Il semble que l'on puisse envisager 3 moments dans
l'histoire de la prostitution, qui dépendent chacun de la nature de
la société, c'est-à-dire de ses mœurs et de sa législation.
Chacun de ses moments se trouve reproduit et réinterprété selon
des motivations différentes, et à des époques différentes, mais
avec des résultats identiques à chaque fois.Tout d'abord le moment
abolitionniste, qui peut être aussi bien motivé par le
rigorisme moral d'inspiration religieuse, que par des idéologies qui
prétendent émanciper ceux ou celles qui sont présentés comme des
victime. Ce système est pratiqué à l'heure actuelle dans les pays
nordiques, et peut-être bientôt en France, mais aussi dans les pays
musulmans pratiquant la charia. Ensuite le système
réglementarisme, pratiqué notamment en France au 19e siècle,
et qui admet la prostitution à condition qu'elle soit encadré dans
un réglementation stricte, notamment par le contrôle médical
régulier des filles de joie, des normes en matière de visibilité
et d'avertissement du public, etc... Dans le faits, ce système
conduit à placer les personnes prostituées sous un étroit contrôle
et une étroite dépendance aussi bien des maquerelles et des maisons
de tolérance, que de l'Etat, puisque la prostituée présenterait un
risque permanent pour le public. Enfin le moment qu'on qualifiera de
libéral, et qui vise à favoriser l'autonomie de la personne
prostituée vis-à-vis d'éventuels souteneurs ou de contraintes
extérieures, de manière à ce que celle-ci obtienne le statut de
travailleur sexuel, qui l'apparente à un travailleur à aprt
entière. On ne peut que souhaiter que, selon un processus
d'évolution comparable à celui de la dialectique hégélienne, la
prostitution suive partout le mouvement qui passe de l'interdiction
rétrograde, au réglementarisme contraignant, pour enfin aboutir à
l'émancipation dans le système libéral.
Les féministes abolitionnistes semblent réduire la
réalisation des projets sociaux utopiques à la mise en place
autoritaire de leurs normes prétendument humaistes dans une série
de domaines touchant aussi bien à la santé, à la sexualité, à la
circulation routière, les politiques présupposant connaître mieux
que les individus placés sous leur contrôle, au nom desquels on
invoque la souveraineté populaire dont les politiques tireraient
leur autorité et leur pouvoir, ce qi constitue leur intérêt
propre. Trop souvent les politiques semblent avoir oublié qu'ils ne
tirent, d'après la Constitution qui est la nôtre et celle de tous
les régimes républicain ou démocratiques, leur souverai,eté que
du peuple, mais ils se servent le plus souvent de ce prétexte pour
s'abriter derrireè les institutions qu'il seraient chargés de
garatir avant, de sorte qu'en brimant citoyens ils montrent qu'ils ne
font que servir l'intérêt de la machine étatique placée sous leur
contrôle, et dont ils se chargent de perpétuer l'existence. On
opposera à ce mode de fonctionnement politique la démocratie
directe et l'usage du mandat impératif, en vertu duquel les
représentants du peupls se voient confiés des missions qu'ils ont à
exécuter sans outrepasser la missison qui leur a été confiée
expressément. Tous les abus commis par les gouernants en ce qui
concerne la santé, la circulation routière, la sexualité sont la
parfaite illustration de cet abus de pouvoir caractérisé, dans un
régime prétendument fondé sur la souveraienté populaire et les
Droits de l'Homme et du Citoyen. En ce qui concerne la prostitution,
c'est ainsi que l'on voit les lobbys féministes s'emparer des rênes
du pouvoir pur imposer au plus grand nombre leurs normes.
Pour en revenir aux normes qui se veulent humanistes et
égalitaires dans le traitement des rapports hommes femmes, on
observera tout d'abord qu'il y a bien des manières différentes de
traiter la « question sexuelle », qui concerne aussi bien
la recherche de partenaires pour l'enfantement voire la
reconnaissance de paternité (plus manifeste chez la femme), que celle
de la recherche de jouissance (plus présente chez l'homme). La norme
humaniste aurait pour mission de ramener les personnes pratiquant la
prostitution dans le droit chemin, qui serait celui de l'autonomie
économique et morale loin des affres de la dépendance
prostitutionnelle. Or la prostitution elle-même peut devenir une
forme d'autonomie économique, comme le montre aussi bien le cas des
jeunes thaïlandaises, que celui des transsexuelles du bois de
Boulogne pratiquant cette activité pour financer leur
transformation, que des chinoises de Belleville, couramment appelées
« marcheuses », qui trouvent dans cette activité une
forme de subsistance sans laquelle elles n'auraient aucune autre
source de revenu. Que prétendent apporter à toutes ces personnes
les abolitionnistes ? Quelle autre activité économique serait
susceptible de leur procurer autant d'argent en aussi peu de temps ?
Donnera-t-on des formations de caissière ou de couturières à
toutes ces prostituées que l'on veut ramener dans le « droit
chemin », alors même qu'un certain nombre de personnes nous
témoignent du fait qu'elles ont embrassé, de manière plus ou moins
régulière, cette activité pour échapper à la routine, à l'ennui
et aux boulots mal payés de l'économie traditionnelle ? Déjà
incapables de traiter le problème du chômage de masse, les
socialistes français ralliés à la cause abolitionnistes
auraient-ils le secret pour résoudre les difficultés économiques
des prostituées ? On rit doucement en lisant le programme
d'accompagnement vers la sortuie de la prostitution à destination
des personnes concernées !
Par ailleurs, la conception qui se veut humaniste du
traitement du phénomène de la prostitution laisse intacte la
difficulté sexuelle propre aux hommes, à savoir le besoin de
satisfaire des pulsions que les réticences féminines rendent
désagréable. Quel est cet être prétendument épanoui et heureux
qui ne trouve dans la société où il vit que des motifs de
frustration et de contraintes à l'égard de la satisfaction de ses
besoins les plus élémentaires ? Ce n'est pas pour rien que
l'on a pu, comme l'a fait la philosophe canadienne M. Nussbaum, placé
la satisfaction sexuelle au nombre des « biens premiers »,
qui sont, dans le système philosophique de J. Rawls, « tout ce
qu'on suppose qu'un être rationnel désirera », parmi lesquels
on peut compter la détention d'un logement, des moyens de
subsistance alimentaire, la formation intellectuelle et
professionnelle, les libertés de base (expression, participation au
processus de désignation des gouvernants). Les seuls droits énumérés
dans la Constitution des Droits de l'Homme ne suffisent pas à faire
un homme épanoui et heureux. La liste plus exhaustive des biens
premiers proposés par Nussbaum y contribuent bien plus largement.
Hors la satisfaction sexuelle ne pourra qu'être obtenue plus
difficilement sans la prostitution. Si l'on envisage d'accorder des
« assistantes sexuelles » financées par l'Etat aux
handicapés, comme c'est le cas dans certains pays (Pays-Bas
notamment), pourquoi ne pourrait-on pas envisager d'en faire autant
avec tout homme ? C'est le sens des utopies proposées par
Fourier par exemple, qui placent la satisfaction de tous les désirs
humains, par la création d'une forme de prostitution
institutionnalisée et financée par les citoyens eux-mêmes.
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