En relisant les moralistes français tels que La Rochefoucaud ou Chamfort, mais aussi tous les romanciers qui ont analysé la psychologie féminine (auxquels on pourrait ajouter tous ceux qui, dans la littérature mondiale, ont suivi la voie tracée par ces auteurs , je pense en particulier à Nietzsche, par exemple, dans le chapitre 4 de Par-delà Bien et Mal), on peut trouver nombre d'observations relatives à une forme de mauvaise foi typique du "beau sexe", ou du "sexe faible", comme on se plait parfois à le désigner. Ces observations, ces analyses des profondeurs inavoués et inavouables de la psyché de la femme, nous pouvons en outre les confirmer par nos propres observations. Il y en a en effet chez la plupart des femmes une mauvaise foi qui consiste à cultiver toutes les apparences de la séduction, sans oser s'avouer franchement à elles-mêmes que tel est leur dessein. La plupart des femmes exhibent et cultivent sur elles-mêmes ces marques caractéristiques de la "désirabilité", ou du sex appeal, manifestations qui ont la particularité d'exciter le désir sexuel, sensuel ou amoureux chez les hommes (je parle pour les hétéros, mais les lesbiennes elles-mêmes n'échappent pas à cette règle le plus souvent), en mettant notamment les formes de leur corps en valeur par divers vêtements (bas, robes, jupes, bottes en cuir moulantes, talons qui font saillir le mollet, chevelure coiffée et travaillée, etc...). Mais la mauvaise foi les conduit à prétendre qu'elles ne font cela que pour elles, et qu'il n'y a donc pas lieu de leur en tenir rigueur, ou au contraire de vouloir y trouver une raison pour les draguer : voilà bien une justification malhonnête et hypocrite ! Car les femmes mettraient-elles tant de soin à rendre leur corps attirant et désirable s'il n'y avait aucune paire d'yeux masculins pour les regarder et les trouver séduisantes ? Elles peuvent bien prétendre en effet que ce soin se fait selon un critère strictement individuel, et qu'il ne s'agit donc que d'une forme de dandysme strictement égoïste (comme si c'était une justification plus estimable et plus louable !), ou qui ne concerne que les femmes entre elles. Il n'en demeure pas moins que cette culture de l'apparence suit les règles aisément reconnaissables pour l'homme de ce qui rend ce corps attirant d'un point de vue sexuel, en soulignant les formes et en rendant celles-ci visibles de manière manifeste pour le regard masculin. Dès lors, leur mauvaise foi les conduit à affirmer que cette séduction, qui met en émoi la libido masculine, et entraîne chez la plupart des hommes la déception de voir que cette "promesse de bonheur" que constitue la beauté de l'apparence féminine (pour reprendre l'expression de Stendhal) ne débouche sur aucune satisfaction du désir ainsi suscité, mais qu'il engendre au contraire la frustration d'une excitation (ou d'un "appel" sensuel) qui n'est pas satisfait. Les femmes ne se privent d'ailleurs pas de manifester par leur visage désagréable et fermé (ainsi qu'on peut le constater dans les rues de grandes villes) leur refus de tout contact inopportun avec un inconnu, que leur attrait aurait pu pousser à chercher la rencontre et la conversation avec la belle inconnue ainsi croisée. De sorte que la mauvaise foi se manifeste ainsi de manière ostensible par le contraste entre l'omniprésence des signes sexuels perceptibles envoyés par les femmes cultivant leur sex-appeal (signes visuels et olfactifs, qui sont autant de signaux clairement identifiables pour le désir masculin, tout comme le sont les signaux envoyés par les femelles du règne animal inférieur perceptibles par les mâles de la même espèce, par exemple les phéromones dégagées par les femelles en chaleur, la modification de la couleur du pelage ou du plumage, excroissance momentanée des organes sexuels visibles, etc...), et le déni de cette sexualisation de l'apparence manifesté par l'indifférence, voire le dédain affichés à l'égard des représentants du sexe masculin croisés dans l'espace public. On voit ainsi comment ces éléments de la culture et de la civilisation de l'apparence et de la séduction sexuelle sophistiquée que sont les apparats féminins sont des décalques ou des amplifications des signes naturels de la séduction et de l'attirance sexuelle, mais plus élaborés, et marqués par le sceau du travail et de la création propres à la civilisation. Le parfum des femmes renvoie ainsi au phénomène de l'attirance naturelle par les phéromones dégagées par la femelle en état de rut, afin d'avertir les mâles de leur état de fécondité potentielle. Les femmes sont trop imbues d'elles-mêmes pour accepter qu'on leur jette au visage une vérité aussi crue et aussi blessante pour leur amour-propre, mais il n'en demeure pas moins que l'usage du parfum reproduit un mécanisme strictement naturel d'attraction sexuelle : le parfum fait à l'homme, chez qui l'instinct sexuel primaire n'est jamais totalement éteint, mais seulement refoulé par les instances morales de la société (voir les analyses éclairantes de Freud dans Malaise dans la civilisation sur cette question), autant d'effet qu'un flux de phéromone féminine dans la narine du mâle, et c'est à dessein, ou sans oser se l'avouer, que les femmes en usent ainsi, car elles ne font que reproduire un mécanisme naturel de la séduction, même s'il est plus élaboré. La parure du vêtement use du même procédé.
Les femmes peuvent bien continuer à prétendre qu'il ne s'agit pour elles que d'un loisir, et que la culture de leur apparence, dont elles sont si imbues, ne répond qu'à une aspiration esthétique d'ordre intellectuel noble et estimable (car ce qui relève de l'âme ou de l'esprit est naturellement valorisé par rapport à ce qui relève du corps, dans notre civilisation) : il ne s'agit en vérité que d'une manifestation psychiquement acceptable d'une séduction sexuelle, dont les hommes sont à la fois les destinataires (quel serait encore le souci de l'apparence chez la femme s'il n'y avait aucun homme pour les regarder, ou même aucune femme auprès de qui se faire valoir ? Et parmi tous les hommes croisés en une journée sur les trottoirs de Paris, Londres ou New-York, il y en aura bien dont les regards attentifs et captivés flatteront l'égo de ces dames ! Plus généralement, c'est l'idée même d'être l'objet des regards inconnus qui rassure la personne, même si la froideur affiché par les femmes semblent démentir leur intérêt pour le regard d'autrui), et les victimes (puisque parmi tous ces hommes ainsi émoustillés, il y en aura beaucoup, pour ne pas dire la totalité, qui n'auront que la frustration d'un désir jamais satisfait). Si Sartre prend l'exemple, dans le chapitre 2 de la première partie de L'Etre et le néant, d'un cas typique de refoulement féminin du contenu sexuel d'une conduite de séduction amoureuse ou sexuelle masculine (prendre la main d'une femme convoitée, qui se laisse faire et abandonne à la main de l'homme cette partie d'elle-même qu'elle ne vit plus que comme une chose détachée d'elle-même), pour illustrer le phénomène, qualifié par lui d'"existentiel", de la mauvaise foi, ce n'est sans doute pas pour rien. N'en déplaise à l'anti-psychologisme ou à l'anti-freudisme sartrien, il s'agit bien d'une caractéristique essentiel de la psyché empirique féminine de vouloir démentir par des paroles ou par un comportement de déni de l'instinct sexuel dans les actions humaines : qu'il s'agisse d'une entreprise masculine face à laquelle elle se représente elle-même comme une "victime" passive ou "objectifiée", ou de la conduite ou l'apparence de séduction qu'elle manifeste, elle ne cesse, dans les deux cas, de manifester l'instinct sexuel qui se manifeste par la séduction, c'est-à-dire par l'attrait de l'apparence susceptible de déclencher l'action et la tentative de conquête. La Rochefoucauld ou La Bruyère ne font pas autrement lorsque, dans les Maximes de l'un ou dans les Caractères de l'autre, ils nous dépeignent la psyché de la coquette, qui ne cherche rien d'autre qu'à séduire, mais déguise son ambition par les apparences de la vertu; ou qui ne blâme la séduction des autres femmes que lorsqu'elle n'a plus les moyens physiques d'y parvenir elle-même ("la femme apprend à haïr dans la mesure où elle désapprend à charmer", écrivait Nietzsche dans Par-delà Bien et Mal, chapitre 4, maxime 84).
Finalement, on pourrait dire que chez toute femme il n'y a une coquette qui sommeille, et jamais bien longtemps : du moins sait-elle assez se dissimuler pour se faire passer pour une esthète, une personne raffinée, amoureuse du beau, mettant à distance d'elle-même tout ce qui relève du sexuel.
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