En relisant les moralistes français tels que La Rochefoucaud ou Chamfort, mais aussi tous les romanciers qui ont analysé la psychologie féminine (auxquels on pourrait ajouter tous ceux qui, dans la littérature mondiale, ont suivi la voie tracée par ces auteurs , je pense en particulier à Nietzsche, par exemple, dans le chapitre 4 de Par-delà Bien et Mal), on peut trouver nombre d'observations relatives à une forme de mauvaise foi typique du "beau sexe", ou du "sexe faible", comme on se plait parfois à le désigner. Ces observations, ces analyses des profondeurs inavoués et inavouables de la psyché de la femme, nous pouvons en outre les confirmer par nos propres observations. Il y en a en effet chez la plupart des femmes une mauvaise foi qui consiste à cultiver toutes les apparences de la séduction, sans oser s'avouer franchement à elles-mêmes que tel est leur dessein. La plupart des femmes exhibent et cultivent sur elles-mêmes ces marques caractéristiques de la "désirabilité", ou du sex appeal, manifestations qui ont la particularité d'exciter le désir sexuel, sensuel ou amoureux chez les hommes (je parle pour les hétéros, mais les lesbiennes elles-mêmes n'échappent pas à cette règle le plus souvent), en mettant notamment les formes de leur corps en valeur par divers vêtements (bas, robes, jupes, bottes en cuir moulantes, talons qui font saillir le mollet, chevelure coiffée et travaillée, etc...). Mais la mauvaise foi les conduit à prétendre qu'elles ne font cela que pour elles, et qu'il n'y a donc pas lieu de leur en tenir rigueur, ou au contraire de vouloir y trouver une raison pour les draguer : voilà bien une justification malhonnête et hypocrite ! Car les femmes mettraient-elles tant de soin à rendre leur corps attirant et désirable s'il n'y avait aucune paire d'yeux masculins pour les regarder et les trouver séduisantes ? Elles peuvent bien prétendre en effet que ce soin se fait selon un critère strictement individuel, et qu'il ne s'agit donc que d'une forme de dandysme strictement égoïste (comme si c'était une justification plus estimable et plus louable !), ou qui ne concerne que les femmes entre elles. Il n'en demeure pas moins que cette culture de l'apparence suit les règles aisément reconnaissables pour l'homme de ce qui rend ce corps attirant d'un point de vue sexuel, en soulignant les formes et en rendant celles-ci visibles de manière manifeste pour le regard masculin. Dès lors, leur mauvaise foi les conduit à affirmer que cette séduction, qui met en émoi la libido masculine, et entraîne chez la plupart des hommes la déception de voir que cette "promesse de bonheur" que constitue la beauté de l'apparence féminine (pour reprendre l'expression de Stendhal) ne débouche sur aucune satisfaction du désir ainsi suscité, mais qu'il engendre au contraire la frustration d'une excitation (ou d'un "appel" sensuel) qui n'est pas satisfait. Les femmes ne se privent d'ailleurs pas de manifester par leur visage désagréable et fermé (ainsi qu'on peut le constater dans les rues de grandes villes) leur refus de tout contact inopportun avec un inconnu, que leur attrait aurait pu pousser à chercher la rencontre et la conversation avec la belle inconnue ainsi croisée. De sorte que la mauvaise foi se manifeste ainsi de manière ostensible par le contraste entre l'omniprésence des signes sexuels perceptibles envoyés par les femmes cultivant leur sex-appeal (signes visuels et olfactifs, qui sont autant de signaux clairement identifiables pour le désir masculin, tout comme le sont les signaux envoyés par les femelles du règne animal inférieur perceptibles par les mâles de la même espèce, par exemple les phéromones dégagées par les femelles en chaleur, la modification de la couleur du pelage ou du plumage, excroissance momentanée des organes sexuels visibles, etc...), et le déni de cette sexualisation de l'apparence manifesté par l'indifférence, voire le dédain affichés à l'égard des représentants du sexe masculin croisés dans l'espace public. On voit ainsi comment ces éléments de la culture et de la civilisation de l'apparence et de la séduction sexuelle sophistiquée que sont les apparats féminins sont des décalques ou des amplifications des signes naturels de la séduction et de l'attirance sexuelle, mais plus élaborés, et marqués par le sceau du travail et de la création propres à la civilisation. Le parfum des femmes renvoie ainsi au phénomène de l'attirance naturelle par les phéromones dégagées par la femelle en état de rut, afin d'avertir les mâles de leur état de fécondité potentielle. Les femmes sont trop imbues d'elles-mêmes pour accepter qu'on leur jette au visage une vérité aussi crue et aussi blessante pour leur amour-propre, mais il n'en demeure pas moins que l'usage du parfum reproduit un mécanisme strictement naturel d'attraction sexuelle : le parfum fait à l'homme, chez qui l'instinct sexuel primaire n'est jamais totalement éteint, mais seulement refoulé par les instances morales de la société (voir les analyses éclairantes de Freud dans Malaise dans la civilisation sur cette question), autant d'effet qu'un flux de phéromone féminine dans la narine du mâle, et c'est à dessein, ou sans oser se l'avouer, que les femmes en usent ainsi, car elles ne font que reproduire un mécanisme naturel de la séduction, même s'il est plus élaboré. La parure du vêtement use du même procédé.
Les femmes peuvent bien continuer à prétendre qu'il ne s'agit pour elles que d'un loisir, et que la culture de leur apparence, dont elles sont si imbues, ne répond qu'à une aspiration esthétique d'ordre intellectuel noble et estimable (car ce qui relève de l'âme ou de l'esprit est naturellement valorisé par rapport à ce qui relève du corps, dans notre civilisation) : il ne s'agit en vérité que d'une manifestation psychiquement acceptable d'une séduction sexuelle, dont les hommes sont à la fois les destinataires (quel serait encore le souci de l'apparence chez la femme s'il n'y avait aucun homme pour les regarder, ou même aucune femme auprès de qui se faire valoir ? Et parmi tous les hommes croisés en une journée sur les trottoirs de Paris, Londres ou New-York, il y en aura bien dont les regards attentifs et captivés flatteront l'égo de ces dames ! Plus généralement, c'est l'idée même d'être l'objet des regards inconnus qui rassure la personne, même si la froideur affiché par les femmes semblent démentir leur intérêt pour le regard d'autrui), et les victimes (puisque parmi tous ces hommes ainsi émoustillés, il y en aura beaucoup, pour ne pas dire la totalité, qui n'auront que la frustration d'un désir jamais satisfait). Si Sartre prend l'exemple, dans le chapitre 2 de la première partie de L'Etre et le néant, d'un cas typique de refoulement féminin du contenu sexuel d'une conduite de séduction amoureuse ou sexuelle masculine (prendre la main d'une femme convoitée, qui se laisse faire et abandonne à la main de l'homme cette partie d'elle-même qu'elle ne vit plus que comme une chose détachée d'elle-même), pour illustrer le phénomène, qualifié par lui d'"existentiel", de la mauvaise foi, ce n'est sans doute pas pour rien. N'en déplaise à l'anti-psychologisme ou à l'anti-freudisme sartrien, il s'agit bien d'une caractéristique essentiel de la psyché empirique féminine de vouloir démentir par des paroles ou par un comportement de déni de l'instinct sexuel dans les actions humaines : qu'il s'agisse d'une entreprise masculine face à laquelle elle se représente elle-même comme une "victime" passive ou "objectifiée", ou de la conduite ou l'apparence de séduction qu'elle manifeste, elle ne cesse, dans les deux cas, de manifester l'instinct sexuel qui se manifeste par la séduction, c'est-à-dire par l'attrait de l'apparence susceptible de déclencher l'action et la tentative de conquête. La Rochefoucauld ou La Bruyère ne font pas autrement lorsque, dans les Maximes de l'un ou dans les Caractères de l'autre, ils nous dépeignent la psyché de la coquette, qui ne cherche rien d'autre qu'à séduire, mais déguise son ambition par les apparences de la vertu; ou qui ne blâme la séduction des autres femmes que lorsqu'elle n'a plus les moyens physiques d'y parvenir elle-même ("la femme apprend à haïr dans la mesure où elle désapprend à charmer", écrivait Nietzsche dans Par-delà Bien et Mal, chapitre 4, maxime 84).
Finalement, on pourrait dire que chez toute femme il n'y a une coquette qui sommeille, et jamais bien longtemps : du moins sait-elle assez se dissimuler pour se faire passer pour une esthète, une personne raffinée, amoureuse du beau, mettant à distance d'elle-même tout ce qui relève du sexuel.
Blog de réflexion sur des questions politiques, sociales, et philosophiques.
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mardi 21 janvier 2014
lundi 13 janvier 2014
Le victimisme politique, ou la politique conçue à l'aune des « minorités opprimées ».
Il semble que dans bien des domaines la politique moderne des
démocraties soit conçue du point de vue privilégié des « minorités
opprimées ». Qu'il s'agisse des homosexuels, des minorités ethniques,
des victimes d'accidents de la route, des femmes elles-mêmes conçues
comme mises en « minorité » dans la société des hommes dominants, alors
qu'elles sont quantitativement plus nombreuses que ces derniers, la
norme à prendre en considération devrait être celle des groupes ne
jouissant pas des mêmes droits que la majorité, et bénéficiant à ce
titre d'une valorisation favorable auprès du grand public, et d'une
légitimité à faire entendre leur voix et prendre en compte leur
intérêt. Les démocraties modernes ayant mené à bien la réalisation de leur modèle égalitaire universaliste, après de rudes combats et des réactions contraires (qu'on en juge par l'histoire de la France au cours des deux siècles précédents), il ne leur resterait alors plus qu'à régler la question des groupes minoritaires traités de manière désavantageuse, jusqu'à ce qu'on réalise que leur sort n'était pas aussi enviable que la majorité.
Ne s'agirait-il que d'une réalisation à la marge d'un progrès égalitaire auparavant majoritairement adopté et institué ? Ce n'est peut-être pas si sûr, puisque des mesures invoquées pour mener à bien cette finalisation pose des problèmes de compatibilité avec l'idée même de droits égaux et d'égalité universels des individus, notamment lorsque la notion de "discrimination positive" est invoquée, ou bien lorsqu'on aborde la réalisation concrète de l'idée de "parité". Plus largement, on peut penser qu'il y a une forme d'usage abusif de ce statut de "minorité opprimée", notamment lorsqu'on s'en sert pour imposer un restriction de libertés à l'égard des groupes majoritaires auxquels cette minorité s'oppose. C'est par exemple le cas, nous semble-t-il, lorsque les féministes exigent la sanction des clients de la prostitution ou des producteurs de films pornos, au nom d'une violence constitutive de ces pratiques, dont seraient victimes les femmes, dépourvues de consentement éclairées, par l'action de représentants masculins abusant nécessairement de leur position dominante et de leur coercition inhérente à leur genre. Nous allons tenter d'y voir plus clair et d'exposer notre point de vue.
Les groupes minoritaires ont pris de plus en plus de place dans la vie politique des démocraties au cours des décennies passées. Certaine ont pu y voir la marque de l'abandon de toute « grande politique nationale » telle que l'entendaient les régimes anciens, lorsque la conquête militaire et l'expansion nationale étaient des buts avoués des dirigeants. C'est l'expression d'une nostalgie des temps glorieux des grandes guerres et de l'action militaire et politique : vieille complainte qu'on retrouve au 19e siècle chez Baudelaire ou Stendhal, qui déplorent la médiocrité de la société bourgeoise, et de ses préoccupation bassement matérielles. Le bourgeois revendique en effet un bonheur qui serait à sa portée, mais dont sont cruellement absents les idées de courage, de risque et de grandeur. La recherche d'un bonheur matériel médiocre conduit nos contemporains à une forme de tranquillité ordinaire qui ne laisse plus de place qu'aux protestations de ceux qui en sont (ou semblent être) exclus. Cette félicité de la masse ruminant tranquillement dans le pré n'est alors plus troublée que par les manifestations des exclus de la félicité générale, par exemple lorsqu'il s'agit des droits politiques égaux, ou bien des caractéristiques considérées comme indispensables par la masse pour parvenir au bonheur.
Ainsi le cas récent des revendications de la communauté homo, en matière de mariage et "droit à l'enfant" pour tous constitueraient un illustration moderne et réactualisé de cette demande de bonheur social auprès des pouvoirs politiques. Il s'agit en effet d'une revendication pour partager ce "bonheur incommensurable" que constitueraient le mariage et la famille : quand on sait la manière dont ce même mariage et cette même famille ont été dépeints avec sarcasme et même horreur au cours de la période de protestation libertaire des années 68, il y a de quoi s'étonner que l'on puisse ainsi juger désirable ce qui est apparu si souvent comme une prison ! Plus généralement, c'est par ce biais d'une politique de défense des minorités (par exemple au nom des victimes des accidents de la route, dont plusieurs associations de défense s'estiment être les légitimes représentants auto-proclamés, et qui ont inspiré la politique actuelle de sanction et de répression à l'égard des automobilistes) que l'on en vient à sanctionner le plus grand nombre, lorsque cela conduit à restreindre la liberté du plus grand nombre au nom de l'intérêt d'une minorité agissante. Ces quelques exemples renvoient à la matrice de tous les combats considérés comme légitimes dans notre société : celle des groupes raciaux ou ethniques, qui sont devenus l'objet d'une attention particulière de la part des pouvoirs, dans les démocraties notamment, depuis l'époque des ségrégations raciales (aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxon en particulier, lorsqu'il s'agit des noirs, mais on pourrait y ajouter la question des juifs en Europe, ou des arabes). Ces groupes ont fini par bénéficier d'une image très positive au sein des sociétés démocratiques modernes, et ont réussi à gagner à leur cause la majorité de la population, contre toutes les manifestations, le plus souvent minoritaires (du moins à partir du moment où s'est imposée l'idée de droits égaux pour tous, sans distinction de races, et dans la garantit de la Constitution, ce qui n'est devenu la norme officielle que tardivement dans certains pays : dans les années 90, en Afrique du Sud, par exemple), mais persistantes, de discriminations raciales. On peut ainsi dire que la popularité de ce combat dans la société repose sur l'acceptation par tous, en plus d'une inscription dans la loi, d'une égalité des races, ou des individus, indépendamment de l'appartenance raciale. Le seul combat qui persiste réside dans l'application partout et dans tous les domaines de cette égalité : c'est donc à partir du moment où cette égalité ne pose plus vraiment de problèmes, puisqu'elle est à la fois entérinée par la loi, et largement acceptée par les populations, qu'elle entre dans le domaine très médiatisé du "combat visible", c'est-à-dire faisant l'objet d'une large couverture médiatique toujours favorable, face aux "méchants intolérants", toujours marginaux.
Or c'est à partir de ce modèle que d'autres groupes, tels les homosexuels, ont fini par devenir, dans le discours et l'action politiques, des "minorités opprimées" à leur tour (supplantant pour un peu les groupes raciaux), dont il s'agit de défendre les "droits", ou plutôt les revendications. Les homos, ce sont en quelque sorte les noirs opprimés d'aujourd'hui, et, à l'image des groupes ethniques devenus populaires, tout semble bon pour donner satisfaction à leurs revendications. Cela a commencé avec la dépénalisation officielle et définitive des pratiques homosexuelles (dans les années 80, en France), ensuite avec la création du délit d'"homophobie" sanctionnant les propos jugés insultants et discriminatoires à l'égard de ce type "d'orientation sexuelle" (ce terme d'"orientation sexuelle" est d'ailleurs symptomatique de la transformation du regard sur ce qui n'est d'abord qu'un état de nature du désir sexuel, considéré maintenant comme une forme de choix conscient et revendiqué, au même titre qu'une opinion politique), pour en arriver aujourd'hui à l'exigence d'un droit de reconnaissance au "mariage pour tous", qui modifie considérablement le sens et la portée symbolique de l'union civile matrimoniale. Comment en est-on arrivé là ? Il est pourtant clair que ces revendications de groupes minoritaires qui se disent "opprimés" ou inégaux par rapport à d'autres, revêt un caractère à la fois positif et négatif. Lorsqu'il s'agit d'exiger une participation égale aux droits humains et politiques, à titre d'individus, on peut comprendre que ce statut de minorité opprimée semble légitime, dans la mesure où l'appartenance à une telle minorité représente un frein ou une barrière infranchissable à la jouissance de tels droits. Mais s'agit-il de la même chose lorsque la revendication porte sur une "mise à niveau" des couples homos avec les couples hétéros ? On rejoint alors la contestation de ce qui est qualifiée d'"injustice naturelle", à savoir l'incapacité des couples stériles (homos) à avoir des enfants. La revendication qui se fait jour est alors d'exiger que les techniques de la Procréation Médicalement Assistée viennent en aide au "mal d'enfants" qui tenaillerait les tripes des homos. Ce type de revendication pose problème également, lorsque les défenseurs d'une conception plus classique et jugée plus conforme à la nature même du mariage civile font entendre leurs protestations, en estimant que le mariage, même s'il est de nature politique, et donc amendable, n'en est pas moins le fruit d'une histoire et d'une tradition, qui lui confèrent une valeur symbolique, que l'idée même de "mariage homo" vient dégrader.
Plus généralement, on peut voir comment il devient avantageux de se présenter dans la sphère des revendications et des combats politiques comme les représentants d'un groupe minoritaire "opprimé", afin de bénéficier plus facilement d'une image favorable auprès du grand public, et d'une satisfaction plus aisée des revendications. C'est ce qui s'est passé depuis une trentaine d'années avec les homos, qui ont pris le modèle des minorités raciales, afin d'accéder plus rapidement aux droits au mariage homo reconnu par l'Etat, mais pas encore à la PMA. Mais on peut également observer comment les féministes ont attribué à la position des femmes dans la société un statut comparable à celui d'une minorité opprimée. Les passionarias de ce courant ont d'ailleurs, depuis ses débuts à la fin du 18e siècle, jusqu'aux actuelles "Chiennes de garde", et en passant par les Suffragettes et les militantes du MLF, des allures de militantes du mouvement ouvrier ou anti-apartheid. C'est toujours sous la figure des représentantes d'un groupe d'individus "mis en minorité", qu'elles se présentent, quand bien même leur nombre est statistiquement un peu supérieur à celui des hommes dans la société. Ce rôle de "minorité opprimée" contribue alors à favoriser les revendications les plus véhémentes et parfois les plus abusives, notamment lorsque les plus radicales parmi ces féministes nous expliquent que la prostitution ou la pornographie sont des violences faites aux femmes tout à fait assimilables l'une à l'autre, et qu'elles voient l'omniprésence d'une "domination patriarcale" qui justifierait une restriction des libertés individuelles, notamment à l'égard des hommes, présentées comme les responsables de tous les malheurs et de toutes les souffrances féminines. Cette approche, et les abus qu'elle génère, notamment lorsqu'il est question d'une législation qui sanctionne le libre usage de son corps, y compris pour des fins commerciales, et la sanction des individus masculins, accusés de "pervertir" les femmes pour faire d'elles des prostituées ou des actrices de porno, a ainsi été largement dénoncé par E. Badinter dans son livre Fausse route, qui met en cause les dérives du féminisme dit de la "3e Vague", lequel insiste davantage sur les questions d'ordre sexuel, dans lesquelles la responsabilité des hommes serait engagée. La question des Sex Wars devient ainsi l'occasion d'un affrontement entre des féministes "pro-sexe", partisanes d'une réappropriation féminine des pratiques sexuelles les plus marginalisées, et des féministes "Libérales", qui défendent le libre usage par les femmes de leur propre corps, d'un côté, et des féministes "radicales", de l'autre, qui ont fait la promotion au cours des décennies passées de législations sanctionnant le harcèlement sexuel, la pornographie et la prostitution (A. Dworkin et Catherine MacKinnon sont les plus connues parmi ces dernières, du moins aux Etats-Unis). Face aux abus d'une vision qui confère une dignité et une valeur morale supérieures aux femmes par rapport aux hommes, la philosophe ne manque pas de rappeler que l'existence de femmes violentes est attestée par les enquêtes sociologiques, et ce, jusqu'au sein du couple. Faire l'éloge d'une vertu proprement féminine, qui permettrait de dépasser l'universalisme stigmatisé comme "abstrait" de la revendication égalitaire féministe traditionnelle en matière de droits politiques, et ce, au nom d'un différentialisme essentialiste, pour le moins discutable car nourri d'a prioris positifs à l'égard des femmes, ne peut que faire le lit de nouvelles formes d'injustice, dont seront victimes les hommes, considérés comme de violents oppresseurs face à la bonté et l'innocence féminine, parée des vertus de la maternité bienveillante, dont se nourrit ad nauseam les défenseurs de la morale du Care (Carol Gillian, par exemple, dont s'inspire Silviane Agacinski dans son livre Politique des sexes).
C'est aussi au nom de ce statut de "minorité opprimée" que se fait jour la revendication pour une discrimination positive, ou une parité en terme de représentation politique. Ce modèle d'action est largement emprunté au domaine politique américain, notamment lorsqu'il s'agissait de la représentation politique ou médiatique des noirs ou des "Hispanos". Le livre de Charles Taylor La Politique de reconnaissance évoque cette question sur le plan philosophique, qui s'inscrit dans le cadre de sociétés américaines largement multiculturelles (modèle du Melting Pot) . La question qui se pose sur le plan politique est ainsi la suivante ? Comment aménager les règles d'un Etat libéral pour permettre une meilleure prise en compte de la position sociale moins favorable de groupe ethniques trop souvent mal représentés dans leurs intérêts culturels ou identitaires ? Le problème est celui de la compatibilité des aménagements de ces règles libérales avec les exigences d'universalisme républicain et d'égalité démocratique. Toute cette problématique a été ainsi transposée sur le terrain des "minorités sexuelles" ou des "orientations sexuelles" minoritaires, avec les mêmes écueils et les mêmes interrogations.
Les problèmes posés par la question des groupes éthiques revendiquant une reconnaissance spécifique, qui leur ferait bénéficier d'avantages particuliers remettant en cause l'égalité républicaine stricte, sont à mettre en parallèle avec les problèmes posés aussi bien par la réalisation de la parité, que ceux des homos prétendant à la fois remettre en cause la portée symbolique traditionnelle du mariage, ou réclamer la fin de cette "injustice naturelle" que constituerait le fait de ne pouvoir avoir d'enfants comme les autres couples. Concernant la parité, le problème, jusqu'ici pas assez évoquée, est qu'elle semble imposer une forme de discrimination positive au bénéfice d'individus qui ont pour seul avantage d'appartenir à un genre prétendument "opprimé", mais sans garantie que l'avantage dont ces individus bénéficieront (une responsabilité politique ou économique, l'exigence d'un quota qui leur assure une promotion hiérarchique expéditive) se fasse dans le respect de l'intérêt général, en veillant à la présence des compétence nécessaires pour le bon exercice de la responsabilité ainsi attribuée, plutôt qu'à la possession de tel ou tel organe sexuel entre les jambes !
Comme on l'a vu, il y a de nombreux avantages à paraitre sur le devant de la scène médiatique comme représentant d'une minorité opprimée, qu'il s'agisse de groupes ethniques, d'orientation sexuelle, ou même de "genre sexuel", même si la dénomination de minorité peut apparaitre comme abusive dans ce dernier cas. (On pourrait également ajouter, mutatis mutandis, les associations représentant les victimes de la route, qui exigent une sanction extrême des automobilistes dépassant les sacro-saintes limitations de vitesse, ou ne respectant pas à la lettre un code de la route qui devient chaque jour plus restrictif.) L'avantage est d'abord celui de la popularité auprès du grand public, mais aussi de la conformité à une norme juridique et philosophique républicaine qui prétend réaliser à la marge les exigence d'un idéal égalitaire adopté maintenant partout dans ses grandes lignes, du moins dans les nations occidentales, depuis au moins 50 ans. Il suffit de justifier sa prétention à se prétendre "opprimé" pour recevoir à la fois l'appui de la loi et de celui du public, largement gagné à l'idée même l'égalitarisme républicain, et ce, conformément à cet état d'esprit propre aux sociétés démocratiques, ainsi que n'avait pas manqué de le constater Tocqueville, il y a plus de 150 ans, dans son livre phare De la démocratie en Amérique.
Il n'en demeure pas moins que ce combat des minorités opprimées peut aussi poser plus de problèmes qu'il n'y paraît dans sa réalisation, à la fois parce qu'il emprunte des voies qui peuvent aller à l'encontre de cet égalitarisme républicain précédemment évoqué (ce qui peut conduire à de nouvelle inégalités et à des formes d'oppression et de restriction de libertés), et parce que les représentants les plus sectaires et les plus extrémistes de ces minorités peuvent s'avérer de dangereux agents de l'oppression. L'exemple des féministes qui poussent une législation réprimant les clients de la prostitution, et qui demain exigeront peut-être la criminalisation de la prostitution, en constituent une illustration caractérisée. C'est ainsi que s'impose dans nos sociétés prétendument gangrénées par la "domination masculine", une forme de "matriarcat", paré de toutes les vertus par les théoriciennes féministes, mais qui ne tend qu'à substituer au paternalisme philosophique et politique traditionnel (jadis dénoncé par les philosophes des Lumières d'inspiration contractualiste, tels Locke, Rousseau ou Montesquieu) une autre forme d'oppression, conçue au bénéfice des femmes et contre les hommes. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les brillantes analyses d'Eric Zemmour (Le Premier Sexe) et de Michel Schneider (La confusion des sexes et Big Mother), qui montrent comment les revendications féministes en viennent aujourd'hui à imposer une féminisation rampante de la société, qui ne fait que nuire aux fondements de l'identité masculine, en leur insufflant un sentiment de culpabilité et un abandon de leur rôle traditionnel de père et de dirigeant. Les conséquences s'en ressentent jusque dans la valorisation du rôle des homosexuels, perçus par les femmes comme désirables dans la mesure où ils portent à leur corps et à leur apparence un soin et une attention méritoires, mais qui conduit aussi, paradoxalement, ces mêmes femmes à déplorer la dissolution du caractère rassurant de la paternité masculine, et de la stabilité qu'elle engendre. C'est à cette incohérence et cette confusion des genres que conduit aujourd'hui la féminisation de la société, jadis présentée sous des jours avantageux et inéluctables par le poète (Aragon).
Ne s'agirait-il que d'une réalisation à la marge d'un progrès égalitaire auparavant majoritairement adopté et institué ? Ce n'est peut-être pas si sûr, puisque des mesures invoquées pour mener à bien cette finalisation pose des problèmes de compatibilité avec l'idée même de droits égaux et d'égalité universels des individus, notamment lorsque la notion de "discrimination positive" est invoquée, ou bien lorsqu'on aborde la réalisation concrète de l'idée de "parité". Plus largement, on peut penser qu'il y a une forme d'usage abusif de ce statut de "minorité opprimée", notamment lorsqu'on s'en sert pour imposer un restriction de libertés à l'égard des groupes majoritaires auxquels cette minorité s'oppose. C'est par exemple le cas, nous semble-t-il, lorsque les féministes exigent la sanction des clients de la prostitution ou des producteurs de films pornos, au nom d'une violence constitutive de ces pratiques, dont seraient victimes les femmes, dépourvues de consentement éclairées, par l'action de représentants masculins abusant nécessairement de leur position dominante et de leur coercition inhérente à leur genre. Nous allons tenter d'y voir plus clair et d'exposer notre point de vue.
Les groupes minoritaires ont pris de plus en plus de place dans la vie politique des démocraties au cours des décennies passées. Certaine ont pu y voir la marque de l'abandon de toute « grande politique nationale » telle que l'entendaient les régimes anciens, lorsque la conquête militaire et l'expansion nationale étaient des buts avoués des dirigeants. C'est l'expression d'une nostalgie des temps glorieux des grandes guerres et de l'action militaire et politique : vieille complainte qu'on retrouve au 19e siècle chez Baudelaire ou Stendhal, qui déplorent la médiocrité de la société bourgeoise, et de ses préoccupation bassement matérielles. Le bourgeois revendique en effet un bonheur qui serait à sa portée, mais dont sont cruellement absents les idées de courage, de risque et de grandeur. La recherche d'un bonheur matériel médiocre conduit nos contemporains à une forme de tranquillité ordinaire qui ne laisse plus de place qu'aux protestations de ceux qui en sont (ou semblent être) exclus. Cette félicité de la masse ruminant tranquillement dans le pré n'est alors plus troublée que par les manifestations des exclus de la félicité générale, par exemple lorsqu'il s'agit des droits politiques égaux, ou bien des caractéristiques considérées comme indispensables par la masse pour parvenir au bonheur.
Ainsi le cas récent des revendications de la communauté homo, en matière de mariage et "droit à l'enfant" pour tous constitueraient un illustration moderne et réactualisé de cette demande de bonheur social auprès des pouvoirs politiques. Il s'agit en effet d'une revendication pour partager ce "bonheur incommensurable" que constitueraient le mariage et la famille : quand on sait la manière dont ce même mariage et cette même famille ont été dépeints avec sarcasme et même horreur au cours de la période de protestation libertaire des années 68, il y a de quoi s'étonner que l'on puisse ainsi juger désirable ce qui est apparu si souvent comme une prison ! Plus généralement, c'est par ce biais d'une politique de défense des minorités (par exemple au nom des victimes des accidents de la route, dont plusieurs associations de défense s'estiment être les légitimes représentants auto-proclamés, et qui ont inspiré la politique actuelle de sanction et de répression à l'égard des automobilistes) que l'on en vient à sanctionner le plus grand nombre, lorsque cela conduit à restreindre la liberté du plus grand nombre au nom de l'intérêt d'une minorité agissante. Ces quelques exemples renvoient à la matrice de tous les combats considérés comme légitimes dans notre société : celle des groupes raciaux ou ethniques, qui sont devenus l'objet d'une attention particulière de la part des pouvoirs, dans les démocraties notamment, depuis l'époque des ségrégations raciales (aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxon en particulier, lorsqu'il s'agit des noirs, mais on pourrait y ajouter la question des juifs en Europe, ou des arabes). Ces groupes ont fini par bénéficier d'une image très positive au sein des sociétés démocratiques modernes, et ont réussi à gagner à leur cause la majorité de la population, contre toutes les manifestations, le plus souvent minoritaires (du moins à partir du moment où s'est imposée l'idée de droits égaux pour tous, sans distinction de races, et dans la garantit de la Constitution, ce qui n'est devenu la norme officielle que tardivement dans certains pays : dans les années 90, en Afrique du Sud, par exemple), mais persistantes, de discriminations raciales. On peut ainsi dire que la popularité de ce combat dans la société repose sur l'acceptation par tous, en plus d'une inscription dans la loi, d'une égalité des races, ou des individus, indépendamment de l'appartenance raciale. Le seul combat qui persiste réside dans l'application partout et dans tous les domaines de cette égalité : c'est donc à partir du moment où cette égalité ne pose plus vraiment de problèmes, puisqu'elle est à la fois entérinée par la loi, et largement acceptée par les populations, qu'elle entre dans le domaine très médiatisé du "combat visible", c'est-à-dire faisant l'objet d'une large couverture médiatique toujours favorable, face aux "méchants intolérants", toujours marginaux.
Or c'est à partir de ce modèle que d'autres groupes, tels les homosexuels, ont fini par devenir, dans le discours et l'action politiques, des "minorités opprimées" à leur tour (supplantant pour un peu les groupes raciaux), dont il s'agit de défendre les "droits", ou plutôt les revendications. Les homos, ce sont en quelque sorte les noirs opprimés d'aujourd'hui, et, à l'image des groupes ethniques devenus populaires, tout semble bon pour donner satisfaction à leurs revendications. Cela a commencé avec la dépénalisation officielle et définitive des pratiques homosexuelles (dans les années 80, en France), ensuite avec la création du délit d'"homophobie" sanctionnant les propos jugés insultants et discriminatoires à l'égard de ce type "d'orientation sexuelle" (ce terme d'"orientation sexuelle" est d'ailleurs symptomatique de la transformation du regard sur ce qui n'est d'abord qu'un état de nature du désir sexuel, considéré maintenant comme une forme de choix conscient et revendiqué, au même titre qu'une opinion politique), pour en arriver aujourd'hui à l'exigence d'un droit de reconnaissance au "mariage pour tous", qui modifie considérablement le sens et la portée symbolique de l'union civile matrimoniale. Comment en est-on arrivé là ? Il est pourtant clair que ces revendications de groupes minoritaires qui se disent "opprimés" ou inégaux par rapport à d'autres, revêt un caractère à la fois positif et négatif. Lorsqu'il s'agit d'exiger une participation égale aux droits humains et politiques, à titre d'individus, on peut comprendre que ce statut de minorité opprimée semble légitime, dans la mesure où l'appartenance à une telle minorité représente un frein ou une barrière infranchissable à la jouissance de tels droits. Mais s'agit-il de la même chose lorsque la revendication porte sur une "mise à niveau" des couples homos avec les couples hétéros ? On rejoint alors la contestation de ce qui est qualifiée d'"injustice naturelle", à savoir l'incapacité des couples stériles (homos) à avoir des enfants. La revendication qui se fait jour est alors d'exiger que les techniques de la Procréation Médicalement Assistée viennent en aide au "mal d'enfants" qui tenaillerait les tripes des homos. Ce type de revendication pose problème également, lorsque les défenseurs d'une conception plus classique et jugée plus conforme à la nature même du mariage civile font entendre leurs protestations, en estimant que le mariage, même s'il est de nature politique, et donc amendable, n'en est pas moins le fruit d'une histoire et d'une tradition, qui lui confèrent une valeur symbolique, que l'idée même de "mariage homo" vient dégrader.
Plus généralement, on peut voir comment il devient avantageux de se présenter dans la sphère des revendications et des combats politiques comme les représentants d'un groupe minoritaire "opprimé", afin de bénéficier plus facilement d'une image favorable auprès du grand public, et d'une satisfaction plus aisée des revendications. C'est ce qui s'est passé depuis une trentaine d'années avec les homos, qui ont pris le modèle des minorités raciales, afin d'accéder plus rapidement aux droits au mariage homo reconnu par l'Etat, mais pas encore à la PMA. Mais on peut également observer comment les féministes ont attribué à la position des femmes dans la société un statut comparable à celui d'une minorité opprimée. Les passionarias de ce courant ont d'ailleurs, depuis ses débuts à la fin du 18e siècle, jusqu'aux actuelles "Chiennes de garde", et en passant par les Suffragettes et les militantes du MLF, des allures de militantes du mouvement ouvrier ou anti-apartheid. C'est toujours sous la figure des représentantes d'un groupe d'individus "mis en minorité", qu'elles se présentent, quand bien même leur nombre est statistiquement un peu supérieur à celui des hommes dans la société. Ce rôle de "minorité opprimée" contribue alors à favoriser les revendications les plus véhémentes et parfois les plus abusives, notamment lorsque les plus radicales parmi ces féministes nous expliquent que la prostitution ou la pornographie sont des violences faites aux femmes tout à fait assimilables l'une à l'autre, et qu'elles voient l'omniprésence d'une "domination patriarcale" qui justifierait une restriction des libertés individuelles, notamment à l'égard des hommes, présentées comme les responsables de tous les malheurs et de toutes les souffrances féminines. Cette approche, et les abus qu'elle génère, notamment lorsqu'il est question d'une législation qui sanctionne le libre usage de son corps, y compris pour des fins commerciales, et la sanction des individus masculins, accusés de "pervertir" les femmes pour faire d'elles des prostituées ou des actrices de porno, a ainsi été largement dénoncé par E. Badinter dans son livre Fausse route, qui met en cause les dérives du féminisme dit de la "3e Vague", lequel insiste davantage sur les questions d'ordre sexuel, dans lesquelles la responsabilité des hommes serait engagée. La question des Sex Wars devient ainsi l'occasion d'un affrontement entre des féministes "pro-sexe", partisanes d'une réappropriation féminine des pratiques sexuelles les plus marginalisées, et des féministes "Libérales", qui défendent le libre usage par les femmes de leur propre corps, d'un côté, et des féministes "radicales", de l'autre, qui ont fait la promotion au cours des décennies passées de législations sanctionnant le harcèlement sexuel, la pornographie et la prostitution (A. Dworkin et Catherine MacKinnon sont les plus connues parmi ces dernières, du moins aux Etats-Unis). Face aux abus d'une vision qui confère une dignité et une valeur morale supérieures aux femmes par rapport aux hommes, la philosophe ne manque pas de rappeler que l'existence de femmes violentes est attestée par les enquêtes sociologiques, et ce, jusqu'au sein du couple. Faire l'éloge d'une vertu proprement féminine, qui permettrait de dépasser l'universalisme stigmatisé comme "abstrait" de la revendication égalitaire féministe traditionnelle en matière de droits politiques, et ce, au nom d'un différentialisme essentialiste, pour le moins discutable car nourri d'a prioris positifs à l'égard des femmes, ne peut que faire le lit de nouvelles formes d'injustice, dont seront victimes les hommes, considérés comme de violents oppresseurs face à la bonté et l'innocence féminine, parée des vertus de la maternité bienveillante, dont se nourrit ad nauseam les défenseurs de la morale du Care (Carol Gillian, par exemple, dont s'inspire Silviane Agacinski dans son livre Politique des sexes).
C'est aussi au nom de ce statut de "minorité opprimée" que se fait jour la revendication pour une discrimination positive, ou une parité en terme de représentation politique. Ce modèle d'action est largement emprunté au domaine politique américain, notamment lorsqu'il s'agissait de la représentation politique ou médiatique des noirs ou des "Hispanos". Le livre de Charles Taylor La Politique de reconnaissance évoque cette question sur le plan philosophique, qui s'inscrit dans le cadre de sociétés américaines largement multiculturelles (modèle du Melting Pot) . La question qui se pose sur le plan politique est ainsi la suivante ? Comment aménager les règles d'un Etat libéral pour permettre une meilleure prise en compte de la position sociale moins favorable de groupe ethniques trop souvent mal représentés dans leurs intérêts culturels ou identitaires ? Le problème est celui de la compatibilité des aménagements de ces règles libérales avec les exigences d'universalisme républicain et d'égalité démocratique. Toute cette problématique a été ainsi transposée sur le terrain des "minorités sexuelles" ou des "orientations sexuelles" minoritaires, avec les mêmes écueils et les mêmes interrogations.
Les problèmes posés par la question des groupes éthiques revendiquant une reconnaissance spécifique, qui leur ferait bénéficier d'avantages particuliers remettant en cause l'égalité républicaine stricte, sont à mettre en parallèle avec les problèmes posés aussi bien par la réalisation de la parité, que ceux des homos prétendant à la fois remettre en cause la portée symbolique traditionnelle du mariage, ou réclamer la fin de cette "injustice naturelle" que constituerait le fait de ne pouvoir avoir d'enfants comme les autres couples. Concernant la parité, le problème, jusqu'ici pas assez évoquée, est qu'elle semble imposer une forme de discrimination positive au bénéfice d'individus qui ont pour seul avantage d'appartenir à un genre prétendument "opprimé", mais sans garantie que l'avantage dont ces individus bénéficieront (une responsabilité politique ou économique, l'exigence d'un quota qui leur assure une promotion hiérarchique expéditive) se fasse dans le respect de l'intérêt général, en veillant à la présence des compétence nécessaires pour le bon exercice de la responsabilité ainsi attribuée, plutôt qu'à la possession de tel ou tel organe sexuel entre les jambes !
Comme on l'a vu, il y a de nombreux avantages à paraitre sur le devant de la scène médiatique comme représentant d'une minorité opprimée, qu'il s'agisse de groupes ethniques, d'orientation sexuelle, ou même de "genre sexuel", même si la dénomination de minorité peut apparaitre comme abusive dans ce dernier cas. (On pourrait également ajouter, mutatis mutandis, les associations représentant les victimes de la route, qui exigent une sanction extrême des automobilistes dépassant les sacro-saintes limitations de vitesse, ou ne respectant pas à la lettre un code de la route qui devient chaque jour plus restrictif.) L'avantage est d'abord celui de la popularité auprès du grand public, mais aussi de la conformité à une norme juridique et philosophique républicaine qui prétend réaliser à la marge les exigence d'un idéal égalitaire adopté maintenant partout dans ses grandes lignes, du moins dans les nations occidentales, depuis au moins 50 ans. Il suffit de justifier sa prétention à se prétendre "opprimé" pour recevoir à la fois l'appui de la loi et de celui du public, largement gagné à l'idée même l'égalitarisme républicain, et ce, conformément à cet état d'esprit propre aux sociétés démocratiques, ainsi que n'avait pas manqué de le constater Tocqueville, il y a plus de 150 ans, dans son livre phare De la démocratie en Amérique.
Il n'en demeure pas moins que ce combat des minorités opprimées peut aussi poser plus de problèmes qu'il n'y paraît dans sa réalisation, à la fois parce qu'il emprunte des voies qui peuvent aller à l'encontre de cet égalitarisme républicain précédemment évoqué (ce qui peut conduire à de nouvelle inégalités et à des formes d'oppression et de restriction de libertés), et parce que les représentants les plus sectaires et les plus extrémistes de ces minorités peuvent s'avérer de dangereux agents de l'oppression. L'exemple des féministes qui poussent une législation réprimant les clients de la prostitution, et qui demain exigeront peut-être la criminalisation de la prostitution, en constituent une illustration caractérisée. C'est ainsi que s'impose dans nos sociétés prétendument gangrénées par la "domination masculine", une forme de "matriarcat", paré de toutes les vertus par les théoriciennes féministes, mais qui ne tend qu'à substituer au paternalisme philosophique et politique traditionnel (jadis dénoncé par les philosophes des Lumières d'inspiration contractualiste, tels Locke, Rousseau ou Montesquieu) une autre forme d'oppression, conçue au bénéfice des femmes et contre les hommes. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les brillantes analyses d'Eric Zemmour (Le Premier Sexe) et de Michel Schneider (La confusion des sexes et Big Mother), qui montrent comment les revendications féministes en viennent aujourd'hui à imposer une féminisation rampante de la société, qui ne fait que nuire aux fondements de l'identité masculine, en leur insufflant un sentiment de culpabilité et un abandon de leur rôle traditionnel de père et de dirigeant. Les conséquences s'en ressentent jusque dans la valorisation du rôle des homosexuels, perçus par les femmes comme désirables dans la mesure où ils portent à leur corps et à leur apparence un soin et une attention méritoires, mais qui conduit aussi, paradoxalement, ces mêmes femmes à déplorer la dissolution du caractère rassurant de la paternité masculine, et de la stabilité qu'elle engendre. C'est à cette incohérence et cette confusion des genres que conduit aujourd'hui la féminisation de la société, jadis présentée sous des jours avantageux et inéluctables par le poète (Aragon).
vendredi 10 janvier 2014
Le féminisme d'hier et celui d'aujourd'hui :
La forme actuelle de
féminisme qui prétend imposer l'interdiction de la
prostitution est une forme dévoyée et bourgeoise du
féminisme soixante-huitard. Les féministes des années 60/70
défendaient, dans la lignée du libertarisme en vogue alors
dans les rangs de la nouvelle gauche, la droit de vivre contre
l'oppression des pouvoirs, qu'ils soient moraux, économiques,
religieux, sociaux ou politiques. Elles luttaient, conjointement avec
les homosexuels, pour le droit d'être reconnus comme tels dans leur
pratique sexuelle ou amoureuse, sans se voir inquiéter par la police
et la réglementation étatique, contre l'oppression masculine des
maris exigeants, des supérieurs hiérarchiques sollicitant des
faveurs sexuels contre de l'avancement, des violeurs, etc... Ces
féministes étaient souvent considérés comme des marginales, des
passionarias relevant la tête contre le conformisme social, contre
la soumission au pouvoir masculin, sous quelque forme qu'il se
présente.
Aujourd'hui, il
semblerait que le féminisme défendu par des personnes issues des
classes bourgeoises, ayant des responsabilités sociales, politiques
ou économiques, s'inspire davantage des méthodes et d'une idéologie
contre laquelle s'élevait la protestation libertaire de 68. En tant
que groupe de pression réclamant l'interdiction de la prostitution,
par exemple, le féminisme abolitionniste se conforme aux méthodes
d'agir qui étaient celles des ligues de vertu américaines,
lorsqu'elles ont réussi à faire voter par le parlement américain
la prohibition de la consommation de l'alcool au début du 20e
siècle, avec les conséquences négatives que l'on sait :
gangstérisme et trafic, développement des « clandés »,
exil des américains fortunés en Europe, où une telle législation
n'existait pas, etc.. Cette action n'a certainement pas obtenu
l'effet recherché : mettre dans les têtes l'idée selon
laquelle l'alcool était mauvais et sa consommation à la fois
insalubre et immorale ; elle a plutôt été la manifestation du
rejet de la loi et l'autorité de l'Etat américain, lequel, alerté
par de telles manifestations antisociales et anti-autoritaires, a
préféré à cette législation plutôt que de perdre définitivement
tout le respect et l'obéissance des citoyens américains.
Aujourd'hui, le féminisme abolitionniste suit la même voie :
la voie de la contrainte policière, puisque si celui-ci
parvient à ses fins, ce sera en définitive à des policiers que les
clients et les prostituées auront affaire lorsqu'ils seront
confrontés à l'autorité publique qui se chargera se faire
appliquer cette loi (et l'on se doute combien cela serait difficile,
notamment lorsqu'il s'agit de prostitution se passant par internet,
où les moyens de contrôle policier sont moins aisés à mettre en
œuvre). De tout cela il découle donc une policiarisation de
l'idéologie féministe, qui semble ainsi à mille lieue de l'esprit
anti-autoritaire des années 60/70. L'idéologie féministe
abolitionniste retrouve donc la voie du moralisme revendicatif
inspiré des normes religieuses et bourgeoises traditionnelles, telle
que l'Histoire nous en a donné des exemples (ligues de vertu
américaines, associations de sobriété alcoolique française,
etc..), qui alterne le paternalisme déresponsabilisant et l'appel à
l'intervention policière des pouvoirs publics, pour mettre au pas
tous ces récalcitrants qui se refusent à admettre les normes et les
interdits moraux que ce moralisme défend.
On voit ainsi comment un
groupe de pression associatif défendant une idéologie ou une
politique publique, peut réussir à imposer à la collectivité ses
propositions et ses interdits, sans que celle-ci soit consultée :
il en résulte une présence plus envahissante de la domination
policière au sein du corps social. C'est ce que nous a montré
l'exemple des groupes de pression concernant la sécurité routière,
qui ont inspiré la politique absurde des radars et de la sanction
policière aveugle et automatique à l'égard des dépassements de
vitesse, les ligues de vertu qui ont inspiré la loi américaine de
la prohibition de l'alcool, et demain, peut-être, la loi
sanctionnant le recours à la prostitution. Dans tous les cas, c'est
toujours au nom d'une idéologie prétendant imposant la sécurité,
la santé ou la dignité aux individus contre eux-mêmes, et sans les
consulter, que se réalisent la mise en œuvre et l'application du
dessein public, qui ne tend à rien d'autre qu'à accroître sur le
corps social le contrôle policier, mais aussi la défiance à
l'égard d'un Etat omnipotent et envahissant.
Le féminisme
abolitionniste est donc un traitre à la cause du libertarisme
soixante-huitard.
Le projet actuel du
féminisme ne vise à rien d'autre qu'à la castration morale ,
sociale et et politique des hommes. Ce mouvement, qui était né
pour défendre des droits égaux en matière sociale et politique, en
vient aujourd'hui à pratiquer une forme de censure morale et
politique à l'égard des pratiques sexuelles masculines. Qu'il
s'agisse de pornographie ou de prostitution, il s'agit bien, sous
couvert de défendre la « dignité des femmes » dans leur
ensemble, d'empêcher les hommes d'éprouver du plaisir aussi bien
dans la représentation de l'acte sexuel, que dans la pratique d'une
sexualité tarifée. La vérité du féminisme vindicatif et
castrateur s'avère ainsi avoir été exposée dans le SCUM
Manifesto, rédigée par Valérie Solanas dans les années 60.
Couper les couilles des hommes, en leur empêchant d'éprouver un
plaisir qui se ferait « au détriment » de la femme :
voilà comment les féministes ne font que ranimer le contenu des
morales antiques, pour lesquelles il y avait une perte de l'honneur
dans le fait de se voir pénétré, ou de jouer un rôle passif dans
le rapport sexuel (cf M. Foucault, Histoire de la sexualité).
Chacun sait pourtant que
l'acte sexuel s'enrichit de l'imaginaire de la représentation de
l'acte lui-même effectué par d'autres, et cette représentation se
nourrit volontiers de mise en scène du partenaire sexuel comme être
dominé, ou du moins asservi au désir de l'autre : c'est ce que
Sartre nomme, dans l'Etre et le Néant, l'objectification de
l'autre à travers l'emprise de son corps (c'est la relation à
autrui qui prend la forme d'une telle objectification dans l'acte
sexuel). En cela, il y a toujours une tendance au sado-masochisme
dans l'acte sexuel, à travers cette idée de l'objectification et de
la manipulation du corps de l'autre, sans que cela implique une
souffrance ou une douleur corporelle aigüe : le simple fait de
prendre le corps de l'autre dans une position dite « en
levrette », en fournirait une bonne illustration, puisque la
jouissance s'augmente, pour l'homme comme pour la femme, par cette
soumission et cette manipulation du corps de l'autre comme d'un objet
dont on se saisit pour réussir l'acte sexuel (mais également pour
la femme dans le fait d'être saisie). L'imaginaire sexuel se nourrit
de cette représentation, mais les féministes voudraient précisément
y mettre fin, et donc asservir et contrôler l'imaginaire sexuel
masculin selon leurs propres normes, qui seraient celles du
« sexuellement correct », à l'image des normes de pensée
du « politiquement correct », qui ont fait des ravages en
Amérique, avant de venir en Europe semer leur zizanie, en prétendant
imposer et contrôler les pensées et les jugements masculins à
l'égard des femmes.
En matière de
prostitution, quoi qu'on puisse penser des conditions de travail et
d'existence des personnes qui se prostituent (hommes et femmes), on
peut néanmoins constater que toutes ces personnes ne sont pas
asservies à des réseaux mafieux ou à des proxénètes, ainsi que
leurs propres témoignages le montre (voir le livre de Lilian
Mathieu, La condition prostituée). Les personnes
indépendantes mentalement et économiquement (grâce à leur
commerce) existent bel et bien, ce que ne peuvent entendre les
féministes, aveuglées qu'elles sont par leurs normes morales et
leurs exigences politiques, qui se manifestent par un lobbying
intense auprès des représentants du peuple et des décideurs
politiques. Qui ne voit le bénéfice et l'avantage que constituent
(ou constituaient, si l'on parle de la France d'avant la loi Marthe
Richard) l'existence de maisons de passe, de tolérance ou de
prostitution, selon le terme qu'on veut bien leur donner ? La
possibilité de pouvoir satisfaire ses désirs sans avoir à passer
par l'intermédiaire long, douloureux, et ô combien incertain de la
séduction et de la drague est, pour l'homme, une possibilité
réjouissante et rassurante. Or cette force de la libido, et ce
bonheur de la satisfaire, semblent une caractéristique proprement
masculine, puisque les femmes sont tellement réticentes à
satisfaire leurs désirs sexuels avec rapidité et facilité, ainsi
que nous le montre, entre autres, la fréquentation de sites de
rencontres amoureuses, et même libertines : la sollicitude des
hommes se heurte constamment aux refus affichés par les femmes de
participer à toute forme de relation uniquement centrée sur le
sexe, laquelle est regardée par elles comme dégradantes et
vulgaires (à croire qu'elles subliment leur sexualité autrement
plus que les hommes !). Soit qu'on explique cette différence
par des causes physiologiques ou culturelles, le constat d'une telle
différence s'impose en la matière. Le bordel présente alors
simplement l'avantage pour l'homme d'être un endroit où il est sûr
de pouvoir satisfaire ses désirs, en l'échange d'une certaine somme
d'argent, sans avoir à parler et tenter de briller par son verbiage
auprès d'un potentiel objet de conquête, tout comme la femme est
sûre de trouver les vêtements et autres objets dont elle a envie
dans les magasins, lui permettant ainsi de satisfaire son désir de
parure dont elles semble tellement friandes, du moins tellement plus
que les hommes ! Au nom de quoi devrait-on refuser aux hommes le
plaisir et la joie de satisfaire leurs désirs en se rendant au
bordel, ou dans tout autre lieu consacré à cela ? Le désir
sexuel serait-il tellement honteux et impur, que le fait de le
satisfaire d'une manière expéditive avec une inconnue, en l'échange
d'une somme d'argent le rende assimilable à un crime ou à une
indignité répréhensible ? Ne serait-ce pas le vieux fonds de
morale judéo-chrétienne qui referait surface au travers de cette
normativité féministe ? Le mélange d'argent et de sexe est en
effet, aux yeux de cette morale, un mal absolu, qu'il convient de
combattre. Le combat abolitionniste des féministes est ainsi une
réactualisation de la vieille morale judéo-chrétienne, elle-même
reprise par les égalitaristes socialistes. Sur cette question,
l'analyse qu'on peut faire de la revendication socialiste ne diffère
guère de celle des féministes (cf. Nietzsche et la critique de la
revendication pour des « droits égaux », que le
philosophe condamne à la manière de Calliclès critiquant Socrate,
et défendant le « droit naturel » contre le droit
positif, dans le Gorgias de
Platon).
Le bordel guérit l'homme
d'une souffrance : celle de convoiter un bien (le corps de la
femme) qu'il ne peut ou qu'il a du mal à obtenir, et ce, à l'époque
où le féminisme semble rendre les femmes toujours plus réticentes
à céder aux avances masculines, la crainte pesant toujours sur
celles-ci de n'être qu'une forme de harcèlement. Cette crainte a
été en grande partie alimentée par la propagande féministe en la
matière.
Il semble ainsi que nous
soyons confrontés à une « question sexuelle », à
l'image de la « question sociale « qui a agité les
peuples et les esprits depuis le commencement de l'ère industrielle
au 19e siècle, et le développement d'un prolétariat de masse,
confronté aux capitalistes bourgeois détenteurs des capitaux et
moyens de production.
La question qui se pose
est alors celle de la satisfaction que les hommes et les femmes
cherchent à donner à leurs pulsions sexuelles, sachant qu'ils sont
confrontés aux dilemmes de voir leurs aspirations en la matière
être souvent opposés. S'ils n'ont pas la même façon d'envisager
cette satisfaction, le malentendu est inévitable. Et si la
pornographie existe depuis si longtemps, c'est bien pour répondre à
la libido masculine (mais aussi de toute femme « désirante »),
en proposant une représentation propre à donner satisfaction à
l'imaginaire sexuel. De la même façon, si la prostitution existe
depuis si longtemps, c'est pour donner satisfaction aux hommes, en
chargeant une minorité de femmes de satisfaire leurs envies en la
matière, ce que ne semblent pas en état de faire (ou ne veulent
simplement pas le faire) le reste de la population féminine. En
confiant cette tâche à des femmes que les hommes rémunèrent pour
cela, il s'opère simplement une division des tâches sexuelles entre
les femmes qui subliment leur sexualité, celles qui se satisfont de
leur rôle de génitrice, celles qui se contentent de quelques
saillies occasionnelles ou régulières au sein du couple, celles qui
s'adonnent une sexualité libertine plus ouverte mais toujours (ou le
plus souvent choisie), et enfin celles qui se chargent de satisfaire
la demande masculine massive en la matière, en l'échange d'une
rémunération. Mais les féministes ne l'entendent pas de cette
oreille, en voulant interdire et contrôler cette division des tâches
selon leur propre norme des rapports hommes/femmes.
Il conviendrait au
contraire de réhabiliter et de montrer sous un jour favorable la vie
dans les maisons de tolérance, ou de passe, afin d'exposer que rien
d'ignoble ne s'y déroule, mais qu'au contraire, on y veille à
satisfaire des besoins naturels autrement plus essentiels que les
besoins de parure proprement féminins, en l'échange d'une
rémunération bienvenue pour des femmes qui ne trouvent pas toujours
ce qu'elles cherchent sur le marché du travail non-sexuel.
Psychologie de la femme en matière de sexualité :
De toute évidence, la femme n'assume pas ses désirs
sexuels. Il lui répugne d'avouer et de montrer trop ouvertement ses
désirs sexuels. De là vient le dissensus fondamental entre les
hommes et les femmes, puisque les hommes assument ses désirs et ne
craint de le faire savoir à la femme, alors que cette dernière y
répugne, et préfère « sublimer » ceux-ci dans le culte
de son apprence physique, et dans une forme d'auto-érotisme
« spéculaire », fondée sur l'adoration de son moi et de
son propre corps. De là toutes les conduites de mauvaise foi
propres à la femme, dont Sartre a par exmeple donné une
illustration frappante dans l'Etre et le néant, avec la femme qui se
laisse prendre la main sans oser protester, en se détachant
mentalement de son corps, se disant à elle-même qu'elle est vaincue
malgré son consentement, ce qui lui permet de se dédouaner de sa
culpabilité de s'adonner au sexe ou à la séduction. Etant entendu
que Sartre envisage cette mauvaise foi sur le plan « exitentielle »,
et non pas « bassement » psychologique (c'est-à-dire
psychanalytique et empirique), on peut nénamoins y voir une analyse
pertinente d'une état d'esprot propre à la femme, ou d'une conduite
récurrente de l'être féminin, qui se défausse du désir sexuel
pour prétendre échapper à l'emprise masculine, vis-à-vis duquel
elle se sent menacé et inférieure, en en reportant sur elle-même
son désir qu'elle sublime (cequi pourrait expliquer les cas
tellement plus nombreux de lesbianisme que d'homosexualité
masculine, encore qu'on pourrait envisager que l'homosexualité ne
soit qu'une conséquence du dédain que les femmes affichent
vis-à-vis des hommes, ce qui pousserait ceux-ci à s'orienter vers
l'amour des persones de leur sexe).
Une autre stratégie féminine consiste à attiser le
désir masculin en différant constemment le moment de le satisfaire.
C'est ainsi qu'on peut voir tellement de femmes arborer une parure
désirable, mais se refuser avec application aux hommes, ou bien
encore des hommes tellement désireuses d'être l'objet de
l'attention de nombreux hommes (les stars, mannequins et chanteuses
en fourniraient l'illustration), pour pouvoir mieux se refuser à
tous. C'est encore une manière de sublimer en jouissant de l'idée
de cette attraction multiple et collective (plaisir de la consience),
sans se laisser compromettre dans l'acte sexuel proprement dit et la
consommation du désir. L'entretien du désir sous sa forme différé
et sublimé dans la multiplicité des regards désirants
non-satisfaits, et augmentés par là-même, produit la satisfaction
recherchée par la femme. Des penseurs féministes elles-mêmes
reconnaissent cette différence d'approche entre les hommes et les
femmes concernant la sexualité. Parlant de l'importance de
l'enfantement pour les femmes concernant la pratique de la sexualité,
S. Agasinski peut écrire : « d'un point de vue empirique,
on remarque par exemple que pour les femmes il existe une contiguité
physique de tous les évènements sexuels, depuis l'acte sexuel
lui-même
jusqu'aux différentes phases de l'enfantement » (p.20),
opposant ainsi deux formes de pratique sexuelle.
Le droit de consommer sexuellement, fût-ce
en échange d'argent, exprime l'une des libertés
fondamentales et naturelles, au même titre que le droit de manger,
de se déplacer, de se loger. Il s'agit toujours de se procurer un
bien ou un service en échange d'une rémunération, et si la
sexualité doit passer par une relation tarifée au lieu d'un rapport
non-vénal il n'ya pas plus de raison de s'en offusquer que de
s'indigner qu'on doive payer pour avoir du pain, un logement ou des
vêtements. Le droit au sexe devrait être inscrit dans la
Constitution, aux côtés d'autres droits de l'Homme que l'on juge
aussi fondamentaux, et sans lesquels l'existence d'un être humain ne
peut prétendre être épanouie. C'est d'ailleurs dans cette optique
que la philosophe américaine Martha Nussbaum a inscrit dans la liste
qu'elle propose des biens humains fondamentaux, dont le manque est
synnyme de pauvreté, le fait d'avoir une vie sexuelle épanouissante.
Autre manière pour la femme de refuser l'amour libre :
le désir de stabilité et la crainte de la multiplicité des
partenaires, qui la laisserait seule face à son propre désir, dans
l'angoisse d'une potentielle solitude, une fois le amants lassés et
sa beauté flêtrie.
A cela s'ajoute de le désir de maternité, qui n'est
peut-être qu'une des formes que prend ce désir de stabilité, par
la concrétisation d'une création procréatrice, qui cristallise le
désir d'une occuptation et d'un but dans la vie. La femme
aime-t-elle vraiment autre chose qu'elle-même, et la chose qu'ele a
enfanté ? Sa relative incapacité à engendrer un monde
artisitique ou littéraire ne serait que la manifestation de ce
qu'elle cherche dans l'enfantement et l'éducation une forma
d'épanouissement qu'elle ne trouve pas ailleurs. A l'heure du
politiquement correct, où la norme féministe prétend s'imposer,
parfois avec l'appui de la loi qu'elle est capable de gagner à sa
cause, grâce à la pratique d'un intense lobbying, et d'une
suggestion du corps masculin, toutes ces vérités sur le comprtement
ordinaire des femmes ne sont pas bonnes à dire, et se voient
volontiers taxées de « préjugés » ou
« d'essentialisme » à l'encontre des femmes. Pourtant il
faut le flaire et la lucidité du moraliste, comme le furent La
Rochefoucault, Chamfort, mais aussi Nietzsche, pour être capable de
déceler et d'émettre ces vérités dérangeantes, que tout honnête
homme (et toute honnête femme) peut aisément observer lui-même (ou
elle-même). Ces inoubliables moralistes nous ont montré la voie :
ne craignons pas de l'emprunter à notre tour, fût-ce sous les
quolibets de ces harangères des Halles, endoctrinées et
vindicatives, qui ont transformer leur malhonnêteté intellectuelle
en doctrine défendant la fierté et la dignité de leur genre !
Il faut qu'il y ait des prostituées, parce que l'homme
a de très bonnes raisons de ne pas vouloir perdre son temps ou son
énergie, ni exposer inutilement son orgueil pour rechercher les
faveurs de femmes narcissiques et fiers d'elles-mêmes, qui prennent
un maln plaisir à refuser aux hommes ce qu'ils désirent le plus,
précisément pour pouvoir prétendre faire la preuve de leur
supériorité. Mais les hommes ont malgré tout d'excellentes raisons
de continuer à vouloir entretenir des rapports sexuels avec des
hommes, ce qui implique, compte tenu de l'exigence précédente,
qu'ils se tourne soit vers des femmes de mœurs libres (que d'aucuns
nomment avec mépris « nymphomanes ») ou libertines, soit
vers des prostituées. Sachant que les femmes libertines sont une
minorité, ce qui accroît leurs exigences et leur dédain à l'égard
de la demande masculine beaucoup plus importante, il en résulte que
les prostituées sont, pour les hommes célibataires, la seule forme
de relaton sexuelle possible, faute de devoir pratiquer l'abstinence
ou la manustupration.
Les prostituées
rendent donc un service indispensable à la collectivité, au même
titre que le boulanger, le maçon ou le fabriquant
de vêtement. C'est l'expression de la psécialisation des tâches
enre les femmes qui sont capables et compétentes dans tell domaine
ou dans tel autre : quel métier les abolitionnistes
voudraient-elles voir les prostituées exercer à la place ?
Caissière de supermarché ? Tisseuse dans un atelier de
confection ? Tout le monde n'a pas les moyens de devenir
ministre de la condition féminine, ou pharmacienne reconvertie dans
la politique, comme c'est le cas de certaines abolitionnistes très
en vue. Au nom de quoi ces dernières peuvent-elles se permettre de
déconsidérer le métier exercée par d'autres femmes ? Ce
n'est rien d'autre que la projection de leurs normes morales sur les
pratiques profesionnelles exercées par d'autres, et l'utilisation de
leur connaissance et de leur pouvoir politique pour imposer une norme
en la matière à ceux et celles qui ne l'ont pas demandé. Plutôt
que de stigmatiser ceux et celles qui l'exercent, on devrait plutôt
leur octroyer un statut de travailleur à part entière, et une
reconnaissance sociale digne de ce nom.
Les féministes abolitionnistes ne semblent pas
comprendre que la sexualité est une affaire beaucoup plus importante
pour les hommes que pour les femmes, du moins la sexualité
considérée comme une activité tendant à la jouissance, et non pas
nécessairement à la procréation, laquelle intéresse plus
particulièrement les femmes, pour qui l'enfantement et la gestation
occupent une importance plus importante que pour les hommes, on le
comprendra. Il suffit d'entendre toutes ces bonnes femmes nous vanter
la joie et l'expérience ineffable pour l'homme, pour comprendre que
femmes se réalisent et s'épanouissent plus particulièrement dans
cet aboutissement là de la sexualité, plutôt que dans la sexualité
tendant à la seule jouissance. La sexualité occupe d'ailleurs chez
les hommes bien souvent le rôle d'un rite de passage, par lequel
l'homme devient un être actif et émancipé. Ce rôle actif dans
l'acte sexuel est d'ailleurs une constante chez l'homme, qui doit
chercher la personne avec laquelle il va pouvoir satisfaire ses
pulsions et ses envies, à la différence de la femme qui se contente
le plus souvent, et assez hypocritement, d'attendre que ça se passe
et qu'on vienne la solliciter, comme si elle était elle-même
totalement dépourvue d'envies. L'homme qui ne veut pas perdre son
temps et ses efforts à draguer et tenter de séduire, trouve tout
naturel de se tourner vers la sexualité vénale et la prostitution,
chose qui répugne semble-t-il davantage aux femmes qu'aux hommes.
Contre la censure morale en matière de sexualité :
Le problème fondamental du débat actuel contre la
prostitution, c'est la prétention de mêler les normes morales à la
sexualité : c'est une contradiction foncière avec les
exigences libertaires de mai 68, et de qu'on a nommé (sans doute
abusivement) la « Révolution sexuelle », qui affirmaient
haut et fort le refus de voir les normes religieuses, politiques et
sociales poser un frein aux désirs sexuels des individus. Les normes
féministes ne diffèrent guère des normes sexuelles
traditionnelles, et celles-ci n'auront fait, depuis maintenant une
vingtaine d'années, qu'allumer les feux d'une guerre des sexes, dont
les hommes sont les principales victimes. Aujourd'hui, ce sont les
clients des prostituées que l'on envisage de sanctionner, demain ce
sera sans doute les consommateurs de porno, les amateurs de la
levrette ou du coït anal, voire tous ceux qui utilisent le corps de
la femme dans des représentations à caractère publicitaire.
La
vision très négative de la prostitution développée dans la
propagande abolitionniste mériterait d'être contrebalancée par les
récits de la prostitution comme source de bonheur et de joie pour
les hommes qui fréquentaient les maison de plaisir. La littérature
en offre de nombreuses illustrations, notamment chez Maupassant, qui
était un client régulier de ces endroits. Faudrait-il aujourd'hui
le regarder comme un odieux « client prostitueur », ainsi
que le suggèrent les féministes hystériques ? On interdirait
ainsi la lecture de La
Maison Tellier,
qui dresse un portrait assez avantageux d'une activité qui ne tend
rien moins qu'à apporter de la joie aux hommes qui la fréquentent,
et une source de revenu régulier à celles qui y travaillent. Pour
Maupassant, c'était d'abord un endroit où il pouvait donner libre
cours à son énergie sexuelle débordante, et à son appétit des
femmes. C'était également le cas pour son mentor en littérature,
je veux parler de Flaubert, qui nous donne une description épique
de sa nuit passée chez la courtisane égyptienne Kuchuk-Hanem, dans
la relation épistolaire de son voyage en Orient (lettre à Louis
Bouilhet du 13 mars 1850). Nul doute qu'il serait aujourd'hui
considéré comme un affreux pratiquant du tourisme sexuel si décrié
de nos jours par les tartuffes des guides de voyages pour nomades des
temps modernes (voir les propos des personnages de Houellebecq au
sujet du Guide
du routard,
dans son roman Plateforme).
Toute cette pudibonderie de donneur de leçons, tout ce ramassis de
moraline puritaine prétendument humaniste n'est d'ailleurs pas sans
rappeler les vociférations féministes du personnage de la Vatnaz
dans L'éducation
sentimentale
du même Flaubert. Il n'y a au fond de toutceci rien d'autre que
l'expression d'un ressentiment digne de la morale des esclaves, dont
Nietzsche s'est fait l'analyste brillant, aussi bien lorsqu'il
dénonçait sa manifestation dans les revenduications des socialistes
de son temps, que lorsqu'il raillait les féministes. Il peut bien y
avoir un fonds d'esprit conservateur et réactionnaire chez ce
philosophe, aussi bien qu'une part de misogynie, il n'en demeure pas
moins qu'en dénonçant la tentative de modeler les mœurs et les
désirs masculins à leur propre guise et attentes, les féministes
manifestent une forme de frustrztion et de désir de vengeance à
l'égard d'une force qui les dépasse et qu'elles envie, ce qui les
apparente à des esclaves exhalant leur ressentiment. Or la morale
abolitionniste des féministes est profondément anti-naturelle, et
typiquement l'expression de cette « morale en tant que
manifestation contre-nature » que dénonçait Nietzsche dans Le
Crépuscule des idoles.
La
prostitution est ainsi vécu par les hommes comme un bonheur, un rêve
d'une relation aux femmes heureuse, où le désirs sexuels seraient
enfin exhaussés, loin de toute contrainte morale ou de difficulté
de séduction. C'est le bonheur sexuel pour tous, quelle ques soient
less capacités de séduction ou de beauté, c'est le bonheur sexuel
à la portée de tous, pour peu qu'on possède les moyens financiers
de le satisfaire. Il y en a ainsi pour toutes les bourses, depuis la
« maison d'abatage », jusqu'aux alcôves luxueuses des
plus grandes maisons parisiennes (Sphynx, Chabanais, etc..).
Pour
conclure, on peut avancer que le féminisme anti-prostitutionnel est
l'ultime
ruse des femmes pour mater et rééduquer la sexualité masculine.
Sous couvert de moralité et d'humanisme, il s'agit de contraindre
les hommes à pratiquer la forme de sexualité qui rassure les
femmes et correspond à leur attentes en la matière, savoir une
sexualité tournée vers la maternité et la fidélité du géniteur.
Les femmes sont en effet travaillée par la question de la maternité,
qui maintient sur leur inconscient un souci de la maternité et de
l'engendrement, qui va à l'encontre de la tendance naturelle des
hommes au libertinage.
Les 3 âges de la prostitution :
Il semble que l'on puisse envisager 3 moments dans
l'histoire de la prostitution, qui dépendent chacun de la nature de
la société, c'est-à-dire de ses mœurs et de sa législation.
Chacun de ses moments se trouve reproduit et réinterprété selon
des motivations différentes, et à des époques différentes, mais
avec des résultats identiques à chaque fois.Tout d'abord le moment
abolitionniste, qui peut être aussi bien motivé par le
rigorisme moral d'inspiration religieuse, que par des idéologies qui
prétendent émanciper ceux ou celles qui sont présentés comme des
victime. Ce système est pratiqué à l'heure actuelle dans les pays
nordiques, et peut-être bientôt en France, mais aussi dans les pays
musulmans pratiquant la charia. Ensuite le système
réglementarisme, pratiqué notamment en France au 19e siècle,
et qui admet la prostitution à condition qu'elle soit encadré dans
un réglementation stricte, notamment par le contrôle médical
régulier des filles de joie, des normes en matière de visibilité
et d'avertissement du public, etc... Dans le faits, ce système
conduit à placer les personnes prostituées sous un étroit contrôle
et une étroite dépendance aussi bien des maquerelles et des maisons
de tolérance, que de l'Etat, puisque la prostituée présenterait un
risque permanent pour le public. Enfin le moment qu'on qualifiera de
libéral, et qui vise à favoriser l'autonomie de la personne
prostituée vis-à-vis d'éventuels souteneurs ou de contraintes
extérieures, de manière à ce que celle-ci obtienne le statut de
travailleur sexuel, qui l'apparente à un travailleur à aprt
entière. On ne peut que souhaiter que, selon un processus
d'évolution comparable à celui de la dialectique hégélienne, la
prostitution suive partout le mouvement qui passe de l'interdiction
rétrograde, au réglementarisme contraignant, pour enfin aboutir à
l'émancipation dans le système libéral.
Les féministes abolitionnistes semblent réduire la
réalisation des projets sociaux utopiques à la mise en place
autoritaire de leurs normes prétendument humaistes dans une série
de domaines touchant aussi bien à la santé, à la sexualité, à la
circulation routière, les politiques présupposant connaître mieux
que les individus placés sous leur contrôle, au nom desquels on
invoque la souveraineté populaire dont les politiques tireraient
leur autorité et leur pouvoir, ce qi constitue leur intérêt
propre. Trop souvent les politiques semblent avoir oublié qu'ils ne
tirent, d'après la Constitution qui est la nôtre et celle de tous
les régimes républicain ou démocratiques, leur souverai,eté que
du peuple, mais ils se servent le plus souvent de ce prétexte pour
s'abriter derrireè les institutions qu'il seraient chargés de
garatir avant, de sorte qu'en brimant citoyens ils montrent qu'ils ne
font que servir l'intérêt de la machine étatique placée sous leur
contrôle, et dont ils se chargent de perpétuer l'existence. On
opposera à ce mode de fonctionnement politique la démocratie
directe et l'usage du mandat impératif, en vertu duquel les
représentants du peupls se voient confiés des missions qu'ils ont à
exécuter sans outrepasser la missison qui leur a été confiée
expressément. Tous les abus commis par les gouernants en ce qui
concerne la santé, la circulation routière, la sexualité sont la
parfaite illustration de cet abus de pouvoir caractérisé, dans un
régime prétendument fondé sur la souveraienté populaire et les
Droits de l'Homme et du Citoyen. En ce qui concerne la prostitution,
c'est ainsi que l'on voit les lobbys féministes s'emparer des rênes
du pouvoir pur imposer au plus grand nombre leurs normes.
Pour en revenir aux normes qui se veulent humanistes et
égalitaires dans le traitement des rapports hommes femmes, on
observera tout d'abord qu'il y a bien des manières différentes de
traiter la « question sexuelle », qui concerne aussi bien
la recherche de partenaires pour l'enfantement voire la
reconnaissance de paternité (plus manifeste chez la femme), que celle
de la recherche de jouissance (plus présente chez l'homme). La norme
humaniste aurait pour mission de ramener les personnes pratiquant la
prostitution dans le droit chemin, qui serait celui de l'autonomie
économique et morale loin des affres de la dépendance
prostitutionnelle. Or la prostitution elle-même peut devenir une
forme d'autonomie économique, comme le montre aussi bien le cas des
jeunes thaïlandaises, que celui des transsexuelles du bois de
Boulogne pratiquant cette activité pour financer leur
transformation, que des chinoises de Belleville, couramment appelées
« marcheuses », qui trouvent dans cette activité une
forme de subsistance sans laquelle elles n'auraient aucune autre
source de revenu. Que prétendent apporter à toutes ces personnes
les abolitionnistes ? Quelle autre activité économique serait
susceptible de leur procurer autant d'argent en aussi peu de temps ?
Donnera-t-on des formations de caissière ou de couturières à
toutes ces prostituées que l'on veut ramener dans le « droit
chemin », alors même qu'un certain nombre de personnes nous
témoignent du fait qu'elles ont embrassé, de manière plus ou moins
régulière, cette activité pour échapper à la routine, à l'ennui
et aux boulots mal payés de l'économie traditionnelle ? Déjà
incapables de traiter le problème du chômage de masse, les
socialistes français ralliés à la cause abolitionnistes
auraient-ils le secret pour résoudre les difficultés économiques
des prostituées ? On rit doucement en lisant le programme
d'accompagnement vers la sortuie de la prostitution à destination
des personnes concernées !
Par ailleurs, la conception qui se veut humaniste du
traitement du phénomène de la prostitution laisse intacte la
difficulté sexuelle propre aux hommes, à savoir le besoin de
satisfaire des pulsions que les réticences féminines rendent
désagréable. Quel est cet être prétendument épanoui et heureux
qui ne trouve dans la société où il vit que des motifs de
frustration et de contraintes à l'égard de la satisfaction de ses
besoins les plus élémentaires ? Ce n'est pas pour rien que
l'on a pu, comme l'a fait la philosophe canadienne M. Nussbaum, placé
la satisfaction sexuelle au nombre des « biens premiers »,
qui sont, dans le système philosophique de J. Rawls, « tout ce
qu'on suppose qu'un être rationnel désirera », parmi lesquels
on peut compter la détention d'un logement, des moyens de
subsistance alimentaire, la formation intellectuelle et
professionnelle, les libertés de base (expression, participation au
processus de désignation des gouvernants). Les seuls droits énumérés
dans la Constitution des Droits de l'Homme ne suffisent pas à faire
un homme épanoui et heureux. La liste plus exhaustive des biens
premiers proposés par Nussbaum y contribuent bien plus largement.
Hors la satisfaction sexuelle ne pourra qu'être obtenue plus
difficilement sans la prostitution. Si l'on envisage d'accorder des
« assistantes sexuelles » financées par l'Etat aux
handicapés, comme c'est le cas dans certains pays (Pays-Bas
notamment), pourquoi ne pourrait-on pas envisager d'en faire autant
avec tout homme ? C'est le sens des utopies proposées par
Fourier par exemple, qui placent la satisfaction de tous les désirs
humains, par la création d'une forme de prostitution
institutionnalisée et financée par les citoyens eux-mêmes.
Apologie de la prostitution
Pour
comprendre la prostitution, et éviter de la condamner au nom de
normes morales inappropriées, il convient, pour commencer, et pour
changer de manière inhabituelle le point de vue qu'on adopte
lorsqu'on aborde ordinairement cette question, de prendre la place du
client, trop souvent
écarté, au profit de la défense exclusive de la personne
prostituée. En effet, de manière plus générale, c'est le rapport
de l'homme à la femme, à travers le désir qu'il a pour elle, qu'on
étudie par ce biais, et non seulement la question de la légitimité
de la prostitution, à laquelle nous aboutirons plutôt comme
conséquence du point
de vue adopté.
Le client cherche chez
la prostituée ce que la femme ordinaire (non vénale) ne peut pas,
ou ne veut pas lui apporter : des relations purement sexuelles, sans
rien d'autre qui l'accompagne en terme de séduction, de stratégies
de conquête, de temps d'attente, et de sollicitations qui peuvent
durer parfois longtemps avant d'obtenir le consentement à l'acte
sexuel, et encore, sans assurance de jamais parvenir à ses fins
(comme on le voit de manière littéraire et symbolique dans La
femme et le pantin, de Pierre Louÿs, qui décrit cette quête
jamais satisfaite de la femme désirée, à travers la souffrance et
la haine qu'éprouve le personnage principal à cause de celle qu'il
convoite, mais qui ne se donne jamais à lui). Et quand on parle de
« relation sexuelle », on devrait dire également :
attention portée à sa personne, écoute, chaleur humaine,
tendresse, contact charnel, ivresse des sens, satisfaction des
fantasmes inavoués ou insatisfaits (et non pas « égoût
séminal » comme le fait Parent-Duchâtelet,
cité trop souvent par A. Corbin ou L. Adler, et qui considérait le
bordel comme un « mal nécessaire », permettant de
satisfaire un besoin purement physiologique, comme le sportif va
faire son jogging). L'expression d'« acte sexuel » est un
résumé trop rapide de tout ce que contient un tel échange, pour
peu qu'il dure plus longtemps que le seul coït, c'est-à-dire, pour
l'homme, le simple orgasme éjaculatoire. C'est aussi toutes ces
choses que la prostituées est en mesure d'apporter à son client,
pour peu qu'elle exerce son activité de manière satisfaisante pour
lui.
Or, tout comme on ne va
pas chercher de la viande chez le poissonnier, ou du poisson chez le
boucher, l'homme va chercher chez la prostituée ce que la femme
ordinaire se refuse à lui procurer, ou n'est pas en état de faire :
quoi de plus logique à cela ? Pourquoi voudrait-on s'en indigner ?
Les femmes ordinaires n'ont-elles pas assez manifesté le fait
qu'elles ne désiraient pas être traitées comme des simples objets
sexuels par des inconnus qui ne cherchent qu'à obtenir des faveurs
sexuelles ? De la relation exclusivement sexuelle de type «sex
friend», entretenue entre deux
adultes consentants, et qui a été depuis peu popularisée par un
certain nombre de films et de livres, on peut ainsi envisager le
passage à la relation prostitutionnelle, comme un échange
exclusivement sexuel fondé sur l'argent, sans obligation pour celui
ou celle qui perçoit la rémunération d'éprouver une jouissance
réciproque. C'est donc une relation professionnelle,
qui ne diffère pas de celle d'un commerçant ordinaire à son
client. Les critère d'évaluation du professionnel reposent, dans
tous les cas, et du point de vue du client, sur la qualité de la
prestation fournie. Vous trouvez cette analyse cynique, voire
immorale ? Mais elle ne diffère pourtant pas de la manière dont
nous envisageons ordinairement notre relation aux professionnels,
quels qu'ils soient : cuisiniers, restaurateurs, garagistes, etc...
Pourquoi la relation sexuelle tarifée devrait-elle échapper à ce
type de considération ? Si l'on veut abolir le cynisme dans notre
société, alors ce n'est pas à exclusivement à la prostitution
qu'il faut s'en prendre ! Par ailleurs, la manière de condamner la
liaison du sexe avec l'argent -c'est-à-dire la vénalité- reflète
aussi bien un fond de morale chrétienne puritaine, pour laquelle le
sexe est source de péché hors des liens sacrés du mariage et de la
procréation, qu'une vision romantique communément répandue dans la
population, qui n'envisage les rapports hommes/femmes que sous
l'angle de l'adoration mutuelle et réciproque, à la manière de
Tristan et Iseult, Héloïse et Abélard, et autres bluettes
communément répandues.
Dès lors, si l'on y
réfléchit bien, il doit paraître avantageux aux femmes de voir que
les hommes se tournent vers celles qui sont prêtent à ce type de
relation, à la fois exclusivement sexuelle et tarifée, et non plus
vers elles-mêmes, puisqu'elles évitent ainsi les sollicitations non
désirées de type : drague, voire harcèlement. Il n'y aurait alors
problème qu'à partir du moment où les hommes fréquentant les
prostituées, ou habitués à toute forme d'amour vénal,
chercheraient à imposer aux autres femmes des relations de même
nature, et contre le consentement de ces dernières. De là vient
l'existence du proxénétisme, conçue comme aliénation
effective de la femme soumise à la domination physique et financière
de l'homme, et que nous condamnons, à l'instar des féministes.
Aussi, nous osons dire,
après Restif de la Bretonne, dans son ouvrage Le pornographe ou
la prostitution réformée
(1769), que la prostitution librement consentie est bénéfique
à la société, car elle profite aussi bien aux personnes qui s'y
livrent (celles qui « vendent leur corps » et leurs
clients), qu'aux femmes qui se voient ainsi soustraites aux
sollicitations, voire au harcèlement masculin, en vue d'obtenir des
faveurs sexuelles. Elles jouent un rôle social dans la mesure où
elles apportent aux hommes une satisfaction qu'ils ne trouvent pas
ailleurs, et elles contribuent ainsi à apaiser les passions
sexuelles non satisfaites (si ce n'est par l'auto-érotisme, qui est
à la sexualité ce que la chicoré est au café, ou les oeufs de
Lump au caviar).
Pourtant, la
prostitution est devenue aujourd'hui une cible de choix pour le
combat abolitionniste mené par les féministes. Celles-ci
défendent-elles vraiment, comme elles le prétendent, l'intérêt de
toutes femmes, et plus largement de toutes les personnes prostituées,
sachant que ce ne sont pas toujours des femmes ?
L'existence même du
féminisme
s'inscrit dans un combat visant à permettre aux femmes qui se
reconnaissent dans ce mouvement de ne plus être considérés comme
de simples objets sexuels, d'être enfermées dans une relation
matrimoniale aliénante, mais également de pouvoir accéder à tous
les postes professionnels, politiques ou de tout autre nature qui
leur étaient refusés par la société patriarcale. Or aujourd'hui
les féministes veulent également faire abolir la prostitution.
Tout d'abord, les prostituées se reconnaissent-elles dans ce combat
? Celles-ci demandent-elles aux féministes de faire cesser leur état
? Si c'était le cas, on comprendrait la pertinence du féminisme à
les arracher aux griffes de ceux qui les discriminent et les
dominent. Or il n'est rien de tel, comme le montre par exemple le
livre de Lilian Mathieu AL condition prostituée, dans le chapitre
consacré aux mobilisations des prostituées dans les années 1970 et
2000. Le problème commence, avec le féminisme, lorsque ce mouvement
prétend imposer des normes communes à toutes les femmes. L'intitulé
même de « féminisme » n'est-il d'ailleurs pas lui-même
problématique ? Car de même qu'un parti des travailleurs qui ne
réclamerait pas l'adhésion de ceux-ci à son combat, mais
s'imposerait de l'extérieur à ceux-ci (comme on a pu le voir dans
les pays dits « Socialistes » au cours du 20e siècle,
dans lequel un parti unique -communiste-, prétendait à l'hégémonie
au nom de sa doctrine soi-disant représentative de l'intérêt de
tous), une idéologie prétendant défendre toutes les représentantes
du même genre sexuel, sans se soucier de recueillir leur adhésion à
ses normes, pourrait être considéré, à juste titre, comme
totalitaire et liberticide.
Quelles que soient les
raisons qui poussent les femmes à refuser les relations purement
sexuelles (désir de stabilité dans le cadre d'un couple pérenne et
fondation d'une famille, rejet de la relation d'objet exclusivement
sexuelle, perception du caractère non épanouissant de cette
exclusivité, rejet de ce qui est perçu comme l'expression de la
domination masculine, sublimation de la relation homme/femme au
profit de l'amour, libido physiologiquement différente, etc...), et
les demandes masculines de cet ordre, on observe globalement une
dichotomie, une absence de correspondance entre les aspiration
masculines et féminines en la matière. L'existence de la
prostitution vient précisément répondre à cette demande masculine
spécifique, et ce, depuis des temps immémoriaux, si l'on en croit
l'adage populaire bien connu (« le plus vieux métier du
monde »). Or les transformations sociales ont changé les
rapports hommes/femmes, au sens où la femme est libre de contracter
les liens qu'elle veut avec des hommes. Le mariage n'est plus une
obligation sociale, ni une liaison irréversible dont on ne peut
sortir sans opprobre. Les femmes se sont libérées massivement de la
contrainte. Les prostituées pourtant demeurent, preuve que les
raisons qui expliquent son existence même sont très profondes, et
assurent sa pérennité.
Aujourd'hui, on voudrait
nous persuader que l'ultime combat féministe consiste à abolir ce
reliquat de « l'ignoble domination paternaliste et masculine »
sur la femme. « Femmes de toutes les classes, de tous les pays
et de toutes les origines sociales, ethniques ou politiques,
unissez-vous pour mettre un coup de boutoir à cet ultime bastion de
la société patriarcale ! » : tel semble être le cri de ces
passionarias très médiatisées, qui occupent des situations
sociales et des postes divers (Assemblée Nationale, tribunes et
salles de presse, associations, etc..), mais qui ont généralement
pour point commun d'être des bourgeoises vivant de leur métier
confortablement, ou de manière satisfaisante, sans éprouver la
nécessité économique d'avoir recours à cette pratique pour
assurer leur subsistance. C'est le propre du féminisme actuel, de
type bourgeois, par opposition à une certaine forme de féminisme
gauchiste antérieur, de reprendre les mêmes modes d'action
politique que les partis conservateur. C'est ainsi toujours au nom
d'une moralisation de la vie publique que ces nouvelles féministes
prétendent interdire la prostitution, mais également certaines
formes de pornographie... Face aux problèmes économiques
fondamentaux, la bourgeoisie prône et défend le libéralisme dont
elle profite elle-même (économie acceptable et légitime du travail
jugé digne), et qu'elle incite à suivre pour les autres, tout en
condamnant ce qu'elle considère comme une dérive immorale du
commerce de soi : en l'occurrence le commerce du sexe, assimilé, par
certains, à celui de ses propres organes. Comme s'il y avait une
différence profonde nature entre ces deux formes de commerce ! D'un
côté, une économie jugée digne, celle la plus communément reçue,
et une autre immorale. Dans ce domaine, comme dans celui d'autres
« nuisances publiques » perçues comme telles par la
bourgeoisie (les pauvres qui mendient, que l'on veut écarter des
centres-villes, les prostituées trop visibles, que l'on condamne
pour « racolage passif », en créant un arsenal
juridique ad hoc), le
bourgeois invente un code moral à son image, prétendument
universel, mais qui n'est en vérité que l'expression de ses propres
normes sociales : une forme d'utilitarisme mâtiné de morale, qui
lui permet d'avoir la conscience sauve, car l'appât du gain n'est
pas, à ses yeux, condamnable pour lui-même, mais seul l'est celui
des marginaux. Ce n'est pas la dignité des autres qui préoccupent
ainsi le bourgeois : c'est surtout son confort personnel.
C'est
ainsi que les Puritains débarqués aux Etats-Unis au 16e siècle ont
pu se construire une morale à la fois mystique et intéressée
-qualifiée de « protestante » par Weber, qui en observe
les conséquences sur le développement du capitalisme dans ce pays
(Le Protestantisme
et la morale du capitalisme), ce
qui leur assure la pleine satisfaction d'eux-mêmes, dépourvue de
toute culpabilité, tout en assignant soigneusement les limites du
champ moral qui les distingue des « impurs », et des
pécheurs. En inversant la causalité weberienne, on pourrait dire
que ce n'est pas la morale religieuse qui dicte le comportement
économique en la matière, mais plutôt l'intérêt qui se trouve
une morale sur mesure pour se garantir de la culpabilité. C'est le
mode de construction des normes morales tel qu'il a été analysé
par Marx et Engels dans L'Idéologie allemande.
Ce ne sont pas, en effet, des normes morales qui déterminent des
conduites et des modes d'action, mais plutôt ces modes d'actions
(économiques, au premier chef) qui déterminent ces normes. Le mode
d'explication matérialiste se substitue ainsi aux causes idéalistes.
De même, Tocqueville n'avait pas manqué d'observer le rôle joué
par la religion en la matière, en tant que frein a
posteriori des passions trop
exacerbées pour l'argent. A défaut de société plus juste et
solidaire, pratiquant la redistribution politique, la religion
intervient moralement pour assurer un ciment social, ou de modérateur
des passions antagonistes ou asociales. La morale est sauve et la
paix sociale assurée, puisque les pauvres voient (ou croient) qu'on
se préoccupe d'eux, et les riches font bonne figure devant les
déclassés, qui perdent la tentation de se révolter contre leur
condition.
Les
travailleurs du sexe, quant-à eux, n'entendent pas se voir exclure
de la joie de l'enrichissement, et de la participation au lucre
général, même si cela doit se faire par des moyens que réprouve
la morale bourgeoise : c'est ce que nous apprennent les
manifestations nombreuses des prostituées. Elles ne voient pas au nom
de quoi leur pratiques devraient être considérées comme indignes.
La bonne conscience est un luxe qu'elles ne peuvent pas se permettre,
et qu'elles laissent à la bourgeoisie auto-satisfaite, pourvu que
cela ne fasse pas sur leur dos.
Mais ce n'est là qu'un
combat idéologique
qui ne prend pas en compte l'avis des intéressées
elles-mêmes. Car si les raison de la permanence de la prostitution
sont profondes (à la fois biologique et sociales), les types de
rapport client/prostituée se sont adaptés à notre époque de
libéralisme : les prostituées sont davantage perçues, dans nos
contrées dites « civilisées », comme des travailleuses
sexuelles, que des victimes du proxénétisme, même si
l'exploitation sexuelle perdure encore malheureusement dans le monde,
et jusque sur les trottoirs de nos villes.
Si la prostituée n'est
plus la dominée d'avant, c'est qu'elle trouve dans la prostitution
des intérêts qu'elle ne trouve pas ailleurs (facilité d'un gain
rapide, plaisir de la relation charnelle conçue comme « déliaison »
-pour citer Marcel Iacub-, crise économique, etc.). Elle s'est
adaptée à notre époque : c'est plutôt aujourd'hui le combat
abolitionniste qui est dépassé. L'abolitionnisme en la
matière est en réalité le témoignage d'un temps que l'on croyait
révolu : celui de l'idéologie triomphante, qui lutte, selon les
circonstances, contre le capital, la croissance économique, la
société industrielle, etc... Que chacun cultive pour soi-même les
valeurs et les normes qu'il juge bonnes, cela nul ne songe à le
contester (en tous cas pas moi). Le problème commence à partir du
moment où l'on veut imposer ces normes à tous, sans prendre la
peine de consulter les personnes intéressées, comme on a pu, par
exemple, le voir au cours du XXe siècle, lors du combat
prohibitionniste contre l'alcool aux Etats-Unis, avec les graves
dysfonctionnements politiques et sociaux qui en ont découlé.
Il se trouve qu'un
certain nombre de prostituées ont manifesté ces derniers temps,
dans plusieurs grandes villes de France, leur opposition à la
perspective de la sanction du client, ce qui revient à leur porter
préjudice indirectement, puisqu'on menace ainsi leur source de
revenu. Une politique abolitionniste visant le client, et non la
prostituée, ne conduit qu'au même résultat : l'abolition de cette
pratique. Le sujet que l'on sanctionne importe peu. On conçoit par
ailleurs la réticence de ces personnes à se mettre en avant pour
défendre leurs revendications : on imagine donc que sont nombreux
celles et ceux qui se reconnaissent dans ce combat, mais n'osent pas
affronter les retombées négatives d'une médiatisation. De plus,
aucune de ces personne n'ont été consultées au cours des débats
qui ont eu lieu au Sénat récemment. N'est-ce pas là un grave
déficit de démocratie ?
Plutôt que de chercher
à interdire ou entraver, la Nation serait plus avisée d'aménager
et de faciliter le bon exercice de cette activité, qu'elle ne
parviendrait, de toute façon, jamais à éliminer complétement, ce
qui n'est d'ailleurs pas souhaitable (l'exemple raté de la Suède le
prouve). Permettre l'existence d'Eros Centers, comme on en trouve en
Espagne, en Belgique ou en Allemagne, assurer une protection des
prostituées contre les menaces physiques et psychologiques que
peuvent faire peser sur elles des individus mal intentionnés :
voilà, entre autres choses, la véritable manifestation de l'Etat
social (Welfare state), cher aux sociaux-démocrates, lequel
vient adoucir les conséquences les moins heureuses de la société
libérale. C'est aussi ce que nous attendons aujourd'hui de l'Etat
actuel et du gouvernement, pour peu qu'ils se soustraient tous deux à
l'influence pernicieuse d'une idéologie qui a assez montré son
pouvoir de nuisance pour qu'on ne se prémunisse pas contre ses
excès. Se pencher sur le sort des prostituées en leur apportant ce
qu'elles attendent de l'Etat, pourvu que de se voir imposer par
celui-ci une législation qui les bafoue, voilà la voie à suivre,
que l'on peut qualifier de réglementariste, par opposition au
libéralisme pur et simple (la non-intervention), et à
l'abolitionnisme (voir les distinctions entre ces termes, et leur
occurrence historiques en France au cours des 19e, et 20e siècles,
chez A. Corbin). Suivons le modèle de Restif de la Bretonne, et
aidons les travailleuses du sexe, plutôt que de les enfermer et les
taxer !
Voilà ce qu'il convient
de faire politiquement dans l'immédiat. Mais si nous songeons à une
réforme idéale de l'organisation sociale, qui conduirait à
éviter la prostitution forcée, que ce soit pas la misère ou la
violence, tout en assurant à chacun d'entre nous un épanouissement
sexuel généralisé, c'est en dehors du schéma libéral qu'il faut
le chercher.
Si nous disons que
l'interdiction de la prostitution dans une société libérale, au nom
d'une morale bourgeoise trompeuse, n'est pas cohérente, nous ne
considérons pas cette situation comme la meilleure qui soit pour
autant. Pour prendre le féminisme bourgeois au mot, dans sa
condamnation de la misère humaine par le travail du sexe, comme par
le paupérisme en général, il faut envisager une organisation
sociale dans laquelle plus personne ne serait obligé d'exercer une
activité économique et financière pour assurer sa seule
subsistance, mais où le travail serait une forme d'épanouissement
de soi, ce qui conduirait à la fois à rendre impossible la prostitution qui ne serait explicable que par la facilité de gagner
beaucoup d'argent en un temps record (ce qui semble être
tout-de-même le plus souvent le cas, sauf à envisager le cas de
celles et ceux qui y prennent un réel plaisir -voir à ce sujet
aussi bien les témoignages de C. Millet et C. Robbe-Grillet, ainsi
que les théories de Fourier sur la spécialisation des tâches dans
l'activité sexuelle), qui envisage sérieusement, en concevant une
société où le niveau des richesse serait tel, que peu de gens
pourrait se permettre de payer beaucoup pour avoir du sexe,
suscitant ainsi la tentation chez certains de faire commerce de leur
corps. Cela s'inscrirait dans le cadre plus général de traitement
du paupérisme, en permettant à chacun d'avoir un travail décent et
rémunérateur, ce que ne soucie pas de faire la bourgeoisie, qui ne
fait que traiter les nuisances pour elle-même du paupérisme, sans
se soucier d'améliorer le sort des pauvres, par exemple en forçant
les entreprises à embaucher, ou en créant un droit au travail
effectif.
Dès lors, s'il devait
encore y avoir des travailleurs du sexe, ce serait à titre de métier
parmi d'autres, qui ne serait pas rémunéré davantage que les
autres (en tous cas à un niveau comparable). Il n'y aurait plus de
morale condamnant cette pratique, car celle-ci deviendrait une
spécialisation professionnelle parmi d'autres, avec des formations
appropriées, un peu comme le métier de mannequin ou d'infirmière,
de nos jours : un mixte des deux, en quelque sorte (fraicheur de la
chair, et expertise dans le soin de l'autre). La profession actuelle
de masseur spécialisé dans les massages sexuels serait la plus
proche, ou encore celle de geisha, comme on le voit au Japon.
Un service
public du sexe serait alors envisageable, et c'est à la
deuxième exigence que nous pouvons en venir alors, puisque la
possibilité d'un épanouissement sexuel pour tous serait réalisable.
Les Pays-Bas et l'existence des prostituées payées par l'Etat à
destination des handicapés en a montré le chemin. Il n'y a qu'un
pas à faire pour que ce service soit généralisé à tous. La
différence viendrait du fait que ce service ne serait plus assuré
par des professionnelles privées payées par l'Etat, mais par des
fonctionnaires payées pour ce métier. Ce serait l'ultime
aboutissement de la politique réglementariste, telle qu'en avait
rêvé Restif de la Bretonne. Des bordels publics, pour que personne
ne soit exploité sexuellement par l'argent des riches en exerçant
une activité qui lui répugne, mais que l'on fait pour gagner
rapidement beaucoup d'argent; et des hommes qui trouvent une
satisfaction sexuelle assurée chez des femmes disponibles. De cette
façon, on serait certain que les prostituées aimeraient leur
métier, parce qu'elles auraient ainsi de réelles affinités avec
lui, et non pas un simple appétit de l'argent plus développé que
chez d'autres. On réhabiliterait une pratique qu'aucune morale
hypocrite ne condamnerait plus, tout en éliminant la frustrations
des solitaires et célibataires, qui observent le bonheur des autres
(les couples amoureux) avec envie sans pouvoir partager leur bonheur.
mercredi 8 janvier 2014
La politique de sécurité routière, ou le paternalisme politique appliqué.
Je reprends la rédaction de ce blog après 2 années d'interruption, alors que j'avais oublié jusqu'à l'existence de celui-ci ! Peu importe d'ailleurs, puisque je le rédige surtout pour moi, pour présenter quelques unes de mes réflexions sur l'actualité sociale et politique, enrichie par des lectures diverses et variées (philosophie, sociologie et politique, principalement).
Le sujet d'ailleurs ne variera pas pour cette reprise, puisqu'il s'agira encore de la sécurité routière. J'ai eu l'occasion depuis 2 années de faire l'expérience des méfaits de la politique du permis à points et du radar, puisque j'ai perdu mon permis il y a maintenant 2 ans et demi, et que je ne l'ai toujours pas récupéré, ce qui ne m'empêche pas de continuer à conduire, puisque le besoin d'un transport autonome se fait sentir cruellement quand on habite la banlieue, et qu'il n'y a aucune raison de respecter une injonction judiciaire ou policière à ne plus conduire, dans la mesure où je m'estime parfaitement apte à le faire (ce n'est pas forcément le cas de tous ceux qui ont encore le leur de permis, je pense notamment aux plus jeunes n'ayant pas fait l'expérience de la route), et que je suis surtout la victime, parmi des milliers voire des millions de français, de la politique absurde en matière de sécurité routière, qui a été mené depuis environ 10 ans, et renforcé progressivement, au fur et à mesure de l'installation de ces jackpots policiers que sont les radars automatiques, ainsi que du durcissement des limitations de vitesse et des restrictions diverses dans la conduite automobile.
La justification des autorités pour cette politique, on la connait : c'est la baisse du nombre de morts et d'accidents sur la route, décrétée cause nationale, sans d'ailleurs que qui que ce soit ait été consulté parmi les électeurs. C'est d'abord en cela que le paternalisme politique se manifeste : l'Etat décide de ce qui est bien pour nous, et nous n'avons qu'à exécuter les décisions qu'il prend à notre place. Aucune contestation n'est possible, puisque l'Etat-facho, l'Etat-garde chiournes en a décidé ainsi : et l'on ose encore nous parler de souveraineté populaire ! Ce concept clef des régimes républicains ou démocratiques est inscrit dans la Constitution, mais elle n'a guère d'application que lorsqu'il s'agit de voter pour Pierre ou Paul, autrement dit bonnet blanc ou bonnet blanc, afin de garnir les bancs de l'Assemblée Nationale, et donner ainsi une caution à un système qui constitue un déni de démocratie directe ou même participative. Pour ma part, j'ai décidé une bonne fois pour toutes de ne plus participer à aucune de ces mascarades électorales, à moins qu'on me consulte un jour pour me demander ce que je pense de la politique de sécurité routière, de la loi sur le mariage pour tous, ou de la loi pénalisant les clients de la prostitution. Mais dans ces domaines, les pouvoirs se gardent bien de consulter les citoyens, et préfèrent voter dans leur coin des lois dont ils savent pertinemment qu'elles sont impopulaires. Et c'est cela qu'on nomme "la souveraineté populaire" : donner le pouvoir à des représentants du peuple qui voteront ce qu'ils voudront, et contre l'intérêt des citoyens, dont ils se prétendent être les interprètes les plus éclairés ! Comment ne pas devenir anti-parlementariste dans ces conditions ! On comprend mieux tout le rejet populaire dont cette "démocratie parlementaire", qui n'a de démocratie que de nom, peut faire l'objet parmi tant de français ! Toujours est-il que je refuse de lui donner la caution de mon vote, en ce qui me concerne, ce qui ne changera pas grand chose aux résultats finaux des consultations électorales, de toute façon.
Pour en revenir au sujet qui m'intéresse, la sécurité routière, il faut observer de quelle manière le nombre de vies sauvées grâce à cette politique devient l'alibi qui sert à justifier auprès du grand public une législation inique et inepte (un peu comme la représentation des intérêts populaires par les "élus du peuple" devient l'alibi pour justifier un système politique qui va à l'encontre de l'intérêt des individus). Tout d'abord, on nous brandit les chiffres très fantaisistes du nombre de morts prévisibles en cas de baisse des limitations routières. C'était encore le cas récemment avec la baisse annoncée des limitations de vitesse sur le périphérique parisien. D'où sort-on ces chiffres ? D'un chapeau de magicien probablement ! Les fonctionnaires de l'Etat sont pourtant bien incapables de nous donner des prévisions de croissance économique ou de météorologie fiables, et ils voudraient encore nous informer d'une baisse du nombre de morts hypothétiques ! La vérité, c'est que dans les statistiques brandies fièrement par l'Etat et ses "experts" (payés par ses soins, et donc pas vraiment impartiaux), il y a une conjonction de causes qui concourent à améliorer la sécurité sur les routes, et que les limitations de vitesse n'est que l'une de ces causes. De telles statistiques ne sont que de la poudre aux yeux destinée à cautionner l'usage intensif et sournois de radars automatiques qui servent surtout à remplir les caisses d'un Etat "en situation virtuelle de faillite" (comme l'affirmait l'ancien premier ministre Fillon). D'autres causes, telles que l'amélioration de l'état des routes (quand l'Etat prend la peine d'y veiller, ce qui n'est pas toujours le cas), mais aussi de l'état des véhicules, la vigilance à l'égard de l'absorption d'alcool et de stupéfiants, à l'égard de la somnolence, contribuent à l'amélioration globale de la sécurité routière. Il ne s'agit pas pour moi de défendre une absence totale de limite de vitesse sur les routes, mais de dénoncer à la fois les limitations abusives et trop strictes qui ne prennent pas en compte la capacité du conducteur à maitriser son véhicule, et l'hypocrisie qui consiste à nous faire croire que l'Etat ne songerait qu'à notre bien (comme si nous n'étions pas nous-mêmes capables de le connaitre sans la menace policière qu'il agite en permanence), quand il déguise, en vérité, une politique de taxation et d'impôt routier en politique bienveillante de défense de l'intérêt des conducteurs. Les conducteurs ne sont ainsi que les vaches à lait, les moutons tondus sur place, dont l'Etat récolte à la fois le lait et la laine. On pourrait d'ailleurs ajouter à cet "impôt policier", comme le nomme judicieusement l'ancien commissaire de police Philippe Vénère, les taxes de stationnement, judicieusement disposées par les municipalités pour engranger le plus de bénéfice (tout comme les radars automatiques, d'ailleurs), près des gares, des stations de métro et de RER, et partout où les citoyens-conducteurs éprouvent un besoin bien légitime de stationner. Il ne s'agit pas de favoriser la "rotation des véhicules" (comme il est dit hypocritement dans les arrêtés municipaux), pour que tout le monde en profite, mais de remplir les caisses des collectivités locales.
Ce qu'il faut ici critiquer, c'est l'idée d'une politique proprement paternaliste, au sens d'une approche infantilisante et déresponsabilisante, puisqu'elle dénie toute capacité au conducteur à estimer la dangerosité de sa conduite en fonction de critères objectifs (état de la route et du trafic, configuration de la route et disposition des autres véhicules), appliquée prétendument dans l'intérêt des conducteurs eux-mêmes, mais en vérité dans la privation de toute capacité d'autonomie et de liberté individuelle. Les crocs de la contrainte policière se sont progressivement refermés sur la jambe des citoyens, depuis 10 ans, lesquels ont perdu la prise en considération de leur vigilance, à partir du moment où celle-ci s'écarterait des limites souvent arbitrairement décidée par la police et par l'Etat, alors même que ces limitations de vitesse deviennent chaque jour plus réduite, et que l'Etat affirme son désir de réduire encore davantage le nombre de morts sur les routes, ce qui ne signifie rien d'autre que ceci : les conducteurs vont être encore plus taxés et flashés, ils perdront encore plus de points sur leur permis, et davantage de permis vont être retirés, ce qui signifiera que davantage de conducteurs vont rouler sans permis.
Tous ces "morts sauvées", ou ces "accidentés de la route évités", personnellement, je n'en fais pas partie, mais par contre je fais partie des milliers de conducteurs qui se sont vus du jour au lendemain flashés et taxés de centaines, voire de milliers d'euros d'amendes à payer, qui ont perdu progressivement tous leurs points sur leur permis, sans qu'aucun accident n'en soit la cause, et qui doivent attendre 2 ans, voire davantage, puisque le nombre d'inspecteurs du permis de conduire n'a pas été augmenté dans l'intervalle, pour repasser leur code, ou leur conduite. Et l'on voudrait que nous acquiescions à une telle politique ? Et l'on voudrait que nous soyons d'accord avec une politique qui prétend agir dans notre intérêt, alors qu'elle ne fait que nous priver de notre argent, de nos moyens d'actions et de déplacement et de notre tranquillité ? La sécurité routière peut et doit être conçue dans l'intérêt des automobilistes, et non pas contre leur volonté et dans la privation de leur liberté individuelle. Si c'est vraiment le souhait sincère de l'Etat (mais j'en doute) de servir l'intérêt commun, alors il faut que celui-ci conçoive qu'une politique en la matière doit se faire en cohérence avec les libertés individuelles et avec la capacité d'autonomie et de discernement des conducteurs (surtout des plus expérimentés et des plu prudents, au vu de leurs statistiques réelles et fondées en matière d'accidents), et non pas en imposant d'une manière aussi absurde que maintenant un respect scrupuleux, mais aveugle et borné (comme seuls les flics en sont capables !) des limitations de vitesse, ainsi que des règles de circulation automobile. Il faudrait surtout que cesse la politique imbécile et obstinée du permis à points, dont on ne peut par exemple récupérer l'intégralité qu'au bout d'une période de 3 ans sans infraction (ce qui devient hautement improbable au vu de la multiplication des radars fixes, mais aussi des radars embarqués dans des voitures banalisées de la police, qui doivent faire leur apparition prochainement). Cela conduit finalement à faire peser à vie la menace permanente d'une perte intégrale et imminente de tous les points. Il faudrait enfin que les citoyens cessent d'être pris pour des criminels en puissance, auxquels on ne peut accorder aucun crédit ni aucune confiance. Il faudrait, enfin, que l'Etat, et les politiques, se souviennent qu'ils ne doivent leur pouvoir qu'à la souveraineté populaire, et que celle-ci, comme le prévoit la constitution, les citoyens sont fondés à la reprendre, s'ils estiment qu'on en abuse, et qu'elle est exercée contre leur intérêt. Mais pour cela, il faudrait que les citoyens-conducteurs se réveillent, et comprennent qu'on les abuse, et qu'ils seraient fondés à exiger de leurs gouvernants qu'ils cessent de les tondre comme des moutons, et qu'ils les respectent. Mais ça, c'est une autre histoire. En ce qui me concerne, en tous cas, mon choix est fait. Et vous ?
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