La forme actuelle de
féminisme qui prétend imposer l'interdiction de la
prostitution est une forme dévoyée et bourgeoise du
féminisme soixante-huitard. Les féministes des années 60/70
défendaient, dans la lignée du libertarisme en vogue alors
dans les rangs de la nouvelle gauche, la droit de vivre contre
l'oppression des pouvoirs, qu'ils soient moraux, économiques,
religieux, sociaux ou politiques. Elles luttaient, conjointement avec
les homosexuels, pour le droit d'être reconnus comme tels dans leur
pratique sexuelle ou amoureuse, sans se voir inquiéter par la police
et la réglementation étatique, contre l'oppression masculine des
maris exigeants, des supérieurs hiérarchiques sollicitant des
faveurs sexuels contre de l'avancement, des violeurs, etc... Ces
féministes étaient souvent considérés comme des marginales, des
passionarias relevant la tête contre le conformisme social, contre
la soumission au pouvoir masculin, sous quelque forme qu'il se
présente.
Aujourd'hui, il
semblerait que le féminisme défendu par des personnes issues des
classes bourgeoises, ayant des responsabilités sociales, politiques
ou économiques, s'inspire davantage des méthodes et d'une idéologie
contre laquelle s'élevait la protestation libertaire de 68. En tant
que groupe de pression réclamant l'interdiction de la prostitution,
par exemple, le féminisme abolitionniste se conforme aux méthodes
d'agir qui étaient celles des ligues de vertu américaines,
lorsqu'elles ont réussi à faire voter par le parlement américain
la prohibition de la consommation de l'alcool au début du 20e
siècle, avec les conséquences négatives que l'on sait :
gangstérisme et trafic, développement des « clandés »,
exil des américains fortunés en Europe, où une telle législation
n'existait pas, etc.. Cette action n'a certainement pas obtenu
l'effet recherché : mettre dans les têtes l'idée selon
laquelle l'alcool était mauvais et sa consommation à la fois
insalubre et immorale ; elle a plutôt été la manifestation du
rejet de la loi et l'autorité de l'Etat américain, lequel, alerté
par de telles manifestations antisociales et anti-autoritaires, a
préféré à cette législation plutôt que de perdre définitivement
tout le respect et l'obéissance des citoyens américains.
Aujourd'hui, le féminisme abolitionniste suit la même voie :
la voie de la contrainte policière, puisque si celui-ci
parvient à ses fins, ce sera en définitive à des policiers que les
clients et les prostituées auront affaire lorsqu'ils seront
confrontés à l'autorité publique qui se chargera se faire
appliquer cette loi (et l'on se doute combien cela serait difficile,
notamment lorsqu'il s'agit de prostitution se passant par internet,
où les moyens de contrôle policier sont moins aisés à mettre en
œuvre). De tout cela il découle donc une policiarisation de
l'idéologie féministe, qui semble ainsi à mille lieue de l'esprit
anti-autoritaire des années 60/70. L'idéologie féministe
abolitionniste retrouve donc la voie du moralisme revendicatif
inspiré des normes religieuses et bourgeoises traditionnelles, telle
que l'Histoire nous en a donné des exemples (ligues de vertu
américaines, associations de sobriété alcoolique française,
etc..), qui alterne le paternalisme déresponsabilisant et l'appel à
l'intervention policière des pouvoirs publics, pour mettre au pas
tous ces récalcitrants qui se refusent à admettre les normes et les
interdits moraux que ce moralisme défend.
On voit ainsi comment un
groupe de pression associatif défendant une idéologie ou une
politique publique, peut réussir à imposer à la collectivité ses
propositions et ses interdits, sans que celle-ci soit consultée :
il en résulte une présence plus envahissante de la domination
policière au sein du corps social. C'est ce que nous a montré
l'exemple des groupes de pression concernant la sécurité routière,
qui ont inspiré la politique absurde des radars et de la sanction
policière aveugle et automatique à l'égard des dépassements de
vitesse, les ligues de vertu qui ont inspiré la loi américaine de
la prohibition de l'alcool, et demain, peut-être, la loi
sanctionnant le recours à la prostitution. Dans tous les cas, c'est
toujours au nom d'une idéologie prétendant imposant la sécurité,
la santé ou la dignité aux individus contre eux-mêmes, et sans les
consulter, que se réalisent la mise en œuvre et l'application du
dessein public, qui ne tend à rien d'autre qu'à accroître sur le
corps social le contrôle policier, mais aussi la défiance à
l'égard d'un Etat omnipotent et envahissant.
Le féminisme
abolitionniste est donc un traitre à la cause du libertarisme
soixante-huitard.
Le projet actuel du
féminisme ne vise à rien d'autre qu'à la castration morale ,
sociale et et politique des hommes. Ce mouvement, qui était né
pour défendre des droits égaux en matière sociale et politique, en
vient aujourd'hui à pratiquer une forme de censure morale et
politique à l'égard des pratiques sexuelles masculines. Qu'il
s'agisse de pornographie ou de prostitution, il s'agit bien, sous
couvert de défendre la « dignité des femmes » dans leur
ensemble, d'empêcher les hommes d'éprouver du plaisir aussi bien
dans la représentation de l'acte sexuel, que dans la pratique d'une
sexualité tarifée. La vérité du féminisme vindicatif et
castrateur s'avère ainsi avoir été exposée dans le SCUM
Manifesto, rédigée par Valérie Solanas dans les années 60.
Couper les couilles des hommes, en leur empêchant d'éprouver un
plaisir qui se ferait « au détriment » de la femme :
voilà comment les féministes ne font que ranimer le contenu des
morales antiques, pour lesquelles il y avait une perte de l'honneur
dans le fait de se voir pénétré, ou de jouer un rôle passif dans
le rapport sexuel (cf M. Foucault, Histoire de la sexualité).
Chacun sait pourtant que
l'acte sexuel s'enrichit de l'imaginaire de la représentation de
l'acte lui-même effectué par d'autres, et cette représentation se
nourrit volontiers de mise en scène du partenaire sexuel comme être
dominé, ou du moins asservi au désir de l'autre : c'est ce que
Sartre nomme, dans l'Etre et le Néant, l'objectification de
l'autre à travers l'emprise de son corps (c'est la relation à
autrui qui prend la forme d'une telle objectification dans l'acte
sexuel). En cela, il y a toujours une tendance au sado-masochisme
dans l'acte sexuel, à travers cette idée de l'objectification et de
la manipulation du corps de l'autre, sans que cela implique une
souffrance ou une douleur corporelle aigüe : le simple fait de
prendre le corps de l'autre dans une position dite « en
levrette », en fournirait une bonne illustration, puisque la
jouissance s'augmente, pour l'homme comme pour la femme, par cette
soumission et cette manipulation du corps de l'autre comme d'un objet
dont on se saisit pour réussir l'acte sexuel (mais également pour
la femme dans le fait d'être saisie). L'imaginaire sexuel se nourrit
de cette représentation, mais les féministes voudraient précisément
y mettre fin, et donc asservir et contrôler l'imaginaire sexuel
masculin selon leurs propres normes, qui seraient celles du
« sexuellement correct », à l'image des normes de pensée
du « politiquement correct », qui ont fait des ravages en
Amérique, avant de venir en Europe semer leur zizanie, en prétendant
imposer et contrôler les pensées et les jugements masculins à
l'égard des femmes.
En matière de
prostitution, quoi qu'on puisse penser des conditions de travail et
d'existence des personnes qui se prostituent (hommes et femmes), on
peut néanmoins constater que toutes ces personnes ne sont pas
asservies à des réseaux mafieux ou à des proxénètes, ainsi que
leurs propres témoignages le montre (voir le livre de Lilian
Mathieu, La condition prostituée). Les personnes
indépendantes mentalement et économiquement (grâce à leur
commerce) existent bel et bien, ce que ne peuvent entendre les
féministes, aveuglées qu'elles sont par leurs normes morales et
leurs exigences politiques, qui se manifestent par un lobbying
intense auprès des représentants du peuple et des décideurs
politiques. Qui ne voit le bénéfice et l'avantage que constituent
(ou constituaient, si l'on parle de la France d'avant la loi Marthe
Richard) l'existence de maisons de passe, de tolérance ou de
prostitution, selon le terme qu'on veut bien leur donner ? La
possibilité de pouvoir satisfaire ses désirs sans avoir à passer
par l'intermédiaire long, douloureux, et ô combien incertain de la
séduction et de la drague est, pour l'homme, une possibilité
réjouissante et rassurante. Or cette force de la libido, et ce
bonheur de la satisfaire, semblent une caractéristique proprement
masculine, puisque les femmes sont tellement réticentes à
satisfaire leurs désirs sexuels avec rapidité et facilité, ainsi
que nous le montre, entre autres, la fréquentation de sites de
rencontres amoureuses, et même libertines : la sollicitude des
hommes se heurte constamment aux refus affichés par les femmes de
participer à toute forme de relation uniquement centrée sur le
sexe, laquelle est regardée par elles comme dégradantes et
vulgaires (à croire qu'elles subliment leur sexualité autrement
plus que les hommes !). Soit qu'on explique cette différence
par des causes physiologiques ou culturelles, le constat d'une telle
différence s'impose en la matière. Le bordel présente alors
simplement l'avantage pour l'homme d'être un endroit où il est sûr
de pouvoir satisfaire ses désirs, en l'échange d'une certaine somme
d'argent, sans avoir à parler et tenter de briller par son verbiage
auprès d'un potentiel objet de conquête, tout comme la femme est
sûre de trouver les vêtements et autres objets dont elle a envie
dans les magasins, lui permettant ainsi de satisfaire son désir de
parure dont elles semble tellement friandes, du moins tellement plus
que les hommes ! Au nom de quoi devrait-on refuser aux hommes le
plaisir et la joie de satisfaire leurs désirs en se rendant au
bordel, ou dans tout autre lieu consacré à cela ? Le désir
sexuel serait-il tellement honteux et impur, que le fait de le
satisfaire d'une manière expéditive avec une inconnue, en l'échange
d'une somme d'argent le rende assimilable à un crime ou à une
indignité répréhensible ? Ne serait-ce pas le vieux fonds de
morale judéo-chrétienne qui referait surface au travers de cette
normativité féministe ? Le mélange d'argent et de sexe est en
effet, aux yeux de cette morale, un mal absolu, qu'il convient de
combattre. Le combat abolitionniste des féministes est ainsi une
réactualisation de la vieille morale judéo-chrétienne, elle-même
reprise par les égalitaristes socialistes. Sur cette question,
l'analyse qu'on peut faire de la revendication socialiste ne diffère
guère de celle des féministes (cf. Nietzsche et la critique de la
revendication pour des « droits égaux », que le
philosophe condamne à la manière de Calliclès critiquant Socrate,
et défendant le « droit naturel » contre le droit
positif, dans le Gorgias de
Platon).
Le bordel guérit l'homme
d'une souffrance : celle de convoiter un bien (le corps de la
femme) qu'il ne peut ou qu'il a du mal à obtenir, et ce, à l'époque
où le féminisme semble rendre les femmes toujours plus réticentes
à céder aux avances masculines, la crainte pesant toujours sur
celles-ci de n'être qu'une forme de harcèlement. Cette crainte a
été en grande partie alimentée par la propagande féministe en la
matière.
Il semble ainsi que nous
soyons confrontés à une « question sexuelle », à
l'image de la « question sociale « qui a agité les
peuples et les esprits depuis le commencement de l'ère industrielle
au 19e siècle, et le développement d'un prolétariat de masse,
confronté aux capitalistes bourgeois détenteurs des capitaux et
moyens de production.
La question qui se pose
est alors celle de la satisfaction que les hommes et les femmes
cherchent à donner à leurs pulsions sexuelles, sachant qu'ils sont
confrontés aux dilemmes de voir leurs aspirations en la matière
être souvent opposés. S'ils n'ont pas la même façon d'envisager
cette satisfaction, le malentendu est inévitable. Et si la
pornographie existe depuis si longtemps, c'est bien pour répondre à
la libido masculine (mais aussi de toute femme « désirante »),
en proposant une représentation propre à donner satisfaction à
l'imaginaire sexuel. De la même façon, si la prostitution existe
depuis si longtemps, c'est pour donner satisfaction aux hommes, en
chargeant une minorité de femmes de satisfaire leurs envies en la
matière, ce que ne semblent pas en état de faire (ou ne veulent
simplement pas le faire) le reste de la population féminine. En
confiant cette tâche à des femmes que les hommes rémunèrent pour
cela, il s'opère simplement une division des tâches sexuelles entre
les femmes qui subliment leur sexualité, celles qui se satisfont de
leur rôle de génitrice, celles qui se contentent de quelques
saillies occasionnelles ou régulières au sein du couple, celles qui
s'adonnent une sexualité libertine plus ouverte mais toujours (ou le
plus souvent choisie), et enfin celles qui se chargent de satisfaire
la demande masculine massive en la matière, en l'échange d'une
rémunération. Mais les féministes ne l'entendent pas de cette
oreille, en voulant interdire et contrôler cette division des tâches
selon leur propre norme des rapports hommes/femmes.
Il conviendrait au
contraire de réhabiliter et de montrer sous un jour favorable la vie
dans les maisons de tolérance, ou de passe, afin d'exposer que rien
d'ignoble ne s'y déroule, mais qu'au contraire, on y veille à
satisfaire des besoins naturels autrement plus essentiels que les
besoins de parure proprement féminins, en l'échange d'une
rémunération bienvenue pour des femmes qui ne trouvent pas toujours
ce qu'elles cherchent sur le marché du travail non-sexuel.
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