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vendredi 10 janvier 2014

Le féminisme d'hier et celui d'aujourd'hui :

La forme actuelle de féminisme qui prétend imposer l'interdiction de la prostitution est une forme dévoyée et bourgeoise du féminisme soixante-huitard. Les féministes des années 60/70 défendaient, dans la lignée du libertarisme en vogue alors dans les rangs de la nouvelle gauche, la droit de vivre contre l'oppression des pouvoirs, qu'ils soient moraux, économiques, religieux, sociaux ou politiques. Elles luttaient, conjointement avec les homosexuels, pour le droit d'être reconnus comme tels dans leur pratique sexuelle ou amoureuse, sans se voir inquiéter par la police et la réglementation étatique, contre l'oppression masculine des maris exigeants, des supérieurs hiérarchiques sollicitant des faveurs sexuels contre de l'avancement, des violeurs, etc... Ces féministes étaient souvent considérés comme des marginales, des passionarias relevant la tête contre le conformisme social, contre la soumission au pouvoir masculin, sous quelque forme qu'il se présente.
Aujourd'hui, il semblerait que le féminisme défendu par des personnes issues des classes bourgeoises, ayant des responsabilités sociales, politiques ou économiques, s'inspire davantage des méthodes et d'une idéologie contre laquelle s'élevait la protestation libertaire de 68. En tant que groupe de pression réclamant l'interdiction de la prostitution, par exemple, le féminisme abolitionniste se conforme aux méthodes d'agir qui étaient celles des ligues de vertu américaines, lorsqu'elles ont réussi à faire voter par le parlement américain la prohibition de la consommation de l'alcool au début du 20e siècle, avec les conséquences négatives que l'on sait : gangstérisme et trafic, développement des « clandés », exil des américains fortunés en Europe, où une telle législation n'existait pas, etc.. Cette action n'a certainement pas obtenu l'effet recherché : mettre dans les têtes l'idée selon laquelle l'alcool était mauvais et sa consommation à la fois insalubre et immorale ; elle a plutôt été la manifestation du rejet de la loi et l'autorité de l'Etat américain, lequel, alerté par de telles manifestations antisociales et anti-autoritaires, a préféré à cette législation plutôt que de perdre définitivement tout le respect et l'obéissance des citoyens américains. Aujourd'hui, le féminisme abolitionniste suit la même voie : la voie de la contrainte policière, puisque si celui-ci parvient à ses fins, ce sera en définitive à des policiers que les clients et les prostituées auront affaire lorsqu'ils seront confrontés à l'autorité publique qui se chargera se faire appliquer cette loi (et l'on se doute combien cela serait difficile, notamment lorsqu'il s'agit de prostitution se passant par internet, où les moyens de contrôle policier sont moins aisés à mettre en œuvre). De tout cela il découle donc une policiarisation de l'idéologie féministe, qui semble ainsi à mille lieue de l'esprit anti-autoritaire des années 60/70. L'idéologie féministe abolitionniste retrouve donc la voie du moralisme revendicatif inspiré des normes religieuses et bourgeoises traditionnelles, telle que l'Histoire nous en a donné des exemples (ligues de vertu américaines, associations de sobriété alcoolique française, etc..), qui alterne le paternalisme déresponsabilisant et l'appel à l'intervention policière des pouvoirs publics, pour mettre au pas tous ces récalcitrants qui se refusent à admettre les normes et les interdits moraux que ce moralisme défend.
On voit ainsi comment un groupe de pression associatif défendant une idéologie ou une politique publique, peut réussir à imposer à la collectivité ses propositions et ses interdits, sans que celle-ci soit consultée : il en résulte une présence plus envahissante de la domination policière au sein du corps social. C'est ce que nous a montré l'exemple des groupes de pression concernant la sécurité routière, qui ont inspiré la politique absurde des radars et de la sanction policière aveugle et automatique à l'égard des dépassements de vitesse, les ligues de vertu qui ont inspiré la loi américaine de la prohibition de l'alcool, et demain, peut-être, la loi sanctionnant le recours à la prostitution. Dans tous les cas, c'est toujours au nom d'une idéologie prétendant imposant la sécurité, la santé ou la dignité aux individus contre eux-mêmes, et sans les consulter, que se réalisent la mise en œuvre et l'application du dessein public, qui ne tend à rien d'autre qu'à accroître sur le corps social le contrôle policier, mais aussi la défiance à l'égard d'un Etat omnipotent et envahissant.
Le féminisme abolitionniste est donc un traitre à la cause du libertarisme soixante-huitard.
Le projet actuel du féminisme ne vise à rien d'autre qu'à la castration morale , sociale et et politique des hommes. Ce mouvement, qui était né pour défendre des droits égaux en matière sociale et politique, en vient aujourd'hui à pratiquer une forme de censure morale et politique à l'égard des pratiques sexuelles masculines. Qu'il s'agisse de pornographie ou de prostitution, il s'agit bien, sous couvert de défendre la « dignité des femmes » dans leur ensemble, d'empêcher les hommes d'éprouver du plaisir aussi bien dans la représentation de l'acte sexuel, que dans la pratique d'une sexualité tarifée. La vérité du féminisme vindicatif et castrateur s'avère ainsi avoir été exposée dans le SCUM Manifesto, rédigée par Valérie Solanas dans les années 60. Couper les couilles des hommes, en leur empêchant d'éprouver un plaisir qui se ferait « au détriment » de la femme : voilà comment les féministes ne font que ranimer le contenu des morales antiques, pour lesquelles il y avait une perte de l'honneur dans le fait de se voir pénétré, ou de jouer un rôle passif dans le rapport sexuel (cf M. Foucault, Histoire de la sexualité).
Chacun sait pourtant que l'acte sexuel s'enrichit de l'imaginaire de la représentation de l'acte lui-même effectué par d'autres, et cette représentation se nourrit volontiers de mise en scène du partenaire sexuel comme être dominé, ou du moins asservi au désir de l'autre : c'est ce que Sartre nomme, dans l'Etre et le Néant, l'objectification de l'autre à travers l'emprise de son corps (c'est la relation à autrui qui prend la forme d'une telle objectification dans l'acte sexuel). En cela, il y a toujours une tendance au sado-masochisme dans l'acte sexuel, à travers cette idée de l'objectification et de la manipulation du corps de l'autre, sans que cela implique une souffrance ou une douleur corporelle aigüe : le simple fait de prendre le corps de l'autre dans une position dite « en levrette », en fournirait une bonne illustration, puisque la jouissance s'augmente, pour l'homme comme pour la femme, par cette soumission et cette manipulation du corps de l'autre comme d'un objet dont on se saisit pour réussir l'acte sexuel (mais également pour la femme dans le fait d'être saisie). L'imaginaire sexuel se nourrit de cette représentation, mais les féministes voudraient précisément y mettre fin, et donc asservir et contrôler l'imaginaire sexuel masculin selon leurs propres normes, qui seraient celles du « sexuellement correct », à l'image des normes de pensée du « politiquement correct », qui ont fait des ravages en Amérique, avant de venir en Europe semer leur zizanie, en prétendant imposer et contrôler les pensées et les jugements masculins à l'égard des femmes.
En matière de prostitution, quoi qu'on puisse penser des conditions de travail et d'existence des personnes qui se prostituent (hommes et femmes), on peut néanmoins constater que toutes ces personnes ne sont pas asservies à des réseaux mafieux ou à des proxénètes, ainsi que leurs propres témoignages le montre (voir le livre de Lilian Mathieu, La condition prostituée). Les personnes indépendantes mentalement et économiquement (grâce à leur commerce) existent bel et bien, ce que ne peuvent entendre les féministes, aveuglées qu'elles sont par leurs normes morales et leurs exigences politiques, qui se manifestent par un lobbying intense auprès des représentants du peuple et des décideurs politiques. Qui ne voit le bénéfice et l'avantage que constituent (ou constituaient, si l'on parle de la France d'avant la loi Marthe Richard) l'existence de maisons de passe, de tolérance ou de prostitution, selon le terme qu'on veut bien leur donner ? La possibilité de pouvoir satisfaire ses désirs sans avoir à passer par l'intermédiaire long, douloureux, et ô combien incertain de la séduction et de la drague est, pour l'homme, une possibilité réjouissante et rassurante. Or cette force de la libido, et ce bonheur de la satisfaire, semblent une caractéristique proprement masculine, puisque les femmes sont tellement réticentes à satisfaire leurs désirs sexuels avec rapidité et facilité, ainsi que nous le montre, entre autres, la fréquentation de sites de rencontres amoureuses, et même libertines : la sollicitude des hommes se heurte constamment aux refus affichés par les femmes de participer à toute forme de relation uniquement centrée sur le sexe, laquelle est regardée par elles comme dégradantes et vulgaires (à croire qu'elles subliment leur sexualité autrement plus que les hommes !). Soit qu'on explique cette différence par des causes physiologiques ou culturelles, le constat d'une telle différence s'impose en la matière. Le bordel présente alors simplement l'avantage pour l'homme d'être un endroit où il est sûr de pouvoir satisfaire ses désirs, en l'échange d'une certaine somme d'argent, sans avoir à parler et tenter de briller par son verbiage auprès d'un potentiel objet de conquête, tout comme la femme est sûre de trouver les vêtements et autres objets dont elle a envie dans les magasins, lui permettant ainsi de satisfaire son désir de parure dont elles semble tellement friandes, du moins tellement plus que les hommes ! Au nom de quoi devrait-on refuser aux hommes le plaisir et la joie de satisfaire leurs désirs en se rendant au bordel, ou dans tout autre lieu consacré à cela ? Le désir sexuel serait-il tellement honteux et impur, que le fait de le satisfaire d'une manière expéditive avec une inconnue, en l'échange d'une somme d'argent le rende assimilable à un crime ou à une indignité répréhensible ? Ne serait-ce pas le vieux fonds de morale judéo-chrétienne qui referait surface au travers de cette normativité féministe ? Le mélange d'argent et de sexe est en effet, aux yeux de cette morale, un mal absolu, qu'il convient de combattre. Le combat abolitionniste des féministes est ainsi une réactualisation de la vieille morale judéo-chrétienne, elle-même reprise par les égalitaristes socialistes. Sur cette question, l'analyse qu'on peut faire de la revendication socialiste ne diffère guère de celle des féministes (cf. Nietzsche et la critique de la revendication pour des « droits égaux », que le philosophe condamne à la manière de Calliclès critiquant Socrate, et défendant le « droit naturel » contre le droit positif, dans le Gorgias de Platon).
Le bordel guérit l'homme d'une souffrance : celle de convoiter un bien (le corps de la femme) qu'il ne peut ou qu'il a du mal à obtenir, et ce, à l'époque où le féminisme semble rendre les femmes toujours plus réticentes à céder aux avances masculines, la crainte pesant toujours sur celles-ci de n'être qu'une forme de harcèlement. Cette crainte a été en grande partie alimentée par la propagande féministe en la matière.
Il semble ainsi que nous soyons confrontés à une « question sexuelle », à l'image de la « question sociale «  qui a agité les peuples et les esprits depuis le commencement de l'ère industrielle au 19e siècle, et le développement d'un prolétariat de masse, confronté aux capitalistes bourgeois détenteurs des capitaux et moyens de production.
La question qui se pose est alors celle de la satisfaction que les hommes et les femmes cherchent à donner à leurs pulsions sexuelles, sachant qu'ils sont confrontés aux dilemmes de voir leurs aspirations en la matière être souvent opposés. S'ils n'ont pas la même façon d'envisager cette satisfaction, le malentendu est inévitable. Et si la pornographie existe depuis si longtemps, c'est bien pour répondre à la libido masculine (mais aussi de toute femme « désirante »), en proposant une représentation propre à donner satisfaction à l'imaginaire sexuel. De la même façon, si la prostitution existe depuis si longtemps, c'est pour donner satisfaction aux hommes, en chargeant une minorité de femmes de satisfaire leurs envies en la matière, ce que ne semblent pas en état de faire (ou ne veulent simplement pas le faire) le reste de la population féminine. En confiant cette tâche à des femmes que les hommes rémunèrent pour cela, il s'opère simplement une division des tâches sexuelles entre les femmes qui subliment leur sexualité, celles qui se satisfont de leur rôle de génitrice, celles qui se contentent de quelques saillies occasionnelles ou régulières au sein du couple, celles qui s'adonnent une sexualité libertine plus ouverte mais toujours (ou le plus souvent choisie), et enfin celles qui se chargent de satisfaire la demande masculine massive en la matière, en l'échange d'une rémunération. Mais les féministes ne l'entendent pas de cette oreille, en voulant interdire et contrôler cette division des tâches selon leur propre norme des rapports hommes/femmes.
Il conviendrait au contraire de réhabiliter et de montrer sous un jour favorable la vie dans les maisons de tolérance, ou de passe, afin d'exposer que rien d'ignoble ne s'y déroule, mais qu'au contraire, on y veille à satisfaire des besoins naturels autrement plus essentiels que les besoins de parure proprement féminins, en l'échange d'une rémunération bienvenue pour des femmes qui ne trouvent pas toujours ce qu'elles cherchent sur le marché du travail non-sexuel.

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