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vendredi 7 février 2014

La politique socialiste en matière de sexualité et de famille

D'autres que moi l'ont déjà écrit : les socialistes ont, depuis environ 15 ans, abandonné ce qui faisait le coeur de la politique de gauche, à savoir le traitement de la "question sociale" (comme l'appelait déjà Tocqueveille, lorsqu'il prononçait un discours resté célèbre devant l'Assemblée Nationale, en 1848, au moment des évènements révolutionnaires), au profit des "questions sociétales". On retrouve, en effet, ce constat sans appel chez Michel Schneider dans son livre remarquable Big Mother (paru en 2001), et les récentes protestations populaires des "Familles en colère" viennent le confirmer. Les socialistes ont bel et bien abandonné l'idée, pourtant nécessaire, de traiter le problème de la pauvreté, mais aussi ceux du chômage et des inégalités économiques par une politique volontariste, engageant l'action de l'Etat par des nationalisations ou des participations économiques dans des entreprises, ou en créant des postes de fonctionnaires ou des emplois publics, en incitant la demande ou l'offre. Ils préfèrent aujourd'hui s'en remettre à l'action des seules entreprises privées, parées de toutes les vertus, et devant lesquelles il faudrait se mettre à genoux, en les implorant qu'elles veuillent bien prendre en charge les demandeurs d'emploi si nombreux, qui grèvent les comptes de l'assurance chômage. Ils ne manquent pas également d'invoquer le dieu de la Croissance, comme les indiens invoquaient celui de la pluie pour leur assurer de bonnes récoltes. C'est donc bien un renoncement pur et simple à l'interventionnisme économique, au profit d'une forme de "social-libéralisme", ou de "sociale-démocratie", comme on voudra la nommer. De quelle façon le socialisme politique se manifeste-t-il alors ?

 Il s'agit des réformes "sociétales", nom un peu pompeux et obscur, qui peut désigner les questions de la famille, de la sexualité et de l'enfance. Devenus impuissants dans l'économie, les socialistes se rabattent alors avec fougue sur ces questions, où ils ont la prétention d'illustrer leur enthousiasme pour les "questions sociales", qui ne sont plus tout à fait la même chose que la "question sociale" qui préoccupait Tocqueville. Mais sur ces questions, l'unanimité est loin d'être faite entre les diverses parties en présence, et si les questions sociales pouvaient autrefois opposer des classes sociales et professionnelles clairement identifiables (patrons contre ouvriers), et sur des enjeux qui l'étaient tout autant (le partage de la valeur ajoutée, autrement dit le niveau de salaire, la redistribution des richesses, les taxes patronales), les incursions du pouvoir exécutif sur ces questions est loin d'aller de soi, et donnerait plutôt le sentiment que le pouvoir politique veut s'immiscer dans des questions intimes et familiales, qui sont du seul ressort des individus eux-mêmes. Seuls des lobbys et des groupes de pression particulièrement motivés à défendre leurs normes et leurs revendications poussent les politiques à légiférer sur des questions privées, rendant toujours plus mince la distinction entre le public et le privé. On peut reconnaître là une manière proprement gauchiste de faire de la politique, et c'est plutôt du côté des libertaires de 68 et des groupes militants qui en sont issus qu'on trouvera l'inspiration théorique de la politique socialiste aujourd'hui. Les minorités, qu'elles soient ethniques culturelles, religieuses, ou sexuelles, deviennent ainsi les moteurs de l'action politique et les inspirateurs des réformes qui sont le plus souvent imposées à une majorité silencieuse ou apathique, par des minorités actives et militantes. Si la gauche socialiste des années 80 avait trouvé dans les minorités raciales et culturelles venues d'Afrique une source importante de son action publique et de sa tentative d'unifier le corps social derrière quelques slogans censés être rassembleurs, et favoriser la cohésion sociale derrière l'idéal républicain d'intégration et de promotion individuelle (le mouvement "Touche pas à mon pote", la Marche des beurs" et les concerts de la Concorde en sont les éléments les plus marquants), on peut dire aujourd'hui que les minorités sexuelles (homos, prostituées, et femmes prétendument dominées par la "domination patriarcale", dont les militants féministes se considèrent être les représentantes légitimes, en leur conférant un statut de "minorités", et donc de victimes vis-à-vis d'une "majorité" masculine en situation de prédominance). C'est ainsi qu'on trouve tous les éléments pour inspirer aux socialistes, dans les années 2010, les bases de leur politique sociétale, censée être la forme moderne du socialisme, après la forme propre aux années 80 plus particulièrement fondée sur les questions ethniques.

 Quels sont donc les axes majeurs de cette politique familiale et sexuelle ?

1) Tout d'abord le mariage homosexuel et la lutte contre la discrimination à l'égard de cette catégorie d'individus. Je l'ai assez dit sur ce blog, les homos sont devenus aujourd'hui, aux yeux du pouvoir et d'une majorité de la population, l'équivalent de ce qu'étaient les noirs, les arabes ou tout autre groupe ethnique dans la réalité et l'imaginaire sociaux au cours des décennies précédentes. La combat contre l'Apartheid ou pour les Droits Civiques (aux Etats-Unis) a fini par inspirer tous les militants décidés à s'emparer de ce qu'ils considèrent comme une "suprématie" ou une domination du "phallogocentrisme" (pour citer Luce Iriguay, l'une des théoriciennes françaises les plus hystériques du féminisme anti-masculin), autrement dit de la normalité naturelle et sociale de l'hétérosexualité, n'en déplaise à ces militants de la cause homosexuelle. Faire des homos des individus jouissant d'une respectabilité et d'un affichage favorable comparable à celui des hétéros : voilà l'objectif visé par une campagne qui s'est étendu sur le long terme depuis 2 ou 3 décennies, en commençant par les nombreux films qui ont fait des homos des personnages de fiction dans les films et les romans, des héros rigolos et sympathiques à la télé, etc... Cette campagne publique de longue haleine était nécessaire pour valoriser l'image des homos, et pour mieux faire accepter dans la population la demande d'une transformation de la nature et du contenu des contrats de mariage (en l'étendant aux homos), et la demande pour un droit à l'enfant pour les homos, auxquels on ferait profiter des bénéfices de la technique de la PMA. Des enfants assimilés à des montants financiers que l'on distribue ou redistribue comme on le ferait pour les pauvres et les moins favorisés bénéficiant de la "justice redistributive", voilà à quoi on n'avait pas songé a priori, mais qui bénéficie pourtant d'une présentation revendicative de la part des militants, pour remédier à l'insupportable injustice naturelle que constituerait le fait pour les homos de ne pouvoir enfanter ! En la matière, les socialistes se chargeraient volontiers de remédier aux inconséquences et manquements de la nature, en faisant un usage pour le moins démesurée de la technique, atteignant ainsi le domaine de l'Hubris, que dénonçaient les sagesses de l'Antiquité. Car l'hétérosexualité est bel et bien la normalité, et l'homosexualité la marginalité, que d'aucuns considèrent comme une anomalie de la nature, mais qui exige le même respect, sans doute, au même titre que toutes les bizarreries du règne animal, la femme à barbe, l'homme aux deux pénis, ou les frères siamois. Mais si l'égalité républicaine exige qu'on traite sans discrimination ceux qui affichent publiquement leur homosexualité (même si rien ne les y oblige, et en la matière on ne comprend pas toujours ce qui peut pousser les homos à se faire un devoir militant de pratiquer le "coming out", comme si vivre leur orientation sexuelle en privé ne leur suffisait pas, et qu'ils avaient besoin en plus de cela que le reste de la société connaisse et approuve leur conduite privée, ce qui témoigne pour le moins un singulier manque de confiance en soi !), il n'en va de même, me semble-t-il, de la demande de transformation et de dénaturation du contrat de mariage au profit de la communauté homo, et pire encore de la demande à bénéficier de la PMA et de la reconnaissance de la paternité au profit des couples homosexuelles, somme si la société se devait de réparer tous les manquements de la nature, et au premier chef celui qui fait des couples homos des couples stériles. Car si la normalité sociale (du point de vue statistique) est hétérosexuelle, elle l'est également pour la nature : s'il n'y avait que des couples homos, l'espèce humaine serait depuis longtemps morte et enterrée, et il a fallu toute l'ingéniosité de la technique humaine pour arriver aujourd'hui à une situation où l'humanité peut envisager de se reproduire par un mécanisme de procréation médicalement assistée permettant de faire l'économie du rapport sexuel entre un homme et une femme, en attendant peut-être le jour, sans doute pas souhaitable, où les hommes pourront se reproduire par clonage (et en la matière, comme sur la question de la PMA, tout ce que permet la technique n'est pas forcément une bonne chose, et la sagesse constitue un frein heureux et bienvenu aux capacités offertes par la technique).

 2) Ensuite vient la pénalisation des clients de la prostitution, qui a pour point commun avec l'axe précédent de prétendre lutter contre la "domination de la société patriarcale". On voit ainsi comment les mouvements militants issus de mai 68 sont les inspirateurs d'une politique socialiste en manque d'orientation et de principes : les militantes MLF manifestaient déjà conjointement, dans les années qui ont suivi 68, avec les représentants du FHAR, des LGTB, et autres groupes militantes défendant la cause homosexuelle. Le rapprochement entre les deux s'opère sur la dénonciation commune de l'hétérosexualité jugée envahissante et aliénante à cause des hommes. Toutes les militantes féministes n'iront pas jusqu'à prôner l'homosexualité pour échapper aux "griffes du patriarcat", mais un certain nombre d'entre elles n'hésitera pas à le faire (comme le rappelle S. Agacinski dans La politique des sexes), dans le sillage de S. de Beauvoir, qui alla jusqu'à adopter légalement son amante Catherine Elkaïm, devenue Elkaïm-Sartre avec la bénédiction complaisante d'un J. P. Sartre très amoindri physiquement et mentalement dans les dernières années de sa vie. Aujourd'hui, les femmes prostituées apparaissent, aux yeux des militantes féministes, comme la cristallisation de la domination patriarcale, qui ne se manifeste pas seulement par la monopolisation des postes de pouvoir économiques, culturels et politiques par les hommes, mais également par l'asservissement économique de la femme (ou des femmes en général, mais plus particulièrement les femmes vénales, qui ne peuvent être, dans la pensée et le discours de ces militantes, que des "victimes" des hommes qui les exploitent, ce que dément pourtant quelques études de terrain des plus sérieuses, voir en particulier le livre de Lilian Mathieu La condition prostituée). Les prostituées, prises comme figures médiatiques, jouent ainsi parfaitement le rôle qu'on attend d'elles, pour peu qu'elles ne s'expriment pas trop pour dire tout le mal qu'elles pensent de cette interprétation tendancieuse de la part des féministes abolitionnistes, puisque pénaliser leurs clients, c'est à la fois leur retirer le pain de la bouche, et les rendre dépendantes des services sociaux de l'Etat, lequel aurait bien du mal à les persuader de se priver des milliers d'euros qu'elles peuvent gagner chaque semaine, au profit d'un subside dérisoire de l'Etat, et d'une reconversion professionnelle dans le domaine des métiers mal payés et mal considérés. La stigmatisation dont font l'objet à la fois les putes et leurs clients est le moyen parfait pour imposer la norme et le discours abolitionniste dans l'espace public de discussion, puisque ces groupes stigmatisés ont d'autant moins d'incitation à défendre leur intérêt, qu'il sont présentés soit comme des victimes aliénées auxquelles il faudrait venir en aide sans prendre en considération leur discours forcément biaisé (à l'image des femmes voilées qui défendent leur droit au voile, que l'on présente volontiers dans les médias comme des femmes soumises au discours et au pouvoir des hommes), soit comme des salauds, qui veulent profiter du corps de la femme pour la dominer et en tirer une jouissance. Voilà comment on parvient à convaincre les femmes ordinaires du grand public (et accessoirement des hommes) du bien-fondé de son militantisme : il s'agit de persuader que ces "salauds" de clients portent atteinte à toutes les femmes et à leur dignité lorsqu'ils cherchent à acheter les services sexuels d'une professionnelle de l'amour, et que derrière tous les clients se cachent des violeurs en puissance, incapables de respecter les femmes dans leur ensemble, puisque c'est à LA femme qu'ils porteraient atteinte, et pas seulement à celles qu'ils payent. L'initiative socialiste de 2013 a réussi, contrairement à celle de 2002 (tout comme le Pacs voté par les socialistes en 1998 n'était qu'un avant-goût et une préparation du mariage homo se 2013) d'abord parce que les putes n'ont pas assez réussi à se mobiliser contre ce projet de loi de pénalisation du client (contrairement à 2002, où s'étaient imposées quelques personnalités charismatiques quelques, telles que Cabiria ou Claire Carthonnet : sur la question de la mobilisation des prostituées, et l'opposition aux militantes féministes ou catholiques extérieures qui se réclament d'elles pour justifier une politique qui va contre elles, voir également les livres de Lilian Mathieu), et donc à défendre elles-mêmes leurs intérêts, qui ne vont nullement dans le sens de cette pénalisation, bien au contraire, mais plutôt dans le sens d'un reconnaissance du statut de "travailleur sexuel". Sur cette question, les militantes féministe ont réussi à faire, sans les consulter, et en leur volant leur parole, des héroïnes du victimisme féministe : c'est en tant que forme emblématique de la femme mise en position de minorité et de soumission que la pute est présentée, et qu'on réussit à imposer une législation qui ne vise rien moins qu'à porter atteinte, là encore, au "phallogocentrisme", précédemment évoqué.


 3). Enfin, pour inscrire durablement les principes de cette politique anti-masculine, les socialistes ont appliqué les mesures d'endoctrinement précoce de la théorie du Genre qui avaient fait le succès des régimes de terreur, tels que le nazisme ou le soviétisme, en imposant l'enseignement des principes élémentaires de la théorie du Genre. Le tristement célèbre "ABCD de l'égalité" joue ce rôle, puisqu'il propose d'utiliser dès le plus âge les cerveaux dépourvus d'esprit critique et très naïfs que sont ceux des enfants. Le plus tôt sera le mieux, et dès l'école maternelle , les enfants se verront inculquer l'idée selon laquelle le choix de "l'orientation sexuelle" serait laissé à la discrétion de chacun, de sorte que tout garçon ou toute fille pourra expérimenter les plaisirs de l'homosexualité (entre autres turpitudes sexuelles), afin de décider librement, après avoir pesé les avantages et défauts de chaque pratique, celle qui convient le mieux à sa personnalité. Voilà qui devrait permettre beaucoup de "trouble dans le genre", ainsi que le souhaitait la philosophe et militante homosexuelle américaine Judith Butler dans son livre éponyme ! Il n'est pas certain en revanche que cette désorientation profite à la stabilité psychologique des enfants devenus adultes qui auront "bénéficié" d'une telle éducation ! En matière d'éducation, l'expérimentation et l'endoctrinement précoce ne sont jamais une bonne chose, et il serait plus souhaitable que le Parti Socialiste se soucie d'affermir les principes du républicanisme et du libéralisme, en matière d'éducation civique, et d'enseignement des fondamentaux de l'éducation intellectuelle (écrire correctement, compter, lire), plutôt que de soucier de faire des enfants des êtres "épanouis dans leur vie sexuelle". Que l'Etat s'occupe de ce pourquoi il peut être utile et profitable aux enfants et au plus grand nombre, plutôt que de se mêler de la vie privée et de la sexualité des individus.


 Comme on le voit, cette analyse ne vise rien moins qu'à critiquer la conception socialiste d'une politique conduisant l'Etat à confondre le domaine privé et le domaine public, et à pratiquer l'endoctrinement moral et politique, au nom de la conception qu'il se fait de ce que devrait être "l'Homme nouveau", pour reprendre une expression chère aux soviétiques, lorsqu'il pratiquait la collectivisation forcée, la confiscation des propriétés et la destruction des églises. L'Etat libéral ne doit pas se mêler de changer l'homme pour en faire un être plus conforme à ses voeux, en lui inculquant, par exemple, des normes prétendument plus tolérante en matière de pratique sexuelle : il doit respecter la neutralité libérale indispensable à la coexistence pacifique des partis les plus divers, et non pas imposer une norme morale ou politique particulière, n'en déplaise aux militants homosexuels, féministes et abolitionnistes.





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