes ne jouissant pas des mêmes droits que la majorité, et bénéficiant à ce titre d'une valorisation favorable auprès du grand public, et d'une légitimité à faire entendre leur voix et prendre en compte leur intérêt. Les démocraties modernes ayant mené à bien la réalisation de leur modèle égalitaire universaliste, après de rudes combats et des réactions contraires (qu'on en juge par l'histoire de la France au cours des deux siècles précédents), il ne leur resterait alors plus qu'à régler la question des groupes minoritaires traités de manière désavantageuse, jusqu'à ce qu'on réalise que leur sort n'était pas aussi enviable que la majorité.
 Ne s'agirait-il que d'une réalisation à la marge d'un progrès égalitaire auparavant majoritairement adopté et institué ? Ce n'est peut-être pas si sûr, puisque des mesures invoquées pour mener à bien cette finalisation pose des problèmes de compatibilité avec l'idée même de droits égaux et d'égalité universels des individus, notamment lorsque la notion de "discrimination positive" est invoquée, ou bien lorsqu'on aborde la réalisation concrète de l'idée de "parité". Plus largement, on peut penser qu'il y a une forme d'usage abusif de ce statut de "minorité opprimée", notamment lorsqu'on s'en sert pour imposer un restriction de libertés à l'égard des groupes majoritaires auxquels cette minorité s'oppose. C'est par exemple le cas, nous semble-t-il, lorsque les féministes exigent la sanction des clients de la prostitution ou des producteurs de films pornos, au nom d'une violence constitutive de ces pratiques, dont seraient victimes les femmes, dépourvues de consentement éclairées, par l'action de représentants masculins abusant nécessairement de leur position dominante et de leur coercition inhérente à leur genre. Nous allons tenter d'y voir plus clair et d'exposer notre point de vue.

   Les groupes minoritaires ont pris de plus en plus de place dans la vie politique des démocraties au cours des décennies passées. Certaine ont pu y voir la marque de l'abandon de toute « grande politique nationale » telle que l'entendaient les régimes anciens, lorsque la conquête militaire et l'expansion nationale étaient des buts avoués des dirigeants. C'est l'expression d'une nostalgie des temps glorieux des grandes guerres et de l'action militaire et politique : vieille complainte qu'on retrouve au 19e siècle chez Baudelaire ou Stendhal, qui déplorent la médiocrité de la société bourgeoise, et de ses préoccupation bassement matérielles. Le bourgeois revendique en effet un bonheur qui serait à sa portée, mais dont sont cruellement absents les idées de courage, de risque et de grandeur. La recherche d'un bonheur matériel médiocre conduit nos contemporains à une forme de tranquillité ordinaire qui ne laisse plus de place qu'aux protestations de ceux qui en sont (ou semblent être) exclus. Cette félicité de la masse ruminant tranquillement dans le pré n'est alors plus troublée que par les manifestations des exclus de la félicité générale, par exemple lorsqu'il s'agit des droits politiques égaux, ou bien des caractéristiques considérées comme indispensables par la masse pour parvenir au bonheur.
 Ainsi le cas récent des revendications de la communauté homo, en matière de mariage et "droit à l'enfant" pour tous constitueraient un illustration moderne et réactualisé de cette demande de bonheur social auprès des pouvoirs politiques. Il s'agit en effet d'une revendication pour partager ce "bonheur incommensurable" que constitueraient le mariage et la famille : quand on sait la manière dont ce même mariage et cette même famille ont été dépeints avec sarcasme et même horreur au cours de la période de protestation libertaire des années 68, il y a de quoi s'étonner que l'on puisse ainsi juger désirable ce qui est apparu si souvent comme une prison ! Plus généralement, c'est par ce biais d'une politique de défense des minorités (par exemple au nom des victimes des accidents de la route, dont plusieurs associations de défense s'estiment être les légitimes représentants auto-proclamés, et qui ont inspiré la politique actuelle de sanction et de répression à l'égard des automobilistes) que l'on en vient à sanctionner le plus grand nombre, lorsque cela conduit à restreindre la liberté du plus grand nombre au nom de l'intérêt d'une minorité agissante. Ces quelques exemples renvoient à la matrice de tous les combats considérés comme légitimes dans notre société : celle des groupes raciaux ou ethniques, qui sont devenus l'objet d'une attention particulière de la part des pouvoirs, dans les démocraties notamment, depuis l'époque des ségrégations raciales (aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxon en particulier, lorsqu'il s'agit des noirs, mais on pourrait y ajouter la question des juifs en Europe, ou des arabes). Ces groupes ont fini par bénéficier d'une image très positive au sein des sociétés démocratiques modernes, et ont réussi à gagner à leur cause la majorité de la population, contre toutes les manifestations, le plus souvent minoritaires (du moins à partir du moment où s'est imposée l'idée de droits égaux pour tous, sans distinction de races, et dans la garantit de la Constitution, ce qui  n'est devenu la norme officielle que tardivement dans certains pays : dans les années 90, en Afrique du Sud, par exemple), mais persistantes, de discriminations raciales. On peut ainsi dire que la popularité de ce combat dans la société repose sur l'acceptation par tous, en plus d'une inscription dans la loi, d'une égalité des races, ou des individus, indépendamment de l'appartenance raciale. Le seul combat qui persiste réside dans l'application partout et dans tous les domaines de cette égalité : c'est donc à partir du moment où cette égalité ne pose plus vraiment de problèmes, puisqu'elle est à la fois entérinée par la loi, et largement acceptée par les populations, qu'elle entre dans le domaine très médiatisé du "combat visible", c'est-à-dire faisant l'objet d'une large couverture médiatique toujours favorable, face aux "méchants intolérants", toujours marginaux.

   Or c'est à partir de ce modèle que d'autres groupes, tels les homosexuels, ont fini par devenir, dans le discours et l'action politiques, des "minorités opprimées" à leur tour (supplantant pour un peu les groupes raciaux), dont il s'agit de défendre les "droits", ou plutôt les revendications. Les homos, ce sont en quelque sorte les noirs opprimés d'aujourd'hui, et, à l'image des groupes ethniques devenus populaires, tout semble bon pour donner satisfaction à leurs revendications. Cela a commencé avec la dépénalisation officielle et définitive des pratiques homosexuelles (dans les années 80, en France), ensuite avec la création du délit d'"homophobie" sanctionnant les propos jugés insultants et discriminatoires à l'égard de ce type "d'orientation sexuelle" (ce terme d'"orientation sexuelle" est d'ailleurs symptomatique de la transformation du regard sur ce qui n'est d'abord qu'un état de nature du désir sexuel, considéré maintenant comme une forme de choix conscient et revendiqué, au même titre qu'une opinion politique), pour en arriver aujourd'hui à l'exigence d'un droit de reconnaissance au "mariage pour tous", qui modifie considérablement le sens et la portée symbolique de l'union civile matrimoniale. Comment en est-on arrivé là ? Il est pourtant clair que ces revendications de groupes minoritaires qui se disent "opprimés" ou inégaux par rapport à d'autres, revêt un caractère à la fois positif et négatif. Lorsqu'il s'agit d'exiger une participation égale aux droits humains et politiques, à titre d'individus, on peut comprendre que ce statut de minorité opprimée semble légitime, dans la mesure où l'appartenance à une telle minorité représente un frein ou une barrière infranchissable à la jouissance de tels droits. Mais s'agit-il de la même chose lorsque la revendication porte sur une "mise à niveau" des couples homos avec les couples hétéros ? On rejoint alors la contestation de ce qui est qualifiée d'"injustice naturelle", à savoir l'incapacité des couples stériles (homos) à avoir des enfants. La revendication qui se fait jour est alors d'exiger que les techniques de la Procréation Médicalement Assistée viennent en aide au "mal d'enfants" qui tenaillerait les tripes des homos. Ce type de revendication pose problème également, lorsque les défenseurs d'une conception plus classique et jugée plus conforme à la nature même du mariage civile font entendre leurs protestations, en estimant que le mariage, même s'il est de nature politique, et donc amendable, n'en est pas moins le fruit d'une histoire et d'une tradition, qui lui confèrent une valeur symbolique, que l'idée même de "mariage homo" vient dégrader.

 Plus généralement, on peut voir comment il devient avantageux de se présenter dans la sphère des revendications et des combats politiques comme les représentants d'un groupe minoritaire "opprimé", afin de bénéficier plus facilement d'une image favorable auprès du grand public, et d'une satisfaction plus aisée des revendications. C'est ce qui s'est passé depuis une trentaine d'années avec les homos, qui ont pris le modèle des minorités raciales, afin d'accéder plus rapidement aux droits au mariage homo reconnu par l'Etat, mais pas encore à la PMA. Mais on peut également observer comment les féministes ont attribué à la position des femmes dans la société un statut comparable à celui d'une minorité opprimée. Les passionarias de ce courant ont d'ailleurs, depuis ses débuts à la fin du 18e siècle, jusqu'aux actuelles "Chiennes de garde", et en passant par les Suffragettes et les militantes du MLF, des allures de militantes du mouvement ouvrier ou anti-apartheid. C'est toujours sous la figure des représentantes d'un groupe d'individus "mis en minorité", qu'elles se présentent, quand bien même leur nombre est statistiquement un peu supérieur à celui des hommes dans la société. Ce rôle de "minorité opprimée" contribue alors à favoriser les revendications les plus véhémentes et parfois les plus abusives, notamment lorsque les plus radicales parmi ces féministes nous expliquent que la prostitution ou la pornographie sont des violences faites aux femmes tout à fait assimilables l'une à l'autre, et qu'elles voient l'omniprésence d'une "domination patriarcale" qui justifierait une restriction des libertés individuelles, notamment à l'égard des hommes, présentées comme les responsables de tous les malheurs et de toutes les souffrances féminines. Cette approche, et les abus qu'elle génère, notamment lorsqu'il est question d'une législation qui sanctionne le libre usage de son corps, y compris pour des fins commerciales, et la sanction des individus masculins, accusés de "pervertir" les femmes pour faire d'elles des prostituées ou des actrices de porno, a ainsi été largement dénoncé par E. Badinter dans son livre Fausse route, qui met en cause les dérives du féminisme dit de la "3e Vague", lequel insiste davantage sur les questions d'ordre sexuel, dans lesquelles la responsabilité des hommes serait engagée. La question des Sex Wars devient ainsi l'occasion d'un affrontement entre des féministes "pro-sexe", partisanes d'une réappropriation féminine des pratiques sexuelles les plus marginalisées, et des féministes "Libérales", qui défendent le libre usage par les femmes de leur propre corps, d'un côté, et des féministes "radicales", de l'autre, qui ont fait la promotion au cours des décennies passées de législations sanctionnant le harcèlement sexuel, la pornographie et la prostitution (A. Dworkin et Catherine MacKinnon sont les plus connues parmi ces dernières, du moins aux Etats-Unis). Face aux abus d'une vision qui confère une dignité et une valeur morale supérieures aux femmes par rapport aux hommes, la philosophe ne manque pas de rappeler que l'existence de femmes violentes est attestée par les enquêtes sociologiques, et ce, jusqu'au sein du couple. Faire l'éloge d'une vertu proprement féminine, qui permettrait de dépasser l'universalisme stigmatisé comme "abstrait" de la revendication égalitaire féministe traditionnelle en matière de droits politiques, et ce, au nom d'un différentialisme essentialiste, pour le moins discutable car nourri d'a prioris positifs à l'égard des femmes, ne peut que faire le lit de nouvelles formes d'injustice, dont seront victimes les hommes, considérés comme de violents oppresseurs face à la bonté et l'innocence féminine, parée des vertus de la maternité bienveillante, dont se nourrit ad nauseam les défenseurs de la morale du Care (Carol Gillian, par exemple, dont s'inspire Silviane Agacinski dans son livre Politique des sexes).
 C'est aussi au nom de ce statut de "minorité opprimée" que se fait jour la revendication pour une discrimination positive, ou une parité en terme de représentation politique. Ce modèle d'action est largement emprunté au domaine politique américain, notamment lorsqu'il s'agissait de la représentation politique ou médiatique des noirs ou des "Hispanos". Le livre de Charles Taylor La Politique de reconnaissance évoque cette question sur le plan philosophique, qui s'inscrit dans le cadre de sociétés américaines largement multiculturelles (modèle du Melting Pot) . La question qui se pose sur le plan politique est ainsi la suivante ? Comment aménager les règles d'un Etat libéral pour permettre une meilleure prise en compte de la position sociale moins favorable de groupe ethniques trop souvent mal représentés dans leurs intérêts culturels ou identitaires ? Le problème est celui de la compatibilité des aménagements de ces règles libérales avec les exigences d'universalisme républicain et d'égalité démocratique. Toute cette problématique a été ainsi transposée sur le terrain des "minorités sexuelles" ou des "orientations sexuelles" minoritaires, avec les mêmes écueils et les mêmes interrogations.
 Les problèmes posés par la question des groupes éthiques revendiquant une reconnaissance spécifique, qui leur ferait bénéficier d'avantages particuliers remettant en cause l'égalité républicaine stricte, sont à mettre en parallèle avec les problèmes posés aussi bien par la réalisation de la parité, que ceux des homos prétendant à la fois remettre en cause la portée symbolique traditionnelle du mariage, ou réclamer la fin de cette "injustice naturelle" que constituerait le fait de ne pouvoir avoir d'enfants comme les autres couples. Concernant la parité, le problème, jusqu'ici pas assez évoquée, est qu'elle semble imposer une forme de discrimination positive au bénéfice d'individus qui ont pour seul avantage d'appartenir à un genre prétendument "opprimé", mais sans garantie que l'avantage dont ces individus bénéficieront (une responsabilité politique ou économique, l'exigence d'un quota qui leur assure une promotion hiérarchique expéditive) se fasse dans le respect de l'intérêt général, en veillant à la présence des compétence nécessaires pour le bon exercice de la responsabilité ainsi attribuée, plutôt qu'à la possession de tel ou tel organe sexuel entre les jambes !


 Comme on l'a vu, il y a de nombreux avantages à paraitre sur le devant de la scène médiatique comme représentant d'une minorité opprimée, qu'il s'agisse de groupes ethniques, d'orientation sexuelle, ou même de "genre sexuel", même si la dénomination de minorité peut apparaitre comme abusive dans ce dernier cas. (On pourrait également ajouter, mutatis mutandis, les associations représentant les victimes de la route, qui exigent une sanction extrême des automobilistes dépassant les sacro-saintes limitations de vitesse, ou ne respectant pas à la lettre un code de la route qui devient chaque jour plus restrictif.) L'avantage est d'abord celui de la popularité auprès du grand public, mais aussi de la conformité à une norme juridique et philosophique républicaine qui prétend réaliser à la marge les exigence d'un idéal égalitaire adopté maintenant partout dans ses grandes lignes, du moins dans les nations occidentales, depuis au moins 50 ans. Il suffit de justifier sa prétention à se prétendre "opprimé" pour recevoir à la fois l'appui de la loi et de celui du public, largement gagné à l'idée même l'égalitarisme républicain, et ce, conformément à cet état d'esprit propre aux sociétés démocratiques, ainsi que n'avait pas manqué de le constater Tocqueville, il y a plus de 150 ans, dans  son livre phare De la démocratie en Amérique.
 Il n'en demeure pas moins que ce combat des minorités opprimées peut aussi poser plus de problèmes qu'il n'y paraît dans sa réalisation, à la fois parce qu'il emprunte des voies qui peuvent aller à l'encontre de cet égalitarisme républicain précédemment évoqué (ce qui peut conduire à de nouvelle inégalités et à des formes d'oppression et de restriction de libertés), et parce que les représentants les plus sectaires et les plus extrémistes de ces minorités peuvent s'avérer de dangereux agents de l'oppression. L'exemple des féministes qui poussent une législation réprimant les clients de la prostitution, et qui demain exigeront peut-être la criminalisation de la prostitution, en constituent une illustration caractérisée. C'est ainsi que s'impose dans nos sociétés prétendument gangrénées par la "domination masculine", une forme de "matriarcat", paré de toutes les vertus par les théoriciennes féministes, mais qui ne tend qu'à substituer au paternalisme philosophique et politique traditionnel (jadis dénoncé par les philosophes des Lumières d'inspiration contractualiste, tels Locke, Rousseau ou  Montesquieu) une autre forme d'oppression, conçue au bénéfice des femmes et contre les hommes. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les brillantes analyses d'Eric Zemmour (Le Premier Sexe) et de Michel Schneider (La confusion des sexes et Big Mother), qui montrent comment les revendications féministes en viennent aujourd'hui à imposer une féminisation rampante de la société, qui ne fait que nuire aux fondements de l'identité masculine, en leur insufflant un sentiment de culpabilité et un abandon de leur rôle traditionnel de père et de dirigeant. Les conséquences s'en ressentent jusque dans la valorisation du rôle des homosexuels, perçus par les femmes comme désirables dans la mesure où ils portent à leur corps et à leur apparence un soin et une attention méritoires, mais qui conduit aussi, paradoxalement, ces mêmes femmes à déplorer la dissolution du caractère rassurant de la paternité masculine, et de la stabilité qu'elle engendre. C'est à cette incohérence et cette confusion des genres que conduit aujourd'hui la féminisation de la société, jadis présentée sous des jours avantageux et inéluctables par le poète (Aragon).

vendredi 10 janvier 2014

Le féminisme d'hier et celui d'aujourd'hui :

La forme actuelle de féminisme qui prétend imposer l'interdiction de la prostitution est une forme dévoyée et bourgeoise du féminisme soixante-huitard. Les féministes des années 60/70 défendaient, dans la lignée du libertarisme en vogue alors dans les rangs de la nouvelle gauche, la droit de vivre contre l'oppression des pouvoirs, qu'ils soient moraux, économiques, religieux, sociaux ou politiques. Elles luttaient, conjointement avec les homosexuels, pour le droit d'être reconnus comme tels dans leur pratique sexuelle ou amoureuse, sans se voir inquiéter par la police et la réglementation étatique, contre l'oppression masculine des maris exigeants, des supérieurs hiérarchiques sollicitant des faveurs sexuels contre de l'avancement, des violeurs, etc... Ces féministes étaient souvent considérés comme des marginales, des passionarias relevant la tête contre le conformisme social, contre la soumission au pouvoir masculin, sous quelque forme qu'il se présente.
Aujourd'hui, il semblerait que le féminisme défendu par des personnes issues des classes bourgeoises, ayant des responsabilités sociales, politiques ou économiques, s'inspire davantage des méthodes et d'une idéologie contre laquelle s'élevait la protestation libertaire de 68. En tant que groupe de pression réclamant l'interdiction de la prostitution, par exemple, le féminisme abolitionniste se conforme aux méthodes d'agir qui étaient celles des ligues de vertu américaines, lorsqu'elles ont réussi à faire voter par le parlement américain la prohibition de la consommation de l'alcool au début du 20e siècle, avec les conséquences négatives que l'on sait : gangstérisme et trafic, développement des « clandés », exil des américains fortunés en Europe, où une telle législation n'existait pas, etc.. Cette action n'a certainement pas obtenu l'effet recherché : mettre dans les têtes l'idée selon laquelle l'alcool était mauvais et sa consommation à la fois insalubre et immorale ; elle a plutôt été la manifestation du rejet de la loi et l'autorité de l'Etat américain, lequel, alerté par de telles manifestations antisociales et anti-autoritaires, a préféré à cette législation plutôt que de perdre définitivement tout le respect et l'obéissance des citoyens américains. Aujourd'hui, le féminisme abolitionniste suit la même voie : la voie de la contrainte policière, puisque si celui-ci parvient à ses fins, ce sera en définitive à des policiers que les clients et les prostituées auront affaire lorsqu'ils seront confrontés à l'autorité publique qui se chargera se faire appliquer cette loi (et l'on se doute combien cela serait difficile, notamment lorsqu'il s'agit de prostitution se passant par internet, où les moyens de contrôle policier sont moins aisés à mettre en œuvre). De tout cela il découle donc une policiarisation de l'idéologie féministe, qui semble ainsi à mille lieue de l'esprit anti-autoritaire des années 60/70. L'idéologie féministe abolitionniste retrouve donc la voie du moralisme revendicatif inspiré des normes religieuses et bourgeoises traditionnelles, telle que l'Histoire nous en a donné des exemples (ligues de vertu américaines, associations de sobriété alcoolique française, etc..), qui alterne le paternalisme déresponsabilisant et l'appel à l'intervention policière des pouvoirs publics, pour mettre au pas tous ces récalcitrants qui se refusent à admettre les normes et les interdits moraux que ce moralisme défend.
On voit ainsi comment un groupe de pression associatif défendant une idéologie ou une politique publique, peut réussir à imposer à la collectivité ses propositions et ses interdits, sans que celle-ci soit consultée : il en résulte une présence plus envahissante de la domination policière au sein du corps social. C'est ce que nous a montré l'exemple des groupes de pression concernant la sécurité routière, qui ont inspiré la politique absurde des radars et de la sanction policière aveugle et automatique à l'égard des dépassements de vitesse, les ligues de vertu qui ont inspiré la loi américaine de la prohibition de l'alcool, et demain, peut-être, la loi sanctionnant le recours à la prostitution. Dans tous les cas, c'est toujours au nom d'une idéologie prétendant imposant la sécurité, la santé ou la dignité aux individus contre eux-mêmes, et sans les consulter, que se réalisent la mise en œuvre et l'application du dessein public, qui ne tend à rien d'autre qu'à accroître sur le corps social le contrôle policier, mais aussi la défiance à l'égard d'un Etat omnipotent et envahissant.
Le féminisme abolitionniste est donc un traitre à la cause du libertarisme soixante-huitard.
Le projet actuel du féminisme ne vise à rien d'autre qu'à la castration morale , sociale et et politique des hommes. Ce mouvement, qui était né pour défendre des droits égaux en matière sociale et politique, en vient aujourd'hui à pratiquer une forme de censure morale et politique à l'égard des pratiques sexuelles masculines. Qu'il s'agisse de pornographie ou de prostitution, il s'agit bien, sous couvert de défendre la « dignité des femmes » dans leur ensemble, d'empêcher les hommes d'éprouver du plaisir aussi bien dans la représentation de l'acte sexuel, que dans la pratique d'une sexualité tarifée. La vérité du féminisme vindicatif et castrateur s'avère ainsi avoir été exposée dans le SCUM Manifesto, rédigée par Valérie Solanas dans les années 60. Couper les couilles des hommes, en leur empêchant d'éprouver un plaisir qui se ferait « au détriment » de la femme : voilà comment les féministes ne font que ranimer le contenu des morales antiques, pour lesquelles il y avait une perte de l'honneur dans le fait de se voir pénétré, ou de jouer un rôle passif dans le rapport sexuel (cf M. Foucault, Histoire de la sexualité).
Chacun sait pourtant que l'acte sexuel s'enrichit de l'imaginaire de la représentation de l'acte lui-même effectué par d'autres, et cette représentation se nourrit volontiers de mise en scène du partenaire sexuel comme être dominé, ou du moins asservi au désir de l'autre : c'est ce que Sartre nomme, dans l'Etre et le Néant, l'objectification de l'autre à travers l'emprise de son corps (c'est la relation à autrui qui prend la forme d'une telle objectification dans l'acte sexuel). En cela, il y a toujours une tendance au sado-masochisme dans l'acte sexuel, à travers cette idée de l'objectification et de la manipulation du corps de l'autre, sans que cela implique une souffrance ou une douleur corporelle aigüe : le simple fait de prendre le corps de l'autre dans une position dite « en levrette », en fournirait une bonne illustration, puisque la jouissance s'augmente, pour l'homme comme pour la femme, par cette soumission et cette manipulation du corps de l'autre comme d'un objet dont on se saisit pour réussir l'acte sexuel (mais également pour la femme dans le fait d'être saisie). L'imaginaire sexuel se nourrit de cette représentation, mais les féministes voudraient précisément y mettre fin, et donc asservir et contrôler l'imaginaire sexuel masculin selon leurs propres normes, qui seraient celles du « sexuellement correct », à l'image des normes de pensée du « politiquement correct », qui ont fait des ravages en Amérique, avant de venir en Europe semer leur zizanie, en prétendant imposer et contrôler les pensées et les jugements masculins à l'égard des femmes.
En matière de prostitution, quoi qu'on puisse penser des conditions de travail et d'existence des personnes qui se prostituent (hommes et femmes), on peut néanmoins constater que toutes ces personnes ne sont pas asservies à des réseaux mafieux ou à des proxénètes, ainsi que leurs propres témoignages le montre (voir le livre de Lilian Mathieu, La condition prostituée). Les personnes indépendantes mentalement et économiquement (grâce à leur commerce) existent bel et bien, ce que ne peuvent entendre les féministes, aveuglées qu'elles sont par leurs normes morales et leurs exigences politiques, qui se manifestent par un lobbying intense auprès des représentants du peuple et des décideurs politiques. Qui ne voit le bénéfice et l'avantage que constituent (ou constituaient, si l'on parle de la France d'avant la loi Marthe Richard) l'existence de maisons de passe, de tolérance ou de prostitution, selon le terme qu'on veut bien leur donner ? La possibilité de pouvoir satisfaire ses désirs sans avoir à passer par l'intermédiaire long, douloureux, et ô combien incertain de la séduction et de la drague est, pour l'homme, une possibilité réjouissante et rassurante. Or cette force de la libido, et ce bonheur de la satisfaire, semblent une caractéristique proprement masculine, puisque les femmes sont tellement réticentes à satisfaire leurs désirs sexuels avec rapidité et facilité, ainsi que nous le montre, entre autres, la fréquentation de sites de rencontres amoureuses, et même libertines : la sollicitude des hommes se heurte constamment aux refus affichés par les femmes de participer à toute forme de relation uniquement centrée sur le sexe, laquelle est regardée par elles comme dégradantes et vulgaires (à croire qu'elles subliment leur sexualité autrement plus que les hommes !). Soit qu'on explique cette différence par des causes physiologiques ou culturelles, le constat d'une telle différence s'impose en la matière. Le bordel présente alors simplement l'avantage pour l'homme d'être un endroit où il est sûr de pouvoir satisfaire ses désirs, en l'échange d'une certaine somme d'argent, sans avoir à parler et tenter de briller par son verbiage auprès d'un potentiel objet de conquête, tout comme la femme est sûre de trouver les vêtements et autres objets dont elle a envie dans les magasins, lui permettant ainsi de satisfaire son désir de parure dont elles semble tellement friandes, du moins tellement plus que les hommes ! Au nom de quoi devrait-on refuser aux hommes le plaisir et la joie de satisfaire leurs désirs en se rendant au bordel, ou dans tout autre lieu consacré à cela ? Le désir sexuel serait-il tellement honteux et impur, que le fait de le satisfaire d'une manière expéditive avec une inconnue, en l'échange d'une somme d'argent le rende assimilable à un crime ou à une indignité répréhensible ? Ne serait-ce pas le vieux fonds de morale judéo-chrétienne qui referait surface au travers de cette normativité féministe ? Le mélange d'argent et de sexe est en effet, aux yeux de cette morale, un mal absolu, qu'il convient de combattre. Le combat abolitionniste des féministes est ainsi une réactualisation de la vieille morale judéo-chrétienne, elle-même reprise par les égalitaristes socialistes. Sur cette question, l'analyse qu'on peut faire de la revendication socialiste ne diffère guère de celle des féministes (cf. Nietzsche et la critique de la revendication pour des « droits égaux », que le philosophe condamne à la manière de Calliclès critiquant Socrate, et défendant le « droit naturel » contre le droit positif, dans le Gorgias de Platon).
Le bordel guérit l'homme d'une souffrance : celle de convoiter un bien (le corps de la femme) qu'il ne peut ou qu'il a du mal à obtenir, et ce, à l'époque où le féminisme semble rendre les femmes toujours plus réticentes à céder aux avances masculines, la crainte pesant toujours sur celles-ci de n'être qu'une forme de harcèlement. Cette crainte a été en grande partie alimentée par la propagande féministe en la matière.
Il semble ainsi que nous soyons confrontés à une « question sexuelle », à l'image de la « question sociale «  qui a agité les peuples et les esprits depuis le commencement de l'ère industrielle au 19e siècle, et le développement d'un prolétariat de masse, confronté aux capitalistes bourgeois détenteurs des capitaux et moyens de production.
La question qui se pose est alors celle de la satisfaction que les hommes et les femmes cherchent à donner à leurs pulsions sexuelles, sachant qu'ils sont confrontés aux dilemmes de voir leurs aspirations en la matière être souvent opposés. S'ils n'ont pas la même façon d'envisager cette satisfaction, le malentendu est inévitable. Et si la pornographie existe depuis si longtemps, c'est bien pour répondre à la libido masculine (mais aussi de toute femme « désirante »), en proposant une représentation propre à donner satisfaction à l'imaginaire sexuel. De la même façon, si la prostitution existe depuis si longtemps, c'est pour donner satisfaction aux hommes, en chargeant une minorité de femmes de satisfaire leurs envies en la matière, ce que ne semblent pas en état de faire (ou ne veulent simplement pas le faire) le reste de la population féminine. En confiant cette tâche à des femmes que les hommes rémunèrent pour cela, il s'opère simplement une division des tâches sexuelles entre les femmes qui subliment leur sexualité, celles qui se satisfont de leur rôle de génitrice, celles qui se contentent de quelques saillies occasionnelles ou régulières au sein du couple, celles qui s'adonnent une sexualité libertine plus ouverte mais toujours (ou le plus souvent choisie), et enfin celles qui se chargent de satisfaire la demande masculine massive en la matière, en l'échange d'une rémunération. Mais les féministes ne l'entendent pas de cette oreille, en voulant interdire et contrôler cette division des tâches selon leur propre norme des rapports hommes/femmes.
Il conviendrait au contraire de réhabiliter et de montrer sous un jour favorable la vie dans les maisons de tolérance, ou de passe, afin d'exposer que rien d'ignoble ne s'y déroule, mais qu'au contraire, on y veille à satisfaire des besoins naturels autrement plus essentiels que les besoins de parure proprement féminins, en l'échange d'une rémunération bienvenue pour des femmes qui ne trouvent pas toujours ce qu'elles cherchent sur le marché du travail non-sexuel.

Psychologie de la femme en matière de sexualité :


De toute évidence, la femme n'assume pas ses désirs sexuels. Il lui répugne d'avouer et de montrer trop ouvertement ses désirs sexuels. De là vient le dissensus fondamental entre les hommes et les femmes, puisque les hommes assument ses désirs et ne craint de le faire savoir à la femme, alors que cette dernière y répugne, et préfère « sublimer » ceux-ci dans le culte de son apprence physique, et dans une forme d'auto-érotisme « spéculaire », fondée sur l'adoration de son moi et de son propre corps. De là toutes les conduites de mauvaise foi propres à la femme, dont Sartre a par exmeple donné une illustration frappante dans l'Etre et le néant, avec la femme qui se laisse prendre la main sans oser protester, en se détachant mentalement de son corps, se disant à elle-même qu'elle est vaincue malgré son consentement, ce qui lui permet de se dédouaner de sa culpabilité de s'adonner au sexe ou à la séduction. Etant entendu que Sartre envisage cette mauvaise foi sur le plan « exitentielle », et non pas « bassement » psychologique (c'est-à-dire psychanalytique et empirique), on peut nénamoins y voir une analyse pertinente d'une état d'esprot propre à la femme, ou d'une conduite récurrente de l'être féminin, qui se défausse du désir sexuel pour prétendre échapper à l'emprise masculine, vis-à-vis duquel elle se sent menacé et inférieure, en en reportant sur elle-même son désir qu'elle sublime (cequi pourrait expliquer les cas tellement plus nombreux de lesbianisme que d'homosexualité masculine, encore qu'on pourrait envisager que l'homosexualité ne soit qu'une conséquence du dédain que les femmes affichent vis-à-vis des hommes, ce qui pousserait ceux-ci à s'orienter vers l'amour des persones de leur sexe).
Une autre stratégie féminine consiste à attiser le désir masculin en différant constemment le moment de le satisfaire. C'est ainsi qu'on peut voir tellement de femmes arborer une parure désirable, mais se refuser avec application aux hommes, ou bien encore des hommes tellement désireuses d'être l'objet de l'attention de nombreux hommes (les stars, mannequins et chanteuses en fourniraient l'illustration), pour pouvoir mieux se refuser à tous. C'est encore une manière de sublimer en jouissant de l'idée de cette attraction multiple et collective (plaisir de la consience), sans se laisser compromettre dans l'acte sexuel proprement dit et la consommation du désir. L'entretien du désir sous sa forme différé et sublimé dans la multiplicité des regards désirants non-satisfaits, et augmentés par là-même, produit la satisfaction recherchée par la femme. Des penseurs féministes elles-mêmes reconnaissent cette différence d'approche entre les hommes et les femmes concernant la sexualité. Parlant de l'importance de l'enfantement pour les femmes concernant la pratique de la sexualité, S. Agasinski peut écrire : « d'un point de vue empirique, on remarque par exemple que pour les femmes il existe une contiguité physique de tous les évènements sexuels, depuis l'acte sexuel lui-même jusqu'aux différentes phases de l'enfantement » (p.20), opposant ainsi deux formes de pratique sexuelle.

Le droit de consommer sexuellement, fût-ce en échange d'argent, exprime l'une des libertés fondamentales et naturelles, au même titre que le droit de manger, de se déplacer, de se loger. Il s'agit toujours de se procurer un bien ou un service en échange d'une rémunération, et si la sexualité doit passer par une relation tarifée au lieu d'un rapport non-vénal il n'ya pas plus de raison de s'en offusquer que de s'indigner qu'on doive payer pour avoir du pain, un logement ou des vêtements. Le droit au sexe devrait être inscrit dans la Constitution, aux côtés d'autres droits de l'Homme que l'on juge aussi fondamentaux, et sans lesquels l'existence d'un être humain ne peut prétendre être épanouie. C'est d'ailleurs dans cette optique que la philosophe américaine Martha Nussbaum a inscrit dans la liste qu'elle propose des biens humains fondamentaux, dont le manque est synnyme de pauvreté, le fait d'avoir une vie sexuelle épanouissante.
Autre manière pour la femme de refuser l'amour libre : le désir de stabilité et la crainte de la multiplicité des partenaires, qui la laisserait seule face à son propre désir, dans l'angoisse d'une potentielle solitude, une fois le amants lassés et sa beauté flêtrie.
A cela s'ajoute de le désir de maternité, qui n'est peut-être qu'une des formes que prend ce désir de stabilité, par la concrétisation d'une création procréatrice, qui cristallise le désir d'une occuptation et d'un but dans la vie. La femme aime-t-elle vraiment autre chose qu'elle-même, et la chose qu'ele a enfanté ? Sa relative incapacité à engendrer un monde artisitique ou littéraire ne serait que la manifestation de ce qu'elle cherche dans l'enfantement et l'éducation une forma d'épanouissement qu'elle ne trouve pas ailleurs. A l'heure du politiquement correct, où la norme féministe prétend s'imposer, parfois avec l'appui de la loi qu'elle est capable de gagner à sa cause, grâce à la pratique d'un intense lobbying, et d'une suggestion du corps masculin, toutes ces vérités sur le comprtement ordinaire des femmes ne sont pas bonnes à dire, et se voient volontiers taxées de « préjugés » ou « d'essentialisme » à l'encontre des femmes. Pourtant il faut le flaire et la lucidité du moraliste, comme le furent La Rochefoucault, Chamfort, mais aussi Nietzsche, pour être capable de déceler et d'émettre ces vérités dérangeantes, que tout honnête homme (et toute honnête femme) peut aisément observer lui-même (ou elle-même). Ces inoubliables moralistes nous ont montré la voie : ne craignons pas de l'emprunter à notre tour, fût-ce sous les quolibets de ces harangères des Halles, endoctrinées et vindicatives, qui ont transformer leur malhonnêteté intellectuelle en doctrine défendant la fierté et la dignité de leur genre !
Il faut qu'il y ait des prostituées, parce que l'homme a de très bonnes raisons de ne pas vouloir perdre son temps ou son énergie, ni exposer inutilement son orgueil pour rechercher les faveurs de femmes narcissiques et fiers d'elles-mêmes, qui prennent un maln plaisir à refuser aux hommes ce qu'ils désirent le plus, précisément pour pouvoir prétendre faire la preuve de leur supériorité. Mais les hommes ont malgré tout d'excellentes raisons de continuer à vouloir entretenir des rapports sexuels avec des hommes, ce qui implique, compte tenu de l'exigence précédente, qu'ils se tourne soit vers des femmes de mœurs libres (que d'aucuns nomment avec mépris « nymphomanes ») ou libertines, soit vers des prostituées. Sachant que les femmes libertines sont une minorité, ce qui accroît leurs exigences et leur dédain à l'égard de la demande masculine beaucoup plus importante, il en résulte que les prostituées sont, pour les hommes célibataires, la seule forme de relaton sexuelle possible, faute de devoir pratiquer l'abstinence ou la manustupration.
Les prostituées rendent donc un service indispensable à la collectivité, au même titre que le boulanger, le maçon ou le fabriquant de vêtement. C'est l'expression de la psécialisation des tâches enre les femmes qui sont capables et compétentes dans tell domaine ou dans tel autre : quel métier les abolitionnistes voudraient-elles voir les prostituées exercer à la place ? Caissière de supermarché ? Tisseuse dans un atelier de confection ? Tout le monde n'a pas les moyens de devenir ministre de la condition féminine, ou pharmacienne reconvertie dans la politique, comme c'est le cas de certaines abolitionnistes très en vue. Au nom de quoi ces dernières peuvent-elles se permettre de déconsidérer le métier exercée par d'autres femmes ? Ce n'est rien d'autre que la projection de leurs normes morales sur les pratiques profesionnelles exercées par d'autres, et l'utilisation de leur connaissance et de leur pouvoir politique pour imposer une norme en la matière à ceux et celles qui ne l'ont pas demandé. Plutôt que de stigmatiser ceux et celles qui l'exercent, on devrait plutôt leur octroyer un statut de travailleur à part entière, et une reconnaissance sociale digne de ce nom.

Les féministes abolitionnistes ne semblent pas comprendre que la sexualité est une affaire beaucoup plus importante pour les hommes que pour les femmes, du moins la sexualité considérée comme une activité tendant à la jouissance, et non pas nécessairement à la procréation, laquelle intéresse plus particulièrement les femmes, pour qui l'enfantement et la gestation occupent une importance plus importante que pour les hommes, on le comprendra. Il suffit d'entendre toutes ces bonnes femmes nous vanter la joie et l'expérience ineffable pour l'homme, pour comprendre que femmes se réalisent et s'épanouissent plus particulièrement dans cet aboutissement là de la sexualité, plutôt que dans la sexualité tendant à la seule jouissance. La sexualité occupe d'ailleurs chez les hommes bien souvent le rôle d'un rite de passage, par lequel l'homme devient un être actif et émancipé. Ce rôle actif dans l'acte sexuel est d'ailleurs une constante chez l'homme, qui doit chercher la personne avec laquelle il va pouvoir satisfaire ses pulsions et ses envies, à la différence de la femme qui se contente le plus souvent, et assez hypocritement, d'attendre que ça se passe et qu'on vienne la solliciter, comme si elle était elle-même totalement dépourvue d'envies. L'homme qui ne veut pas perdre son temps et ses efforts à draguer et tenter de séduire, trouve tout naturel de se tourner vers la sexualité vénale et la prostitution, chose qui répugne semble-t-il davantage aux femmes qu'aux hommes.