Pour
comprendre la prostitution, et éviter de la condamner au nom de
normes morales inappropriées, il convient, pour commencer, et pour
changer de manière inhabituelle le point de vue qu'on adopte
lorsqu'on aborde ordinairement cette question, de prendre la place du
client, trop souvent
écarté, au profit de la défense exclusive de la personne
prostituée. En effet, de manière plus générale, c'est le rapport
de l'homme à la femme, à travers le désir qu'il a pour elle, qu'on
étudie par ce biais, et non seulement la question de la légitimité
de la prostitution, à laquelle nous aboutirons plutôt comme
conséquence du point
de vue adopté.
Le client cherche chez
la prostituée ce que la femme ordinaire (non vénale) ne peut pas,
ou ne veut pas lui apporter : des relations purement sexuelles, sans
rien d'autre qui l'accompagne en terme de séduction, de stratégies
de conquête, de temps d'attente, et de sollicitations qui peuvent
durer parfois longtemps avant d'obtenir le consentement à l'acte
sexuel, et encore, sans assurance de jamais parvenir à ses fins
(comme on le voit de manière littéraire et symbolique dans La
femme et le pantin, de Pierre Louÿs, qui décrit cette quête
jamais satisfaite de la femme désirée, à travers la souffrance et
la haine qu'éprouve le personnage principal à cause de celle qu'il
convoite, mais qui ne se donne jamais à lui). Et quand on parle de
« relation sexuelle », on devrait dire également :
attention portée à sa personne, écoute, chaleur humaine,
tendresse, contact charnel, ivresse des sens, satisfaction des
fantasmes inavoués ou insatisfaits (et non pas « égoût
séminal » comme le fait Parent-Duchâtelet,
cité trop souvent par A. Corbin ou L. Adler, et qui considérait le
bordel comme un « mal nécessaire », permettant de
satisfaire un besoin purement physiologique, comme le sportif va
faire son jogging). L'expression d'« acte sexuel » est un
résumé trop rapide de tout ce que contient un tel échange, pour
peu qu'il dure plus longtemps que le seul coït, c'est-à-dire, pour
l'homme, le simple orgasme éjaculatoire. C'est aussi toutes ces
choses que la prostituées est en mesure d'apporter à son client,
pour peu qu'elle exerce son activité de manière satisfaisante pour
lui.
Or, tout comme on ne va
pas chercher de la viande chez le poissonnier, ou du poisson chez le
boucher, l'homme va chercher chez la prostituée ce que la femme
ordinaire se refuse à lui procurer, ou n'est pas en état de faire :
quoi de plus logique à cela ? Pourquoi voudrait-on s'en indigner ?
Les femmes ordinaires n'ont-elles pas assez manifesté le fait
qu'elles ne désiraient pas être traitées comme des simples objets
sexuels par des inconnus qui ne cherchent qu'à obtenir des faveurs
sexuelles ? De la relation exclusivement sexuelle de type «sex
friend», entretenue entre deux
adultes consentants, et qui a été depuis peu popularisée par un
certain nombre de films et de livres, on peut ainsi envisager le
passage à la relation prostitutionnelle, comme un échange
exclusivement sexuel fondé sur l'argent, sans obligation pour celui
ou celle qui perçoit la rémunération d'éprouver une jouissance
réciproque. C'est donc une relation professionnelle,
qui ne diffère pas de celle d'un commerçant ordinaire à son
client. Les critère d'évaluation du professionnel reposent, dans
tous les cas, et du point de vue du client, sur la qualité de la
prestation fournie. Vous trouvez cette analyse cynique, voire
immorale ? Mais elle ne diffère pourtant pas de la manière dont
nous envisageons ordinairement notre relation aux professionnels,
quels qu'ils soient : cuisiniers, restaurateurs, garagistes, etc...
Pourquoi la relation sexuelle tarifée devrait-elle échapper à ce
type de considération ? Si l'on veut abolir le cynisme dans notre
société, alors ce n'est pas à exclusivement à la prostitution
qu'il faut s'en prendre ! Par ailleurs, la manière de condamner la
liaison du sexe avec l'argent -c'est-à-dire la vénalité- reflète
aussi bien un fond de morale chrétienne puritaine, pour laquelle le
sexe est source de péché hors des liens sacrés du mariage et de la
procréation, qu'une vision romantique communément répandue dans la
population, qui n'envisage les rapports hommes/femmes que sous
l'angle de l'adoration mutuelle et réciproque, à la manière de
Tristan et Iseult, Héloïse et Abélard, et autres bluettes
communément répandues.
Dès lors, si l'on y
réfléchit bien, il doit paraître avantageux aux femmes de voir que
les hommes se tournent vers celles qui sont prêtent à ce type de
relation, à la fois exclusivement sexuelle et tarifée, et non plus
vers elles-mêmes, puisqu'elles évitent ainsi les sollicitations non
désirées de type : drague, voire harcèlement. Il n'y aurait alors
problème qu'à partir du moment où les hommes fréquentant les
prostituées, ou habitués à toute forme d'amour vénal,
chercheraient à imposer aux autres femmes des relations de même
nature, et contre le consentement de ces dernières. De là vient
l'existence du proxénétisme, conçue comme aliénation
effective de la femme soumise à la domination physique et financière
de l'homme, et que nous condamnons, à l'instar des féministes.
Aussi, nous osons dire,
après Restif de la Bretonne, dans son ouvrage Le pornographe ou
la prostitution réformée
(1769), que la prostitution librement consentie est bénéfique
à la société, car elle profite aussi bien aux personnes qui s'y
livrent (celles qui « vendent leur corps » et leurs
clients), qu'aux femmes qui se voient ainsi soustraites aux
sollicitations, voire au harcèlement masculin, en vue d'obtenir des
faveurs sexuelles. Elles jouent un rôle social dans la mesure où
elles apportent aux hommes une satisfaction qu'ils ne trouvent pas
ailleurs, et elles contribuent ainsi à apaiser les passions
sexuelles non satisfaites (si ce n'est par l'auto-érotisme, qui est
à la sexualité ce que la chicoré est au café, ou les oeufs de
Lump au caviar).
Pourtant, la
prostitution est devenue aujourd'hui une cible de choix pour le
combat abolitionniste mené par les féministes. Celles-ci
défendent-elles vraiment, comme elles le prétendent, l'intérêt de
toutes femmes, et plus largement de toutes les personnes prostituées,
sachant que ce ne sont pas toujours des femmes ?
L'existence même du
féminisme
s'inscrit dans un combat visant à permettre aux femmes qui se
reconnaissent dans ce mouvement de ne plus être considérés comme
de simples objets sexuels, d'être enfermées dans une relation
matrimoniale aliénante, mais également de pouvoir accéder à tous
les postes professionnels, politiques ou de tout autre nature qui
leur étaient refusés par la société patriarcale. Or aujourd'hui
les féministes veulent également faire abolir la prostitution.
Tout d'abord, les prostituées se reconnaissent-elles dans ce combat
? Celles-ci demandent-elles aux féministes de faire cesser leur état
? Si c'était le cas, on comprendrait la pertinence du féminisme à
les arracher aux griffes de ceux qui les discriminent et les
dominent. Or il n'est rien de tel, comme le montre par exemple le
livre de Lilian Mathieu AL condition prostituée, dans le chapitre
consacré aux mobilisations des prostituées dans les années 1970 et
2000. Le problème commence, avec le féminisme, lorsque ce mouvement
prétend imposer des normes communes à toutes les femmes. L'intitulé
même de « féminisme » n'est-il d'ailleurs pas lui-même
problématique ? Car de même qu'un parti des travailleurs qui ne
réclamerait pas l'adhésion de ceux-ci à son combat, mais
s'imposerait de l'extérieur à ceux-ci (comme on a pu le voir dans
les pays dits « Socialistes » au cours du 20e siècle,
dans lequel un parti unique -communiste-, prétendait à l'hégémonie
au nom de sa doctrine soi-disant représentative de l'intérêt de
tous), une idéologie prétendant défendre toutes les représentantes
du même genre sexuel, sans se soucier de recueillir leur adhésion à
ses normes, pourrait être considéré, à juste titre, comme
totalitaire et liberticide.
Quelles que soient les
raisons qui poussent les femmes à refuser les relations purement
sexuelles (désir de stabilité dans le cadre d'un couple pérenne et
fondation d'une famille, rejet de la relation d'objet exclusivement
sexuelle, perception du caractère non épanouissant de cette
exclusivité, rejet de ce qui est perçu comme l'expression de la
domination masculine, sublimation de la relation homme/femme au
profit de l'amour, libido physiologiquement différente, etc...), et
les demandes masculines de cet ordre, on observe globalement une
dichotomie, une absence de correspondance entre les aspiration
masculines et féminines en la matière. L'existence de la
prostitution vient précisément répondre à cette demande masculine
spécifique, et ce, depuis des temps immémoriaux, si l'on en croit
l'adage populaire bien connu (« le plus vieux métier du
monde »). Or les transformations sociales ont changé les
rapports hommes/femmes, au sens où la femme est libre de contracter
les liens qu'elle veut avec des hommes. Le mariage n'est plus une
obligation sociale, ni une liaison irréversible dont on ne peut
sortir sans opprobre. Les femmes se sont libérées massivement de la
contrainte. Les prostituées pourtant demeurent, preuve que les
raisons qui expliquent son existence même sont très profondes, et
assurent sa pérennité.
Aujourd'hui, on voudrait
nous persuader que l'ultime combat féministe consiste à abolir ce
reliquat de « l'ignoble domination paternaliste et masculine »
sur la femme. « Femmes de toutes les classes, de tous les pays
et de toutes les origines sociales, ethniques ou politiques,
unissez-vous pour mettre un coup de boutoir à cet ultime bastion de
la société patriarcale ! » : tel semble être le cri de ces
passionarias très médiatisées, qui occupent des situations
sociales et des postes divers (Assemblée Nationale, tribunes et
salles de presse, associations, etc..), mais qui ont généralement
pour point commun d'être des bourgeoises vivant de leur métier
confortablement, ou de manière satisfaisante, sans éprouver la
nécessité économique d'avoir recours à cette pratique pour
assurer leur subsistance. C'est le propre du féminisme actuel, de
type bourgeois, par opposition à une certaine forme de féminisme
gauchiste antérieur, de reprendre les mêmes modes d'action
politique que les partis conservateur. C'est ainsi toujours au nom
d'une moralisation de la vie publique que ces nouvelles féministes
prétendent interdire la prostitution, mais également certaines
formes de pornographie... Face aux problèmes économiques
fondamentaux, la bourgeoisie prône et défend le libéralisme dont
elle profite elle-même (économie acceptable et légitime du travail
jugé digne), et qu'elle incite à suivre pour les autres, tout en
condamnant ce qu'elle considère comme une dérive immorale du
commerce de soi : en l'occurrence le commerce du sexe, assimilé, par
certains, à celui de ses propres organes. Comme s'il y avait une
différence profonde nature entre ces deux formes de commerce ! D'un
côté, une économie jugée digne, celle la plus communément reçue,
et une autre immorale. Dans ce domaine, comme dans celui d'autres
« nuisances publiques » perçues comme telles par la
bourgeoisie (les pauvres qui mendient, que l'on veut écarter des
centres-villes, les prostituées trop visibles, que l'on condamne
pour « racolage passif », en créant un arsenal
juridique ad hoc), le
bourgeois invente un code moral à son image, prétendument
universel, mais qui n'est en vérité que l'expression de ses propres
normes sociales : une forme d'utilitarisme mâtiné de morale, qui
lui permet d'avoir la conscience sauve, car l'appât du gain n'est
pas, à ses yeux, condamnable pour lui-même, mais seul l'est celui
des marginaux. Ce n'est pas la dignité des autres qui préoccupent
ainsi le bourgeois : c'est surtout son confort personnel.
C'est
ainsi que les Puritains débarqués aux Etats-Unis au 16e siècle ont
pu se construire une morale à la fois mystique et intéressée
-qualifiée de « protestante » par Weber, qui en observe
les conséquences sur le développement du capitalisme dans ce pays
(Le Protestantisme
et la morale du capitalisme), ce
qui leur assure la pleine satisfaction d'eux-mêmes, dépourvue de
toute culpabilité, tout en assignant soigneusement les limites du
champ moral qui les distingue des « impurs », et des
pécheurs. En inversant la causalité weberienne, on pourrait dire
que ce n'est pas la morale religieuse qui dicte le comportement
économique en la matière, mais plutôt l'intérêt qui se trouve
une morale sur mesure pour se garantir de la culpabilité. C'est le
mode de construction des normes morales tel qu'il a été analysé
par Marx et Engels dans L'Idéologie allemande.
Ce ne sont pas, en effet, des normes morales qui déterminent des
conduites et des modes d'action, mais plutôt ces modes d'actions
(économiques, au premier chef) qui déterminent ces normes. Le mode
d'explication matérialiste se substitue ainsi aux causes idéalistes.
De même, Tocqueville n'avait pas manqué d'observer le rôle joué
par la religion en la matière, en tant que frein a
posteriori des passions trop
exacerbées pour l'argent. A défaut de société plus juste et
solidaire, pratiquant la redistribution politique, la religion
intervient moralement pour assurer un ciment social, ou de modérateur
des passions antagonistes ou asociales. La morale est sauve et la
paix sociale assurée, puisque les pauvres voient (ou croient) qu'on
se préoccupe d'eux, et les riches font bonne figure devant les
déclassés, qui perdent la tentation de se révolter contre leur
condition.
Les
travailleurs du sexe, quant-à eux, n'entendent pas se voir exclure
de la joie de l'enrichissement, et de la participation au lucre
général, même si cela doit se faire par des moyens que réprouve
la morale bourgeoise : c'est ce que nous apprennent les
manifestations nombreuses des prostituées. Elles ne voient pas au nom
de quoi leur pratiques devraient être considérées comme indignes.
La bonne conscience est un luxe qu'elles ne peuvent pas se permettre,
et qu'elles laissent à la bourgeoisie auto-satisfaite, pourvu que
cela ne fasse pas sur leur dos.
Mais ce n'est là qu'un
combat idéologique
qui ne prend pas en compte l'avis des intéressées
elles-mêmes. Car si les raison de la permanence de la prostitution
sont profondes (à la fois biologique et sociales), les types de
rapport client/prostituée se sont adaptés à notre époque de
libéralisme : les prostituées sont davantage perçues, dans nos
contrées dites « civilisées », comme des travailleuses
sexuelles, que des victimes du proxénétisme, même si
l'exploitation sexuelle perdure encore malheureusement dans le monde,
et jusque sur les trottoirs de nos villes.
Si la prostituée n'est
plus la dominée d'avant, c'est qu'elle trouve dans la prostitution
des intérêts qu'elle ne trouve pas ailleurs (facilité d'un gain
rapide, plaisir de la relation charnelle conçue comme « déliaison »
-pour citer Marcel Iacub-, crise économique, etc.). Elle s'est
adaptée à notre époque : c'est plutôt aujourd'hui le combat
abolitionniste qui est dépassé. L'abolitionnisme en la
matière est en réalité le témoignage d'un temps que l'on croyait
révolu : celui de l'idéologie triomphante, qui lutte, selon les
circonstances, contre le capital, la croissance économique, la
société industrielle, etc... Que chacun cultive pour soi-même les
valeurs et les normes qu'il juge bonnes, cela nul ne songe à le
contester (en tous cas pas moi). Le problème commence à partir du
moment où l'on veut imposer ces normes à tous, sans prendre la
peine de consulter les personnes intéressées, comme on a pu, par
exemple, le voir au cours du XXe siècle, lors du combat
prohibitionniste contre l'alcool aux Etats-Unis, avec les graves
dysfonctionnements politiques et sociaux qui en ont découlé.
Il se trouve qu'un
certain nombre de prostituées ont manifesté ces derniers temps,
dans plusieurs grandes villes de France, leur opposition à la
perspective de la sanction du client, ce qui revient à leur porter
préjudice indirectement, puisqu'on menace ainsi leur source de
revenu. Une politique abolitionniste visant le client, et non la
prostituée, ne conduit qu'au même résultat : l'abolition de cette
pratique. Le sujet que l'on sanctionne importe peu. On conçoit par
ailleurs la réticence de ces personnes à se mettre en avant pour
défendre leurs revendications : on imagine donc que sont nombreux
celles et ceux qui se reconnaissent dans ce combat, mais n'osent pas
affronter les retombées négatives d'une médiatisation. De plus,
aucune de ces personne n'ont été consultées au cours des débats
qui ont eu lieu au Sénat récemment. N'est-ce pas là un grave
déficit de démocratie ?
Plutôt que de chercher
à interdire ou entraver, la Nation serait plus avisée d'aménager
et de faciliter le bon exercice de cette activité, qu'elle ne
parviendrait, de toute façon, jamais à éliminer complétement, ce
qui n'est d'ailleurs pas souhaitable (l'exemple raté de la Suède le
prouve). Permettre l'existence d'Eros Centers, comme on en trouve en
Espagne, en Belgique ou en Allemagne, assurer une protection des
prostituées contre les menaces physiques et psychologiques que
peuvent faire peser sur elles des individus mal intentionnés :
voilà, entre autres choses, la véritable manifestation de l'Etat
social (Welfare state), cher aux sociaux-démocrates, lequel
vient adoucir les conséquences les moins heureuses de la société
libérale. C'est aussi ce que nous attendons aujourd'hui de l'Etat
actuel et du gouvernement, pour peu qu'ils se soustraient tous deux à
l'influence pernicieuse d'une idéologie qui a assez montré son
pouvoir de nuisance pour qu'on ne se prémunisse pas contre ses
excès. Se pencher sur le sort des prostituées en leur apportant ce
qu'elles attendent de l'Etat, pourvu que de se voir imposer par
celui-ci une législation qui les bafoue, voilà la voie à suivre,
que l'on peut qualifier de réglementariste, par opposition au
libéralisme pur et simple (la non-intervention), et à
l'abolitionnisme (voir les distinctions entre ces termes, et leur
occurrence historiques en France au cours des 19e, et 20e siècles,
chez A. Corbin). Suivons le modèle de Restif de la Bretonne, et
aidons les travailleuses du sexe, plutôt que de les enfermer et les
taxer !
Voilà ce qu'il convient
de faire politiquement dans l'immédiat. Mais si nous songeons à une
réforme idéale de l'organisation sociale, qui conduirait à
éviter la prostitution forcée, que ce soit pas la misère ou la
violence, tout en assurant à chacun d'entre nous un épanouissement
sexuel généralisé, c'est en dehors du schéma libéral qu'il faut
le chercher.
Si nous disons que
l'interdiction de la prostitution dans une société libérale, au nom
d'une morale bourgeoise trompeuse, n'est pas cohérente, nous ne
considérons pas cette situation comme la meilleure qui soit pour
autant. Pour prendre le féminisme bourgeois au mot, dans sa
condamnation de la misère humaine par le travail du sexe, comme par
le paupérisme en général, il faut envisager une organisation
sociale dans laquelle plus personne ne serait obligé d'exercer une
activité économique et financière pour assurer sa seule
subsistance, mais où le travail serait une forme d'épanouissement
de soi, ce qui conduirait à la fois à rendre impossible la prostitution qui ne serait explicable que par la facilité de gagner
beaucoup d'argent en un temps record (ce qui semble être
tout-de-même le plus souvent le cas, sauf à envisager le cas de
celles et ceux qui y prennent un réel plaisir -voir à ce sujet
aussi bien les témoignages de C. Millet et C. Robbe-Grillet, ainsi
que les théories de Fourier sur la spécialisation des tâches dans
l'activité sexuelle), qui envisage sérieusement, en concevant une
société où le niveau des richesse serait tel, que peu de gens
pourrait se permettre de payer beaucoup pour avoir du sexe,
suscitant ainsi la tentation chez certains de faire commerce de leur
corps. Cela s'inscrirait dans le cadre plus général de traitement
du paupérisme, en permettant à chacun d'avoir un travail décent et
rémunérateur, ce que ne soucie pas de faire la bourgeoisie, qui ne
fait que traiter les nuisances pour elle-même du paupérisme, sans
se soucier d'améliorer le sort des pauvres, par exemple en forçant
les entreprises à embaucher, ou en créant un droit au travail
effectif.
Dès lors, s'il devait
encore y avoir des travailleurs du sexe, ce serait à titre de métier
parmi d'autres, qui ne serait pas rémunéré davantage que les
autres (en tous cas à un niveau comparable). Il n'y aurait plus de
morale condamnant cette pratique, car celle-ci deviendrait une
spécialisation professionnelle parmi d'autres, avec des formations
appropriées, un peu comme le métier de mannequin ou d'infirmière,
de nos jours : un mixte des deux, en quelque sorte (fraicheur de la
chair, et expertise dans le soin de l'autre). La profession actuelle
de masseur spécialisé dans les massages sexuels serait la plus
proche, ou encore celle de geisha, comme on le voit au Japon.
Un service
public du sexe serait alors envisageable, et c'est à la
deuxième exigence que nous pouvons en venir alors, puisque la
possibilité d'un épanouissement sexuel pour tous serait réalisable.
Les Pays-Bas et l'existence des prostituées payées par l'Etat à
destination des handicapés en a montré le chemin. Il n'y a qu'un
pas à faire pour que ce service soit généralisé à tous. La
différence viendrait du fait que ce service ne serait plus assuré
par des professionnelles privées payées par l'Etat, mais par des
fonctionnaires payées pour ce métier. Ce serait l'ultime
aboutissement de la politique réglementariste, telle qu'en avait
rêvé Restif de la Bretonne. Des bordels publics, pour que personne
ne soit exploité sexuellement par l'argent des riches en exerçant
une activité qui lui répugne, mais que l'on fait pour gagner
rapidement beaucoup d'argent; et des hommes qui trouvent une
satisfaction sexuelle assurée chez des femmes disponibles. De cette
façon, on serait certain que les prostituées aimeraient leur
métier, parce qu'elles auraient ainsi de réelles affinités avec
lui, et non pas un simple appétit de l'argent plus développé que
chez d'autres. On réhabiliterait une pratique qu'aucune morale
hypocrite ne condamnerait plus, tout en éliminant la frustrations
des solitaires et célibataires, qui observent le bonheur des autres
(les couples amoureux) avec envie sans pouvoir partager leur bonheur.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire